Les réalisateurs français de la Nouvelle Vague "étaient fascinés" par Stéphane Audran et sa "stature de femme fatale", selon Jean-Pierre Mocky

Après la mort de l'actrice Stéphane Audran, Jean-Pierre Mocky a estimé mardi sur franceinfo qu'elle "aurait dû avoir une plus grande carrière mais sa liaison avec Claude Chabrol l'a un peu paralysée".

Stéphane Audran avait une "stature de femme fatale", elle "avait un côté star, un côté star américaine un peu", a réagi mardi 27 mars sur franceinfo le metteur en scène Jean-Pierre Mocky qui avait tourné avec elle. Stéphane Audran, actrice fétiche du réalisateur Claude Chabrol, est morte mardi à l'âge de 85 ans des suites d'une maladie. De son vrai nom Colette Dacheville, elle avait été révélée en 1968 dans Les Biches de Claude Chabrol, son mari. Elle était une figure emblématique du cinéma français des années 1970. Elle tournera notamment dans Le Boucher et Les Noces rouges de Claude Chabrol mais aussi Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel. Selon Jean-Pierre Mocky, tous les réalisateurs de la Nouvelle Vague "de Jean-Luc Godard en passant par François Truffaut et Claude Chabrol - étaient tous, plus ou moins, amoureux de Stéphane Audran. (...) Ils étaient fascinés par cette femme, ils en parlaient tout le temps". Selon lui, "elle aurait dû avoir une plus grande carrière mais sa liaison avec Claude Chabrol l'a un peu paralysée", dit-il.

franceinfo : Quelle est votre première réaction suite à la disparition de Stéphane Audran ?

Jean-Pierre Mocky : Je la connaissais bien, j'ai fait un film avec elle qui s'appelait Les Saisons du Plaisir (1988) où elle partageait le rôle principal avec Sylvie Joly, aujourd'hui disparue aussi. Stéphane Audran était une femme de tête. Elle avait beaucoup de personnalité et elle avait, vis-à-vis de Claude Chabrol, une grande autorité. Je me rappelle qu'un jour elle a dit à Claude : "Si tu ne m'engages pas dans les films, je m'en vais". Elle était très directe. Elle aimait beaucoup Claude Chabrol et ils ont fait un parcours pendant quelques années avant de se séparer. À partir de cette date-là, elle a changé de carrière, elle a travaillé chez les uns et chez les autres mais elle n'avait plus cette complicité qu'elle a eu pendant des années avec Claude.

Stéphane Audran avait, en tant qu'actrice, quelque chose à la fois de séduisant et d'inquiétant aussi...

Elle était bizarre... Au début de sa carrière, quand elle a rencontré Claude Chabrol, c'était à l'époque du magazine des Cahiers du Cinéma et tous ces hommes - de Jean-Luc Godard en passant par François Truffaut à Claude Chabrol - étaient tous, plus ou moins, amoureux de Stéphane Audran. Parce qu'elle représentait pour eux une figure du cinéma. Elle avait un côté star, un côté star américaine un peu. Ils étaient fascinés par cette femme, ils en parlaient tout le temps. Je m'en rappelle quand on allait aux Cahiers du Cinéma sur les Champs-Elysées on ne parlait que de Stéphane Audran. Et il y avait une rivalité entre plusieurs metteurs en scène qui voulaient l'avoir, qui voulaient être avec elle. Et finalement Claude Chabrol a gagné.

Pourquoi les autres réalisateurs n'ont pas plus eu recours à Stéphane Audran ?

Parce que ça se passe souvent comme ça. Si vous voulez, elle était considérée comme l'égérie de Claude Chabrol. Moi j'ai aussi une femme dans ma vie [de cinéaste] et personne ne l'a engagée en dehors de moi parce que les gens pensaient que c'était une chasse gardée en fait. Si vous voulez, il y a un côté "Stéphane Audran c'est la femme de Claude Chabrol donc on y touche pas, on ne va pas la chercher pour faire d'autres rôles". Et ça a été un peu le contrecoup de sa liaison avec Claude Chabrol. Les autres réalisateurs ne l'ont pas utilisée comme ils auraient dû le faire si elle n'avait pas été avec ce metteur en scène. C'est un peu curieux mais c’est toute l'histoire du cinéma. Dès qu'une femme est très proche d'un réalisateur ou d'un producteur, les autres ont tendance à la fuir.

Du coup, ils se sont privés de son grand talent d'actrice ?

Ah oui parce que c'était une femme avec une voix et une grande autorité. Et il n'y en avait pas beaucoup, surtout chez les jeunes comédiennes. Stéphane Audran avait vraiment une stature de femme fatale, de femme qui avait vraiment la possibilité de jouer des très grands rôles. Elle n'a pas eu la carrière qu'elle aurait dû avoir. Elle aurait dû avoir une plus grande carrière mais, je vous dis, sa liaison avec Claude Chabrol l'a un peu paralysée.

Le réalisateur Jean-Pierre Mocky, à Paris, le 15 novembre 2016.
Le réalisateur Jean-Pierre Mocky, à Paris, le 15 novembre 2016. (JOEL SAGET / AFP)