Quatre questions sur l'affaire Luc Besson, placé sous le statut de témoin assisté après des accusations de viol

Le cinéaste Luc Besson, accusé de viol par la comédienne Sand Van Roy, a été placé sous le statut de témoin assisté lundi soir.

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France Télévisions
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Luc Besson, à la cité du Cinéma à Saint-Denis, le 16 juin 2017. (BERTRAND GUAY / AFP)

Accusé de viol par l'actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy, Luc Besson a été placé sous le statut de témoin assisté, à l'issue de son audition par une juge d'instruction, lundi 25 janvier. Il y a pratiquement trois ans, en mai et juillet 2018, l'actrice a déposé plusieurs plaintes à l'encontre du cinéaste. Des plaintes classées sans suite le 25 février 2019 par le parquet de Paris. La comédienne avait alors déposé une nouvelle plainte avec constitution de partie civile qui avait débouché sur l'ouverture d'une information judiciaire pour "viols", le 2 octobre 2019. Franceinfo fait le point sur l'affaire.

1 De quoi Luc Besson est-il accusé ?

"J'ai porté plainte contre lui pour m'avoir violée", expliquait l'actrice Sand Van Roy dans un entretien à franceinfo, en juillet 2018. Elle y racontait que, dans la soirée du jeudi 17 mai précédent, à l'hôtel le Bristol, à Paris, Luc Besson lui avait "imposé des actes sexuels non désirés", alors qu'elle avait clairement manifesté son refus. Elle racontait aussi avoir perdu connaissance à deux reprises et avoir reçu au moins un coup dans le dos. L'actrice avait déposé plainte pour viol dès le lendemain, vendredi 18 mai. Deux mois plus tard, elle avait déposé "un complément de plainte sur d'autres faits de viol, sous emprise et contrainte morale dans un contexte professionnel", survenus entre 2016 et 2018.

Après neuf mois d'enquête, le 25 février 2019, le parquet de Paris classe sans suite ses premières plaintes. Il estime que les investigations n'ont "pas permis de caractériser l'infraction dénoncée". Sand Van Roy dépose une nouvelle plainte avec constitution de partie civile. Celle-ci débouche sur l'ouverture d'une information judiciaire pour "viols" le 2 octobre 2019.

2Est-elle la seule à accuser Luc Besson ?

Huit autres femmes accusent aussi le réalisateur et producteur de gestes et de comportements inappropriés, voire d'"agressions sexuelles". Recueillis par Mediapart dans deux enquêtes, l'une publiée en juillet 2018, l'autre en novembre 2018, ces témoignages dénoncent un "climat très sexualisé", une "proximité physique qui mettait mal à l'aise", mais aussi un "harcèlement moral et sexuel permanent".

Parmi elles, Mona*, actrice vivant aux Etats-Unis, dit avoir rencontré deux fois le réalisateur pour un rôle principal au début des années 2000. "Il n'a même pas terminé de fermer la porte qu'il s'est jeté sur moi pour me toucher ou pour m'embrasser", assure-t-elle. Amandine*, qui a travaillé sur des castings pour Luc Besson, l'accuse d'"agressions sexuelles" lors de leur collaboration entre 2000 et 2005. "Fréquemment, Luc Besson me demandait, en présence du technicien, de lui faire une fellation, ce que je refusais systématiquement", confie-t-elle. Elle a écrit au procureur de la République vendredi 6 juillet 2018 pour "raconter ce dont [elle a] été à la fois témoin et victime". Alice*, qui a travaillé plusieurs années au sein d'EuropaCorp, la société de production du cinéaste, affirme qu'il "l'aurait embrassée sur la bouche, aurait posé une fois sa main sur ses fesses et, dans l'ascenseur, lui aurait fait une proposition sexuelle".

Karine Isambert, productrice de théâtre à Paris, a rencontré Luc Besson en 1995 pour un casting. A la fin du rendez-vous, le réalisateur lui aurait dit qu'ils allaient "se revoir" et l'aurait "attrapée par le haut de la fesse pour [la] presser contre lui assez fort, en [lui] faisant la bise". Elle raconte s'être échappée de son emprise et ne plus l'avoir revu ensuite. Emmanuelle*, stagiaire chez EuropaCorp au début des années 2000, raconte avoir vite redouté de se trouver "seule dans une pièce avec lui", qui réclamait régulièrement "un câlin" ou "un bisou"Ananda*, ex-employée d'EuropaCorp, reproche à Luc Besson d'avoir "opéré un chantage pour [la] mettre dans son lit".

Pauline* et Laura*, toutes les deux étudiantes à l'école de cinéma créée par Luc Besson en 2012, parlent de "harcèlement sexuel". En août 2015, en marge d'un événement de l'école, le réalisateur se serait "quasi frotté" à Pauline, dans un couloir étroit. Quant à Laura, il l'aurait prise plusieurs fois dans ses bras, embrassée dans le cou et lui aurait demandé de s'asseoir sur ses genoux.

3Comment Luc Besson se défend-il ?

"Ceci est un mensonge", rétorque Luc Besson dans une longue interview accordée à BFMTV, le 8 octobre 2019. "Je n'ai pas violé cette femme, je n'ai jamais violé une femme de ma vie", clame-t-il. Dans cet entretien, il reconnaît avoir trompé son épouse (la productrice Virginie Besson-Silla), notamment avec Sand Van Roy, et affirme le regretter, évoquant leur rapport hiérarchique. "J'ai trahi ma femme et mes enfants. Ça ne m'est pas arrivé qu'une seule fois, déclare le producteur. Je regrette d'avoir eu une relation avec cette jeune fille, alors qu'effectivement il y a un rapport de subordination, même si je ne l'ai pas vécu comme ça, mais c'est une évidence", a-t-il ajouté.

Son avocat, Thierry Marembert, clame depuis le dépôt de plainte de Sand Van Roy, que Luc Besson est "tombé de sa chaise" en apprenant ces accusations. Le réalisateur a été entendu en audition libre par les policiers en octobre 2018, puis confronté à son accusatrice en décembre.

4Où en est l'enquête ?

Le réalisateur Luc Besson a été placé sous le statut de témoin assisté par la juge d'instruction en charge du dossier, lundi 25 janvier. Le statut de témoin assisté est juridiquement placé entre celui de témoin et celui de mis en examen : c'est-à-dire qu'il existe des indices pouvant faire croire à la culpabilité de la personne mais, qu'aux yeux du juge, ils ne sont pas assez "graves ou concordants" pour justifier une mise en examen. La personne placée sous ce statut a accès au dossier et peut tout de même être mise en examen par la suite, si les investigations apportent de nouveaux éléments.

"Cette décision vient confirmer une nouvelle fois que les faits reprochés à Luc Besson n'ont aucun fondement, considère son avocat Thierry Marembert. Elle intervient après un premier classement sans suite en février 2019 et des réquisitions contre l'ouverture de l'information judiciaire par un vice-procureur du parquet de Paris." Sollicités par l'AFP sur ce développement de l'affaire, Sand Van Roy et son avocat, Me Francis Szpiner, n'avaient pas encore réagi lundi soir.

* Les prénoms avaient été modifiés par Mediapart à la demande des intéressées.

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