Mort de Jean-Pierre Bacri : "Il préférait un silence à un mot bienveillant", décrit son confrère et ami André Dussolier

"Il n'était pas dans un rapport de séduction avec l'autre, il plaisait et il a plu par son authenticité et par sa vérité".

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De gauche à droite : Agnès Jaoui, André Dussolier et Jean-Pierre Bacri au Festival de Cannes en mai 2002. (FOC KAN / WIREIMAGE)

Jean-Pierre Bacri était "une personnalité entière avec beaucoup de talents", "un acteur libre", "authentique", a réagi André Dussollier mardi 19 janvier sur franceinfo, après l'annonce de la mort lundi de l'artiste, victime d'un cancer. Figure du théâtre et du cinéma, Jean-Pierre Bacri avait 69 ans. "On est toujours un peu précautionneux dans la vie. Lui non. Il était direct, immédiat, il préférait un silence à un mot bienveillant, gentil", a expliqué André Dussolier qui a débuté sa carrière avec Jean-Pierre Bacri.

franceinfo : Jean-Pierre Bacri était l'un de vos amis. Vous aviez étudié ensemble l'art dramatique. Quel homme était-il quand vous l'avez rencontré ?

André Dussollier : Tel qu'on le connaît maintenant. Il avait déjà l'art du dialogue. Il avait écrit des petites pièces et c’était déjà très plaisant. C'était une personnalité entière qui a beaucoup de talents en tant que comédien mais en tant qu'auteur aussi. Il ne se mettait pas en avant. Il n'était pas dans un rapport de séduction avec l'autre. Il était lui-même. Il plaisait et il a plu par son authenticité et par sa vérité. Il n’hésitait pas à défendre telle ou telle cause, mais il ne voulait pas être un porte-parole. Il ne voulait pas être enfermé dans une image. Il avait un amour de la liberté.

Il avait vraiment son style à lui ?

C'était tellement particulier, tellement unique et tellement réjouissant. C’était à la fois vrai, sans fioritures, sans précaution et en même temps, avec toujours cet air amusé, ironique. Je me souviens d'une expression qu'il avait employée un jour où j’avais dû vouloir le rassurer.

"Je lui avais dit : après la pluie, le beau temps et il m'a dit : ‘Non, André, après la pluie, la pluie’. Voilà, c'était Jean-Pierre avec ses formules et sa manière d'être très concis pour raconter des choses et dire ce qu'il pensait."

André Dussolier

à franceinfo

Dans ses rôles, il était d'un grand naturel, mais il travaillait beaucoup et il était très exigeant avec lui-même, autant qu'il l'était avec les autres. Et puis, il était libre comme acteur. Il n'a pas multiplié les rôles et multiplié les films. On aurait bien voulu le voir chaque année dans un nouveau film. Mais il était très indépendant et choisissait les films d'abord, ceux qui lui plaisaient, puis ensuite les rôles. Il ne cherchait pas à être présent coûte que coûte. Il fallait qu’il y ait une adhésion complète avec le rôle qu'il devait jouer.

Vous l'avez eu récemment au téléphone, comment était-il ?

Très discret. Il n'a rien dit. Il ne disait rien et je sais que seulement quelques proches étaient au courant de sa souffrance, de sa maladie. Mais il n'a rien dit. Ça a été un choc pour moi, quand je l'ai appris hier [son décès], parce qu'en effet, j'avais envie de jouer une pièce avec lui. Je l’avais appelé. Il avait été emballé et le lendemain, il m’a dit non, je préfère qu'on trouve un autre cheval. J’aurai bien aimé, mais c’était l’indépendance et la franchise même.

Est-ce que vous savez pourquoi il nous touchait autant ?

On est toujours un peu précautionneux dans la vie. Lui non. Il était direct, immédiat, il préférait un silence à un mot bienveillant, gentil. Il allait directement aux choses et il remettait les choses en place tout de suite avec son interlocuteur pour montrer ce qu’il pensait de la situation, ou d'une chose, d'un sujet ou d'un débat.

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