La justice russe lève l'assignation à résidence de Kirill Serebrennikov

La justice russe a levé le lundi 8 avril l'assignation à résidence de Kirill Serebrennikov, jugé pour des accusations de détournements de fonds qu'il rejette, ont rapporté les agences de presse russes. En résidence surveillée depuis l'été 2017, le metteur en scène et réalisateur est libre de ses mouvements à condition de ne pas quitter le territoire russe, selon la décision du tribunal de Moscou.

Le metteur en scène et réalisateur Kirill Serebrennikov, en 2019
Le metteur en scène et réalisateur Kirill Serebrennikov, en 2019 (Patrik STOLLARZ / AFP)

Kirill Serebrennikov, auteur du génial "Leto" qui a fait l'événement auprès de la critique au festival de Cannes, avait été arrêté dans la nuit du 21 au 22 août 2017 et assigné à résidence alors qu'il se trouvait en plein tournage d'un film à Saint-Pétersbourg. Quatre mois plus tard, la justice russe ordonnait la saisie des biens et actifs du metteur en scène, notamment son appartement et sa voiture. Plusieurs de ses collaborateurs étaient également poursuivis dans cette affaire.

Reprendre rapidement le travail

"Je vais revenir bientôt. Ce n'est pas très facile psychologiquement mais il y a beaucoup de choses à faire. Nous avons des spectacles, des répétitions", a réagi M. Serebrennikov auprès de l'agence Interfax. Le tribunal a également levé cette mesure pour deux autres personnes accusées dans cette affaire.

Kirill Serebrennikov a assuré compter "fêter" la nouvelle avant de reprendre rapidement le travail, bien qu'il ait monté plusieurs films et spectacles depuis son domicile en transmettant des clés USB. "Ce n'est pas très facile psychologiquement mais il y a beaucoup de choses à faire. Nous avons des spectacles, des répétitions", a réagi le réalisateur de "Leto", ovationné lors du dernier festival de Cannes.

Kirill Serebrennikov avait été nommé en 2012 à la tête du Centre Gogol, qu'il a transformé en un des centres névralgiques de la culture contemporaine à Moscou. Il y a notamment monté "Les Âmes mortes", d'après le roman de Nicolas Gogol, acclamé en 2016 au Festival d'Avignon. Pour ses partisans, il paye sa liberté de création et ses pièces parfois osées, mêlant politique, sexualité et religion, dans un pays où les autorités poussent pour un retour en force des valeurs traditionnelles et conservatrices.

Une affaire de détournement de fonds publics

En Russie, Kirill Serebrennikov est visé par une affaire de détournement de fonds publics qu'il dénonce comme "absurde". Kirill Serebrennikov a reçu le soutien de nombreuses personnalités artistiques russes et étrangères. Il est accusé d'avoir détourné 1,7 million d'euros de subventions publiques destinées à son théâtre moscovite grâce à un système de devis et factures gonflés entre 2011 et 2014. En juillet 2018, alors que son assignation à résidence était à nouveau prolongée, le metteur en scène et cinéaste de 49 ans avait résumé en un mot, "absurde", cette affaire et assuré que les sommes versées avaient servi à créer des œuvres.