"Ninjababy", une comédie dramatique norvégienne qui renverse les idées reçues sur la maternité

Inspiré d’un roman graphique de l'illustratrice Inga H Saetre, Ninjababy interroge l’évidence de l’instinct maternel avec un regard contemporain et féministe. Le film sort en salles le 21 septembre 2022. 

Article rédigé par
Louise Fretet - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Ninjababy : Photo Kristine Kujath Thorp, Nader Khademi (Motlys)

Rakel, 23 ans, jeune-femme nonchalante et désordonnée, enchaîne les coups d’un soir, les soirées de débauche et les journée de glande. En grande rêveuse, elle a des tas de projets en tête : devenir astronaute, testeuse de bière, ou dessinatrice. Et si un projet n’a jamais été sur sa liste, c’est bien celui d’être mère. Mais alors que sa colocataire remarque que "[ses] nibards ont grossi", Rakel fait un test de grossesse se révélant positif. Enceinte de plus de six mois, elle ne peut plus avorter et n’a d’autre choix que de retrouver le géniteur avant d’envisager l’adoption.   

Ninjababy : Photo Kristine Kujath Thorp, Tora Christine Dietrichson (Motlys)

Ninjababy est une adaptation du roman graphique Fallteknikk de l’illustratrice Inga H Saetre racontant l’histoire de Rakel, 16 ans, enceinte par accident et devant se débrouiller avec le seul soutien de sa meilleure amie. "Je suis partie de là, et en accord avec Inga, j’ai revu l’âge, les ambitions, et la situation sociale des personnages", explique la réalisatrice norvégienne, Yngvild Sve Flikke, dans le communiqué de presse du film. La cinéaste a notamment cherché à aborder la peur de la maternité des jeunes femmes aujourd'hui : "Nous sommes à une époque où tomber enceinte avant 30 ans est inhabituel.”  Dans cette optique, Ninjababy suit les pérégrinations émotionnelles d’une anti-héroïne confrontée à une grossesse non désirée.   

Un regard féminin et féministe  

Ninjababy brise tous les stéréotypes d’une maternité triomphante en abordant, sans délicatesse ni sensualité aucune, ce sujet tantôt fantasmé tantôt lissé en société. "Nous voulions que tout le film soit un peu crasseux, y compris Rakel !", explique la réalisatrice. La caméra suit les déboires de Rakel, passant des toilettes à sa chambre bordélique, et à quelques scènes d’amour. Le film ouvre alors la porte à un discours cru sur la grossesse, l’avortement, l’adoption, la vasectomie, l’accouchement ou la charge mentale féminine… Des sujets abordés à travers un
"female gaze" largement assumé et décomplexé. Ninjababy dresse ainsi le portait d’une jeune femme moderne qui tente de se libérer des injonctions sociales et des diktats de l’instinct maternel.   

Ninjababy c’est aussi un graphisme travaillé, mêlant images réelles et dessins d’animation réalisés par Inga H Saetre elle-même, et qui sert les passages les plus touchants du film. Car face au chamboulement de cette grossesse, Rakel crée un bonhomme de crayon, incarnant son foetus, qu’elle nomme "Ninjababy" et qui prend vie dans son imagination. Ce personnage dessiné, à la voix tout sauf enfantine et au comportement provocateur, poussera autant Rakel à bout qu’elle ne finira par s’y attacher. "Le petit personnage animé rappelle les différents états par lesquels passe Rakel : colère, déni, rejet, doutes", explique Yngvild Sve Flikke. Kristine Kujath Thorp est brillante dans le rôle de Rakel, passant avec brio du déni de sa grossesse à la culpabilité d’enfanter sans amour, et nous saisit d’intenses émotions sans qu’on l’ait vu venir. Résolument féministe et engagé, Ninjababy, trouve ainsi un très juste équilibre entre humour et sérieux, entre comédie corrosive et caresse dramatique.   

Affiche de Ninjababy (DR)

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