La doyenne du cinéma français Micheline Presle souffle sa 100e bougie

Joyeux anniversaire ! Ce lundi, la comédienne française fête ses 100 ans. L’occasion pour Franceinfo Culture de revenir sur son parcours au cinéma.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Micheline Presle dans le film "Saltimbank" de Jean-Claude Biette, en 2003.  (JEAN-CLAUDE MOIREAU / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

Son visage et sa silhouette habitent la mémoire du cinéma, et les personnages qu'elle a interprétés scandent une filmographie des plus riches. La reine rouge dans Peau d’âne de Jacques Demy, Tante Maryse dans Vénus Beauté de Tonie Marshall, la mère de Stanislas (Alain Chabat) dans Chouchou, de Merzak Allouache … sont toutes interprétées par une même actrice, Micheline Presle. Doyenne des actrices françaises, elle fête ce vendredi 22 août 2022 ces cent ans. Légende de cinéma, elle a traversé le siècle. 

Une carrière faite de rencontres avec de grands metteurs en scène

Micheline Chassagne, de son vrai nom, naît le 22 août 1922 à Paris. Elle commence l’exercice de son métier par de la figuration dans les films La Fessée de Pierre Carron (1937) et Je chante de Christian Stengel (1938), avec Charles Trenet. Un an plus tard, sa carrière prend de l’ampleur grâce à sa rencontre avec un monument du cinéma allemand, le réalisateur Georg Wilhelm Pabst, qui lui offre l’un des premiers rôles de son long-métrage Jeunes filles en détresse. Elle y interprète Jacqueline Presle, une jeune femme placée en pension et qui va tout faire pour réconcilier ses parents en instance de divorce. Séduite par le patronyme de ce premier grand rôle, Micheline Chassagne l’adoptera dorénavant.

Elle ne s’arrête dès lors plus de tourner. Elle est dirigée par de grands metteurs en scène comme les avant-gardistes Abel Gance et Marcel L’Herbier. En 1945, elle crève l’écran dans Falbalas, de Jacques Becker, géniale immersion dans une maison de haute-couture et œuvre très chère au créateur Jean-Paul Gaultier (sa découverte du film, à 13 ans, influencera sa vocation).

Elle poursuit sa carrière avec des rôles de femmes marquants. Elle interprète ainsi une prostituée dans Boule-de-Suif, adaptation par Christian-Jaque de la nouvelle éponyme de Maupassant. En 1947, dans Le Diable au corps, de Claude-Autant Lara, elle est une aide-soignante, femme de poilu parti au front pendant la Première Guerre mondiale, et qui prend pour amant un adolescent de 17 ans non mobilisé. Son interprète ? Un certain Gérard Philipe, qui n'est pas encore la star que l'on sait et qu'elle choisit elle-même. Liberté rare pour l'époque. 

Losey, Delannoy et Rivette

Forte de son succès, elle s’installe pour un temps aux États-Unis, où elle tourne notamment avec Fritz Lang, autre monstre sacré du cinéma allemand. C’est là qu’elle rencontre le réalisateur et producteur américain William Marshall avec qui elle débute une relation amoureuse. Ils se marient en 1950, divorcent quatre ans plus tard. De leur union naît une fille, Tonie Marshall, future réalisatrice césarisée en 2000 pour le film Vénus beauté.

Lorsqu’elle rentre en France au milieu des années 50, après un succès mitigé aux États-Unis, elle continue de tourner sous la direction des plus grands, de Sacha Guitry à Joseph Losey. En 1960, avec Jean Gabin, elle joue une comédie à succès, et au dialogue savoureux, Le baron de l’écluse, réalisé par Jean Delannoy.

Réputée pour son insatiable curiosité et sa grande ouverture d’esprit, elle collabore par la suite avec des réalisateurs aussi différents qu’Edouard Molinaro, Phillipe de Broca, réalisateurs de films grand publics, Elio Petri, figure du cinéma italien pour lequel elle tourne L’assassin en 1961 avec Marcello Mastroianni, ou Jacques Rivette, représentant de la Nouvelle Vague et auteur de films plus confidentiels. Avec lui, elle joue dans La religieuse, en 1966, en compagnie d'Anna Karina. Dans un article qui rend hommage à sa carrière, le quotidien Le Figaro révèle que François Truffaut, autre cinéaste emblématique de la Nouvelle Vague, disait d’elle qu’elle était "la meilleure actrice du monde".

Un César d’honneur en 2004

Parallèlement au cinéma, sa carrière sur le petit écran, avec son personnage dans la série télévisée Les saintes chéries (1965-1971), assoit son succès populaire dans le cœur des français.

Jusqu’en 2014, année de son dernier film à ce jour, elle ne s’arrête pratiquement pas de tourner. Collaborer avec de jeunes réalisateurs, comme Jean-Michel Ribes à ses débuts, ne lui fait pas peur. Elle tourne entre autres sous la direction de Claude Chabrol et Alain Resnais dans les années 80, de Patrice Chesnais, Jean-Pierre Mocky ou encore Francis Huster dans les années 2000. Un savant mélange d’audace, de maîtrise et de compréhension de l’air du temps semble habiter ses choix de films. En 2004, un César d’honneur salue l’ensemble de cette carrière hors norme dans le temps et le nombre de films tournés.

Micheline Presle a enfin toujours joué dans les films de sa fille Tonie Marshall, décédée en 2020 des suites d’un cancer du poumon. Le dernier film où apparaît Micheline Presle, Tu veux où tu veux pas, en 2014, a d’ailleurs été réalisé par elle.

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