La sortie de "Grâce à Dieu" de François Ozon incertaine jusqu'à mardi soir

Le film de François Ozon "Grâce à Dieu" sur la pédophilie dans l'Eglise, retraçant l'histoire de victimes dans l'affaire Barbarin, a été autorisé lundi par la justice à sortir en salles comme prévu mercredi. Une seconde décision judiciaire est toutefois attendue mardi à 17h : Régine Maire, 80 ans, ex-membre du diocèse de Lyon, a aussi assigné en référé le réalisateur du film.

François Ozon à la Berlinale, le 16 février 2019
François Ozon à la Berlinale, le 16 février 2019 (Jens Kalaene / DPA / DPA Picture Alliance / AFP)
La défense du père Preynat, prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles et non jugé encore, avait assigné en référé François Ozon pour obtenir un report de la sortie de son film "Grâce à Dieu", qui a reçu samedi soir le Grand prix du jury à la Berlinale.
 
"La décision très bien motivée reconnaît que le film - avec les avertissements qui l'accompagnent - ne justifie pas les mesures demandées qui menaçaient sa sortie. Nous nous en réjouissons", a indiqué à l'AFP Me Paul-Albert Iweins, l'un des deux avocats du producteur et du distributeur du film.

Le père Preynat va faire appel, indique un de ses avocats

"Le juge a rejeté la demande de report du film", a confirmé Me Emmanuel Mercinier, avocat du père Preynat. "Il considère que le fait d'insérer un carton à la dernière seconde du film indiquant que le père Preynat bénéficie de la présomption d'innocence répond aux exigences de la loi, la culpabilité de ce dernier n'étant dès lors pas présentée comme acquise", a-t-il ajouté. Il a dit "regretter amèrement cette décision, non seulement dans l'intérêt du père Preynat, mais plus largement dans l'intérêt général".
 
"Présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n'a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d'innocence que ne saurait évidemment pas faire disparaître le fait d'écrire ensuite le contraire durant deux secondes", a-t-il dit.
 
Me Frédéric Doyez, avocat lyonnais du père Preynat, a précisé à l'AFP qu'ils allaient faire appel de la décision, mais que cela n'empêcherait pas le film de sortir.

"Une question de principe"

"C'est une question de principe", a fait valoir Me Doyez, jugeant que "c'est la porte ouverte au parasitage de l'action judiciaire" par des films.
 
A Lyon, une autre audience était prévue ce lundi concernant le film : une ex-membre du diocèse de Lyon, Régine Maire, représentée sous son nom dans le film, a assigné François Ozon pour qu'il retire son nom du film.
 
Le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non dénonciation d'agressions sexuelles pédophiles, s'est tenu en janvier. Le jugement est attendu pour le 7 mars.

Reste une autre assignation en référé

Cependant malgré le feu vert de la justice à la sortie en salles du film, une seconde décision judiciaire attendue mardi en fin d'après-midi à Lyon pourrait la remettre en cause. Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon aujourd'hui âgée de 80 ans, a assigné en référé le réalisateur français pour qu'il retire son nom de son film au nom de la protection de la vie privée et de la présomption d'innocence.

Début janvier à Lyon, Régine Maire a été jugée aux côtés du cardinal Philippe Barbarin pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions du prêtre. Le tribunal doit rendre son jugement le 7 mars.

"Ce film permettra d'une manière ou d'une autre d'influer sur la décision des magistrats", a fait valoir son avocat, Xavier Vahramian, lors de l'audience lundi, en présence de sa cliente, petite femme aux cheveux blancs courts. Régine Maire apparaît sous son vrai nom, comme le cardinal Barbarin ou le père Preynat alors que les victimes sont représentées sous des noms d'emprunt.

Selon Me Vahramian, François Ozon la présente comme "un personnage dénué d'empathie, sévère et ayant pour but alors de servir le cardinal Barbarin". Son nom est cité une vingtaine de fois et elle est représentée dans 15 à 20 scènes.

Elle est présentée comme ayant "participé à la libération de la parole", rétorque l'un des avocats du réalisateur, du producteur et du distributeur de ce film qui vient de recevoir le Grand prix du jury à la Berlinale samedi. L'actrice l'incarnant, Martine Erhel, a même fourni une attestation expliquant qu'elle avait voulu donner de l'empathie à son personnage.