"Nos Frangins", une vision personnelle et engagée de l'affaire Malik Oussekine signée Rachid Bouchareb

Dans "Nos Frangins", le réalisateur Rachid Bouchareb raconte la mort tragiques de deux jeunes issus de l'immigration maghrébine dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris.
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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Samir Guesmi dans "Nos frangins de Rachid Bouchareb (2022) (3B PRODUCTIONS - FRANCE 2 CINEMA - LE PACTE - WILD BUNCH INTERNATIONAL)

Le 11 mai dernier, Disney+ mettait en ligne une série en quatre épisodes retraçant la mort de Malik Oussekine et le combat judiciaire qui avait suivi entre sa famille et les policiers responsables de sa mort. Cette histoire revient sur grand écran avec Nos Frangins du réalisateur Rachid Bouchareb, dont la filmographie (Indigènes, Hors-la-loi) rend hommage aux immigrés maghrébins de France et à leur histoire.

La mort oubliée d'Abdel Benyahia

Nos Frangins narre le drame de manière assez similaire à la série Oussekine. Deux temporalités se croisent à l'écran : la nuit d'horreur vécue par Malik Oussekine et la colère de ses proches au lendemain de la terrible nouvelle. Rachid Bouchareb ajoute cependant un arc narratif supplémentaire par rapport à la fiction de Disney+. En parallèle du décès de Malik, il raconte aussi la mort "oubliée" d'Abdel Benyahia. La même nuit, ce jeune également issu de l'immigration maghrébine fut tué d'une balle à bout portant par un agent de police alcoolisé titubant devant un bar. L'affaire avait été à l'époque littéralement étouffée.

L'aspect le plus poignant de Nos Frangins est la façon dont Rachid Bouchareb filme les dégâts causés par les hommes de l'Inspection générale de la Police nationale qui enquêtent sur les morts des deux jeunes. Face à l'enjeu politique de ces décès en pleine période de manifestations étudiantes contre la loi Devaquet, du nom du ministre de l'Enseignement supérieur de l'époque qui voulait réformer l'entrée à l'université, la police des polices n'hésite pas à mentir aux familles des victimes pour cacher la vérité des faits.

En face, selon leur éducation, les enfants de l'immigration se révoltent ou se taisent. L'acteur Samir Guesmi est par exemple un formidable interprète du père d'Abdel Benyahia, qui n'ose pas poser de questions aux policiers au sujet de la disparition de son fils par peur de paraître comme un "mauvais" arabe.

L'humanité des victimes du racisme 

Le sujet vu par Rachid Bouchareb s'inscrit dans la lignée de ses précédents films, avec un focus sur les trajectoires de personnages broyés par la société. Pour raconter le racisme, le réalisateur met en lumière l'humanité de ceux qui souffrent des discriminations, comme ce génial employé de la morgue dans laquelle sont envoyés les corps de Malik et Abdel. C'est un homme d'origine africaine qui prend soin des corps sans vie. Il est tout en bas de l'échelle sociale et semble invisible aux yeux des enquêteurs. Mais c'est pourtant lui qui veille avec une immense humanité les dépouilles.

En définitive, Nos Frangins traite des mêmes faits que la série Oussekine d'Antoine Chevrollier, mais Rachid Bouchareb y ajoute un parti pris plus radical avec un focus supplémentaire sur les "victimes oubliées". Pour un décès médiatisé, celui de Malik Oussekine, le réalisateur nous dit qu'il y a dix victimes du racisme oubliées. À la première du film à Cannes, Rachid Bouchareb a d'ailleurs souligné que ce film avait bien failli ne jamais se faire. "Je craignais que ce projet ne se fasse pas, mais j'ai trouvé des gens aussi motivés que moi pour le faire"

L'affiche de "Nos frangins" de Rachid Bouchareb (2022). (LE PACTE)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur :  Rachid Bouchareb
Acteurs :  Reda Kateb, Laïs Salameh, Adam Amara, Samit Guesmi, Lyna Khoudri
Pays :  France
Durée :  1h32
Sortie : 7 décembre 2022
Distributeur :  Le Pacte

Synopsis :  La nuit du 5 au 6 décembre 1986, Malik Oussekine est mort à la suite d’une intervention de la police, alors que Paris était secoué par des manifestations estudiantines contre une nouvelle réforme de l’éducation. Le ministère de l’Intérieur est d’autant plus enclin à étouffer cette affaire, qu’un autre français d’origine algérienne a été tué la même nuit par un officier de police.

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