Les superhéros d'aujourd'hui sont les demi-dieux d'hier

Thor, Iron Man, Captain America et Hulk sont à l'affiche cette semaine. Notre passion pour ces superhéros rappelle notre fascination pour les héros mythologiques. Normal, ils en sont les avatars modernes, explique l'auteur de BD Alex Nikolavitch.

Une scène du film Avengers, en salles en France le 25 avril 2012. 
Une scène du film Avengers, en salles en France le 25 avril 2012.  (ARCHIVES DU 7EME ART / AFP)

Les héros du film Avengers, sorti en salles mercredi 25 avril, aussi ont leurs aïeuls mythologiques. Superman et son collant moulant ne sortent pas de nulle part. Le Kryptonien a été inspiré de personnages à la force surhumaine : le demi-dieu Hercule et le juge biblique Samson. Alex Nikolavitch est scénariste de BD, traducteur de comics et auteur de Mythe & super-héros (Les moutons électriques, 2011).

FTVi : Thor, Iron Man, Hulk… A quelle mythologie renvoient les superhéros d’Avengers ? 

Alex Nikolavitch : Thor est directement repris de la mythologie germanique et nordique. Iron Man, lui, est clairement un chevalier en armure qui souffre comme Achille, avec sa colère et son talon. Il a pas mal de défauts, est fragile du cœur et alcoolique. Pour Hulk, il y a, dans le mythe nordique, le personnage du berserk, un guerrier en proie à une rage incontrôlable. 

Un héros de comics peut renvoyer à un mythe en particulier ou à un mix de figures mythiques ?

Le fait que le héros renvoie à un personnage précis est plus l'exception que la règle. Les exceptions sont Thor et Hercule. Mais Superman a par exemple été inspiré des personnages de Samson, héros biblique doté d'une force surhumaine et du demi-dieu grec Hercule.

Les superhéros semblent souvent plus vertueux que leurs homologues de l'Antiquité, abonnés aux tribulations morales…

C'est parce que la notion de morale n’est pas la même. Au temps de L'Illiade et l'Odyssée, on était dans des sociétés extrêmement guerrières, où le pillage était normal. Les personnages créés dans les années 1940 étaient eux baignés dans les règles du christianisme. Mais ils ont aussi des fautes à expier, comme Spiderman, qui porte la responsabilité de la mort de son oncle. 

Finalement, un superhéros, c’est un demi-dieu avec des cas de conscience comme les humains ?

Il y a une gradation, depuis Batman, qui est un homme à peu près normal mais qu'un traumatisme conduit à se dépasser, à Superman, tombé du ciel avec ses superpouvoirs. Entre ces deux pôles, il y a plein de figures. Leur point commun, c'est le dépassement de soi et des limites. Après, les auteurs ont bien vu que l'intrigue risque de s'essouffler s'ils créent un personnage trop puissant. Au début, Thor se retransformait en chirurgien boiteux, une sorte de docteur House. Cela permet de faire courir des risques aux personnages. 

Et ça facilite l'identification des lecteurs ? 

Le lecteur cherche le "sense of wonder", une sensation d'émerveillement, le côté plus grand que nature, des choses qui échappent à notre environnement quotidien. Mais on ne peut pas s'identifier longtemps à Superman s'il ne retrouve pas ses habits de Clark Kent et se fait martyriser par ses collègues de bureau après avoir sauvé le monde. Les personnages qui ont des aspects humains très forts restent plus longtemps dans la conscience collective.