"Ondine" : une splendide relecture du mythe et de la pièce de Giraudoux

Chef de file d’un nouveau cinéma allemand, Christian Petzold a remporté pour le film,  le prix de la critique à Berlin ainsi que celui de la meilleure actrice, décerné à Paula Beer.

Paula Beer dans \"Ondine\" de Christian Petzold
Paula Beer dans "Ondine" de Christian Petzold (Copyright Les Films du Losange)

Ondine est un mythe germano-nordique qui a inspiré la célèbre pièce de Jean Giraudoux en 1939, et à plusieurs reprise le 7e art. Artisan d'un renouveau du cinéma allemand, Christian Petzold (Yella, Transit), le regénère dans le Berlin d’aujourd’hui, tout en gardant la féérie dans la lignée de La Forme de l'eau (2017) de Guillermo del Toro. Ondine arrive dans les salles mercredi 23 septembre.

Réalisme poétique

Ondine est conférencière à l’Institut d’urbanisme de Berlin, où elle raconte l’histoire des transformations de la ville à ses auditeurs. Quand Christophe, son amant, l’abandonne pour se marier avec une autre, elle l'alerte qu’elle le tuera pour sa trahison. Elle rencontre pourtant Johannes avec lequel elle va vivre une passion partagée. Quand ils croisent Christophe avec sa femme, Ondine se rappelle sa promesse de mort…
Dans la légende, Ondine est la fille du roi des Ondins, peuple des lacs et des rivières. La princesse rejoint le monde des hommes et tombe amoureuse d’un chevalier qui va l’abandonner. Elle feint une passion pour un autre afin de le reconquérir, mais il persiste dans son choix. Une décision qui entraîne sa mort décrétée par le roi. Giraudoux a considérablement complexifié cette trame ancestrale dans sa pièce de 1939, et Christian Petzold, à l’écriture et à la caméra, la reprend, en lui donnant des directions nouvelles. Son adaptation entremêle réalisme et merveilleux au fil d'images somptueuses.

L’amour plus fort que la mort

L’Institut d’urbanisme berlinois où travaille Ondine offre des plans très structurés, qui s'appuient sur les cartes et maquettes commentées par la conférencière. Associés aux déambulations dans Berlin, ils participent à faire de la ville un royaume dont l’héroïne est une vestale. L’autre monde est celui des eaux qui parcourt tout le film, dont Ondine est originaire, avec un silure géant majestueux en roi des Ondins. Son nouvel amant, Johannes, est soudeur scaphandrier dans les eaux du lac tout proche, et lors de leur rencontre ils brisent un aquarium dont l’eau se déverse sur eux. Une scène splendide, tout comme les prises de vue subaquatiques où se joue la rencontre des deux mondes.

Franz Rogowski et Paula Beer dans \"Ondine\" de Christian Petzold
Franz Rogowski et Paula Beer dans "Ondine" de Christian Petzold (Copyright Schramm Film/ Marco Krüger)
Christian Petzold opte pour une interprétation du mythe plus positive que l’original, tout en en gardant la trame narrative. Il exalte un amour qui transcende la mort dans une dernière partie où s’invite une part de thriller, et où le merveilleux des origines reprend ses droits. Admirable.
L\'affiche de \"Ondine\" de Christian Petzold.
L'affiche de "Ondine" de Christian Petzold. (Les FIlms du Losange)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Christian Petzold
Acteurs : Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz, Anne Ratte-Polle
Pays : Allemagne / France
Durée : 1h30
Sortie : 23 septembre 2020
Distributeur : Les Films du Losange

Synopsis : Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…