La Fondation Jérôme Seydoux - Pathé expose le cinéma itinérant d'entre-deux-guerres : tout une aventure

Pathé, plus grand distributeur français de films depuis les origines avec Gaumont, a reconstruit son entreprise après la guerre de 14-18 avec son réseau Pathé-Rural, une histoire mal connue, belle et passionnante.

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'affiche de l'exposition "Pathé Rural - Le Cinéma en campagne", à la Fondation Pathé Jérôme Seydoux, 2022. (FONDATION PATHE JEROME SEYDOUX)

Si le cinéma n’a jamais cessé de produire et de distribuer des films durant la Première Guerre mondiale, son réseau d’exploitation a beaucoup souffert. La reconstitution du parc de salles à partir de 1920 incita Pathé à entreprendre une politique de distribution itinérante, allant à la rencontre du public dans les moindres villages du territoire.

Le résultat fut payant. L’objectif de doubler le nombre de salles fixes en France a été atteint, passant de 2 000 à 4 000 entre 1920 et 1928. Comment ? En fidélisant le public. Une aventure culturelle, industrielle et sociétale.

Entrepreneurs indépendants

Pionnier de la production et de la distribution du cinéma, Pathé ouvre les locaux de sa Fondation Jérôme Seydoux à une exposition évoquant la réinvention d’un cinéma nomade pour irriguer la France de films après le premier conflit mondial. Il ne s’agit plus du cinéma forain des origines, mais d’une véritable politique de distribution en marche.

La Une du journal professionnel des exploitants Pathé Rural, "Le Cinéma partout et pour tous", circa 1930. (FONDATION PATHE JEROME SEYDOUX /JACKY BORNET)

De jeunes entrepreneurs indépendants voient dans cette demande une promesse d’avenir et se lancent dans l’exploitation cinématographique. Acquéreurs d’une "tournée" de films dans des régions diverses et variées, avec leur camionnette, leurs lieux de spectacle, équipés d’un appareil de projection spécialement conçu pour cette "campagne", ils vont faire perdurer l’amour du cinéma en France, trouver du travail, et en faire trouver à d’autres.

Lanternes magiques

Dans les années 20-30, jusque dans les années 1960, les programmes sont composés en trois actes. Dans l’ordre : un ou deux court-métrages comiques (puis un cartoon, dont les premiers Mickey), deux à trois courts documentaires, parfois des bandes annonces, et un grand film, sur une durée de 2h30. Les actualités n’apparaitront qu’en 1931. C’est à une soirée complète que l’on convie le public, dans un café, un hôtel, une salle des fêtes, un presbytère, le clergé étant lui aussi friand de projections publiques, avec une censure "bienveillante".

L'affiche de Pathé Rural du "Joueur d'échecs" de Roger Bernard, 1927.  (FONDATION PATHE JEROME SEYDOUX / JACKY BORNET)

Ces projectionnistes itinérants rappellent les lanternistes, projeteurs de lanterne magique des XVIIIe et XIXe siècle, colporteurs, qui s’arrêtaient d’auberge en estaminet pour y apporter les lumières du monde : des vues du Krakatoa en éruption (1883), revues militaires et autres farces polissonnes, mais aussi macabres… Une tradition nomade ancrée dans le pré-cinéma, puis le cinématographe. Elle est toujours vivante aujourd’hui, avec des camions/salles de cinéma très performants, qui sillonnent la France pour toucher les régions les moins desservies.

Caméras, projecteurs et affiches

L’exposition est parsemée de merveilleux appareils de projection et de caméras, dont les entreprises Pathé étaient les créateurs. Les films projetés étaient qualifiés de "format réduit", 17,5 mm, soit l’exacte moitié du 35 mm standard. Une économie de matériaux substantielle en temps de pénurie d’après-guerre. Le format ne durera pas, concurrencé par le 16 mm américain de Kodak, et il sera interdit sous l’Occupation en France à partir de 1941, pour ne jamais réapparaitre. D'où la rareté de ces films, notamment de fiction.

Projecteur Pathé 17,5 mm (circa 1920). (FONDATION PATHE JEROME SEYDOUX / JACKY BORNET)

Sur les cimaises sont exposées de sublimes affiches lithographiées des années 1920, spécialement conçues pour ce réseau, signées des grands noms de l’époque : René Péron, Maurice Tamagno, Florit et Magne. C’est Le Joueur d’échecs, Surcouf, Fanfan la Tulipe, Les Cinq gentlemen maudits qui défilent dans de splendides compositions graphiques aux couleurs resplendissantes. Des catalogues d’exploitation, programmes et matériels publicitaires, jusqu’au journal professionnel des exploitants, Le Cinéma partout et pour tous, sont les pièces rares d’un patrimoine oublié, riche, plastique et sociétal.

Salvateur pour le cinéma

D’abord forain, le cinéma s’est fixé dans des temples du spectacle, comme le regretté Gaumont Palace à Paris. La Grande guerre a mis en holà à cette expansion démesurée de la Belle Epoque, obligeant la profession à se réorienter pour récupérer un marché, une industrie, un art, un monde fragilisé. Revenir à une exploitation nomade fut salvateur à la profession, afin de retrouver à terme une sédentarisation en salles.

C’est à un formidable focus qu’invite la Fondation Jérôme Seydoux - Pathé sur cette histoire oubliée du cinéma rural des années 1920-40. Etonnant de voir par exemple son adaptation rapide au parlant, avec sa diffusion non seulement dans les réseaux publics, mais également à domicile grâce à des appareils de projection sonore privés dès 1931 ! Des films jalonnent le parcours de l'exposition essaimée de merveilleuses machines à rêve, et de documents inédits : une exposition sur un sujet rare, éducatif et enivrant.

Pathé Rural  - Le cinéma en campagne
Fondation Pathé Jérôme Seydoux
73 Av. des Gobelins, 75013 Paris
Mardi 13h - 20h, Mercredi, jeudi et vendredi 13h - 19h, Samedi 11h30 - 19h

01 83 79 18 96

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