"Graines de ronds-points" : un documentaire sur le mouvement des "gilets jaunes", vu de l'intérieur

Le documentariste Jean-Paul Julliand revient sur le mouvement des Gilets jaunes un an après son éclosion, le 17 novembre 2018.

\"Graines de ronds-points\" de Jean-Paul Julliand
"Graines de ronds-points" de Jean-Paul Julliand (Copyright Electron Libre Compagnie)

Tout juste un an après la première manifestation de ce qui allait devenir le mouvement des Gilets jaunes, Jean-Paul Julliand qui s’est attaché à filmer le monde de l’Education nationale (Enseigner peut s’apprendre, Dis maîtresse) et la guerre d’Algérie (Ils ne savaient pas que c’était une guerre), sort mercredi 13 novembre Graines de ronds-points.

Electron Libre Compagnie

Il a filmé durant six mois l’occupation d’un rond-point de l’Isère par les Gilets jaunes : leur vie, leurs motivations, leur revendications, l’émergence d’une conscience politique.

Un reportage plus qu’un documentaire

Au moment où émerge le mouvement contestataire citoyen des Gilets jaunes, en novembre 2018, le réalisateur documentariste Jean-Paul Challand décide de filmer sur le long terme un des campements qu’ils occupent sur les ronds-points de France, à Vienne (Isère). De jour comme de nuit, jusqu’en juin 2019, il recueille les témoignages de ces hommes et de ces femmes, jeunes ou retraités, chômeurs ou travailleurs qui se reconnaissent tous d’abord comme citoyens et gardiens des valeurs d’une République qui les a oubliés.

Répertorié comme documentaire, Graines de ronds-points relève plutôt du reportage. Jean-Paul Challand ne fait pas œuvre didactique, il n’explique pas le mouvement des Gilets jaunes, son origine, son évolution, ou ses répercutions sociétales. Comme tout reporter, il explore le terrain, va au contact des acteurs de son sujet, filme leur environnement et recueille leur parole.

Mouvement spontané

Si la simple exposition des thèses soutenues par les Gilets jaunes induit une certaine adhésion, Jean-Paul Challand ne se réclame pas du mouvement. Il expose le vécu sur six mois de militants qui sont les premiers surpris de se découvrir comme tels au fil d’une aventure commune à laquelle ils n’étaient pas préparés. Mouvement spontané né d’une revendication précise (l’augmentation du prix des carburants), elle a vite débordé sur d’autres sujets pour aboutir à une véritable crise sociale nationale qui a surpris tout le monde jusqu'à l'étranger.

\"Graines de ronds-points\" de Jean-Paul Julliand
"Graines de ronds-points" de Jean-Paul Julliand (Copyright Electron Libre Compagnie)

Mais c’est le vécu qui prime dans Graines de ronds-points. Pas de porte-parole, de leader, de langue de bois, c’est la confession prise sur le vif d’un sentiment d’abandon qui domine et la volonté d’y remédier par une reprise en main, avec force propositions. Les aléas de la lutte avec les violences inhérentes lors des affrontements avec les forces de l’ordre ne sont pas ignorés. Tout comme sont évoquées les tentatives de récupération politiques et syndicales, ou l’absence de personnes d’origine étrangère dans les rangs du mouvement. Mais c'est aussi la découverte d'une nouvelle solidarité.

Alors qu’elle semble s’être tarie à l’approche de l’été, cette fronde unique en son genre a profondément marqué ceux qui l’ont vécu, et restera dans l’histoire. Graines de ronds-points, un témoignage au plus près de ses acteurs qui espèrent récolter le fruit de leurs semailles.

L\'affiche de \"Graines de ronds-points\" de Jean-Paul Julliand.
L'affiche de "Graines de ronds-points" de Jean-Paul Julliand. (Electron Libre Compagnie)

La fiche

Genre : Documentaire
Réalisateur : Jean-Paul Challand
Durée : 1h15 

Pays : France
Sortie : 13 novembre 2019
Distributeur : Electron Libre Compagnie

Synopsis
 : Graines de ronds-points raconte les trois " camps " qu’ont connus les gilets jaunes de Vienne, en Isère, entre novembre 2018 et juin 2019. Il croise cette chronologie avec les grandes questions que (se) pose cet OVNI politique. Sans oublier, les aventures humaines qui ont, six mois durant, bousculé les vies de ces hommes et de ces femmes, de ces jeunes et de ces retraités, de ces chômeurs et de ces travailleurs, de ces militants et de ces désabusés de la politique, qui tous ont, soudain, basculé dans une utopie qu’ils n’espéraient plus.