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"Capharnaüm" : la réalisatrice Nadine Labaki inspirée dans l'enfer libanais

Très remarquée à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2007 avec "Caramel", Mention spéciale du Jury Œcuménique en 2011avec "Et maintenant, on va où ?", Nadine Labaki a remporté cette année le Prix du Jury sur la Croisette avec "Capharnaüm". Un petit garçon d’une famille pauvre y fugue dans un Beyrouth chaotique, puis intente un procès à ses parents pour mauvais traitements.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Zain Alrafeea dans  "Capharnaüm" de Nadine Labaki
 (Gaumont Distribution)

Beyrouth au quotidien

Zain ne connaît pas son âge mais aurait une douzaine d’années. Il ne supporte pas que ses parents livrent à un adulte sa jeune sœur préférée de 11 ans. Quand elle meurt en fausse couche, il quitte le foyer pour faire sa vie dans la grande ville, s’occupe du bébé abandonné par une jeune réfugiée, est emprisonné, puis intente un procès à ses parents pour mauvais traitements. Le périple de Zain est prétexte à exposer le quotidien à Beyrouth, en proie au chaos et à la corruption, après une guerre interminable, toujours prête à reprendre. Nadine Labaki filme au niveau des trottoirs et des enfants comme pour un reportage, mais avec de vrais personnages construits, ce qui donne une énergie folle à son film.

Reportage : N. Lemarignier / S. Gorny / D. Da Meda, G. Orain / A-C. Bequet

Zain Alrafeea, qui interprète ce petit garçon et dont le prénom a été gardé pour son personnage, est incroyable de véracité. D’une maturité étonnante, d’aucuns l’auraient bien vu remporter le prix d’interprétation du 71e festival cannois. C’était peut-être aller un peu vite en besogne, mais il est vrai que son assurance, le ton dont il use dans ses répliques pas toujours faciles, sa gestuelle, étonnent à chaque instant.


Poule pondeuse

À l’encontre d’autres films de la compétition officielle cannoise, qui ont fait également le choix d’une mise en scène reprenant les codes du reportage, comme "En guerre" ou "Ayka" (caméra portée, cadrages et lumière variables, travellings instables…), "Capharnaüm" restitue l’énergie de la rue dans laquelle se fond son jeune héros. Il fait corps avec elle, et devient un vecteur pour Nadine Labaki, lui donnant accès à l’âme d’une ville et de ses habitants.
"Capharnaüm" de Nadine Labaki
 (Mooz Films)
La cinéaste traduit un drame humain, un drame de l’enfance et à travers lui, celui d’une famille. Zain a compris le petit manège de ses parents. Sa mère est pratiquement devenue une poule pondeuse qui négocie ses filles avec les meilleurs partis, pour survivre. En leur intendant un procès, Zain veut obtenir du tribunal son interdiction d’enfanter à nouveau, afin de prévenir de futures vies massacrées. Beau sujet, dans lequel s’engouffrent la condition féminine, la misère, les mœurs d’une société libanaise déphasée et un message humaniste dans les paroles et le regard d’un enfant devenu adulte avant l’âge. Puissant.
"Capharnaüm" : l'affiche
 ("Capharnaüm" : l'affiche)

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Nadine Labaki 
Pays : Liban / France
Acteurs : Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Boluwatife Treasure Bankole, Nadine Labaki
Durée : 2h03
Sortie : 17 octobre 2018
Synopsis: À l'intérieur d'un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : " Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? ", Zain lui répond : " Pour m'avoir donné la vie ! ". Capharnaüm retrace l'incroyable parcours de cet enfant en quête d'identité et qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer.

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