Remarqué au Festival de Cannes, le film "Leila et ses frères" du réalisateur de "La loi de Téhéran", interdit en Iran

Projeté en compétition au Festival de Cannes, le film "Leila et ses frères" de Saeed Roustaee a été interdit de diffusion en Iran par les autorités de Téhéran, mercredi 22 juin. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le réalisateur Saeed Roustayi pose sur la Croisette à Cannes le 26 mai 2022.  (LOIC VENANCE / AFP)

Mercredi 22 juin, Téhéran a annoncé que la projection du film Leila et ses frères du jeune prodige Saeed Roustaee (auteur de La loi de Téhéran), diffusé en compétion au Festival de Cannes en mai, était interdite. 

Le long métrage "a été interdit par l'Organisation cinématographique du pays conformément à la loi", a indiqué le ministre iranien de la Culture, Mohammad Mehdi Esmaïli, cité par l'agence officielle Irna. Réalisé par Saeed Roustaee, Leila et ses frères avait participé récemment au festival de Cannes, où il avait reçu le prix FIPRESCI (jury de la Fédération internationale de la presse cinématographique).

Le portrait d'une famille pauvre dans une Iran en crise

Ce long métrage de près de trois heures, dresse le portrait d'une famille pauvre au bord de l'implosion, dans un Iran plongé dans une profonde crise économique. Les autorités cinématographiques iraniennes ont indiqué avoir interdit le film "jusqu'à nouvel ordre" pour avoir "enfreint les règles en participant sans autorisation à des festivals étrangers (...) à Cannes et ensuite à Munich".

Selon l'Organisation, le film ne peut obtenir un permis de diffusion, compte tenu du "refus" du réalisateur de "corriger" son ouvrage, comme le ministère lui avait demandé. Lors d'une interview à l'AFP pendant le festival fin mai, Saeed Roustaee avait laissé entendre que la sortie du film en Iran n'était pas encore autorisée.

Saeed Roustaee, 32 ans, incarnation de la nouvelle garde du cinéma iranien racontait pendant le Festival de Cannes la difficulté de réaliser des films dans son pays, où la censure est la règle. Censure que les réalisateurs doivent apprendre à gérer s'ils veulent continuer à travailler. "En Iran, il y a des lignes rouges et elles sont nombreuses", affirmait-t-il. 

"Pour pouvoir tourner en Iran, vous avez d'abord besoin d'un permis. L'obtention de ce permis est un processus. Lorsque vous finissez par l'obtenir vous pouvez commencer à tourner. Mais il vous faudra demander un autre permis pour le distribuer dans les salles de cinéma", détaillait-il. Une censure qui s'exerce donc à deux niveaux : la première permet au gouvernement de "valider" le scénario et la seconde de "vérifier" que le contenu du film est conforme à ses exigences. Si cela venait à ne pas être le cas, le gouvernement demandera des "changements". Si le réalisateur refuse, le film ne sera pas diffusé dans le pays. 

"Pour mon précédent film, il m'a fallu près d'un an pour obtenir le premier permis", racontait-il. Dans ces conditions, a-t-il déjà pensé quitter son pays ? "Non, rétorquait-il sans sourciller. C'est là où nous avons nos racines. C'est notre pays, c'est chez nous".

Saeed Roustaee a été révélé par son deuxième film "La loi de Téhéran" -- le premier n'est jamais sorti en France -- qui a été un succès public et critique. "Pour moi, le plus important est de raconter une histoire (...) ensuite et seulement ensuite vient le contenu. S'il peut être humaniste et rendre hommage à la classe sociale (populaire, ndlr) d'où je viens, tant mieux", disait-il encore. 

Les Nuits de Mashhad également dans le viseur de Téhéran



Début juin, l'Iran a annoncé avoir protesté auprès de la France contre la sélection par le festival de Cannes du film Les nuits de Mashhad d'Ali Abbasi qui raconte l'histoire d'un tueur en série de prostitués dans la principale ville sainte du pays.

L'actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi a d'ailleurs remporté le prix d'interprétation féminine à Cannes en 2022 pour son rôle de journaliste pugnace dans ce thriller. De grands réalisateurs iraniens ont été récompensés à Cannes comme Abbas Kiarostami (qui a remporté la Palme en 1997) et Asghar Farhadi, qui a remporté deux fois l'Oscar du meilleur film en langue étrangère et faisait partie du jury cette année.

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