"Pleasure" : une réalisatrice explore le monde du porno dans un film initiatique sans illusions

Remarqué au festival de Sundance et prix du public au Festival de Deauville, le premier film de Ninja Thyberg est au carrefour de "Gorge profonde" et de "Showgirls".

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France Télévisions Rédaction Culture
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Sofia Kappel dans "Pleasure" de Ninja Thyberg (2021). (PLATFORM PRODUCTION)

Hollywood attirait toutes starlettes dans les années 40 qui rêvaient de tourner à côté de Clark Gable, John Wayne ou Humphrey Bogart. Aujourd’hui le porno suffit pour tenter sa chance dans la Mecque du cinéma. Bella Cherry, jeune Suédoise, monte à Hollywood avec l’objectif de devenir une porno star. Pleasure, remarqué au festival de Sundance et prix du public au Festival de Deauville, sort mercredi 20 octobre. Entre Inside Deep Throat (sur le tournage de Gorge profonde), et Showgirls de Paul Veroheven : les illusions perdues d’aujourd’hui.

Prête à tout

Une jeune Suédoise de 20 ans débarque à Los Angeles avec comme objectif de devenir porno star. Elle passe de studio en studio, fait des essais. Tous les producteurs et réalisateurs relèvent sa détermination et son acceptation à toutes les demandes. Celles-ci, de plus en plus poussées dans l’humiliation et la violence, provoquent une addiction, puis une répulsion desquelles "Bella Cherry" ne sortira pas indemne.

L’histoire du X s’est manifestée très tôt au cinéma, dès 1975, avec Exhibition, où l’actrice Sylvia Bourdon exposait sa vocation à tourner des films érotiques, puis pornographiques. Récemment, Inside Deep Throat retraçait le calvaire enduré par Linda Lovelace sur le tournage de Gorge profonde, un des plus gros succès du porno, et du cinéma tout court, en 1975. Pleasure prolonge le sujet dans une fiction qui lorgne aussi sur le carriérisme exacerbé d’entrepreneuses, prêtes à tout pour parvenir à leur fin. On pense à Showgirl de Paul Veroheven situé dans le monde des danseuses de Las Vegas.

Sous tous rapports

Pleasure arrive sur les écrans au moment où la condition féminine est interrogée dans les domaines professionnels, notamment artistique (voir Big Eyes de Tim Burton) et sportif (Slalom de Charlène Favier), avec les plaintes de plus en plus nombreuses pour harcèlement sexuel et viol. Dans Pleasure, la nouvelle recrue, consentante sous tous rapports, s’enfonce de plus en plus dans le processus qu’elle a elle-même déclenché. Si tout le monde est bienveillant autour d’elle, et que ses partenaires simulent la domination et l’humiliation qu’ils lui font subir, elle est filmée en train de les accepter, pour de vrai, voire en feignant le plaisir.

Sofia Kappel dans "Pleasure" de Ninja Thyberg (2021). (PLATFORM PRODUCTION)

De plus en plus violens et avilissants, les actes vont écœurer la porno star en herbe promise à un brillant avenir. Le premier film de Ninja Thyberg fait une démonstration en bonne et due forme du processus, mais étire toutefois un peu le sujet en multipliant à répétition les scènes d’essais. Même s’il y a une progression dans le parcours de son anti-héroïne, l’effet de répétition aurait pu être élagué et donner plus de rythme à un sujet par ailleurs au cœur de l’actualité.

L'affiche de "Pleasure" de Ninja Thyberg (2021). (THE JOKERS)

La fiche

Genre : Drame
Réalisatrice : Ninja Thyberg
Acteurs : Sofia Kappel, Revika Reustle, Evelyn Claire
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h49
Sortie : 20 octobre 2021
Distributeur : The Jokers

Interdit aux moins de 16 ans avec avertissement

Plusieurs scènes de violences et d’agression sexuelles sont susceptibles de troubler gravement le public.

Synopsis Une jeune suédoise de 20 ans arrive à Los Angeles dans le but de faire carrière dans l’industrie du porno. Sa détermination et son ambition la propulsent au sommet d’un monde où le plaisir cède vite la place au risque et à la toxicité.

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