Jeanne Moreau : "C’est quelqu’un qui n’arrivait pas là avec son statut de star"

Claude-Eric Poiroux, producteur de cinéma et délégué général du festival Premiers plans d'Angers Maine-et-Loire, est revenu, lundi pour franceinfo, sur la relation de Jeanne Moreau avec les jeunes réalisateurs.

L\'actrice Jeanne Moreau lors de son arrivée sur le tapis rouge du 61e Festival de Cannes (Alpes-Maritimes), le 17 mai 2008.
L'actrice Jeanne Moreau lors de son arrivée sur le tapis rouge du 61e Festival de Cannes (Alpes-Maritimes), le 17 mai 2008. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Jeanne Moreau, morte lundi 31 juillet à l'âge de 89 ans, était une femme "profondément généreuse dont l'exigence a été utile à tous", a décrit, lundi sur franceinfo, Claude-Eric Poiroux, producteur de cinéma et délégué général du festival Premiers plans d'Angers, dans le Maine-et-Loire. Jeanne Moreau a été présidente du festival angevin à partir de 2003. Il est consacré au premier film de jeunes cinéastes européens. En 2004, Jeanne Moreau a lancé les Ateliers d’Angers dans lesquels elle fait profiter de son regard si particulier aux jeunes talents.

franceinfo : Jeanne Moreau était-elle très impliquée dans le festival Premiers plans ?

Claude-Eric Poiroux : Oui. Elle a commencé en 2003 par être la présidente du jury. Cela a été un moment qui a déclenché en elle, le goût d’être en compagnie de jeunes cinéastes, le goût de transmettre et cette volonté de créer les ateliers d’Angers. Les Ateliers Jeanne Moreau sont destinés à de jeunes réalisateurs européens qui viennent là se préparer à faire leur premier long métrage.

Le festival Premiers plans a notamment consacré, entre autres, Mathieu Amalric, François Ozon, Abdellatif Kechiche… Est-ce que la transmission était quelque chose de très important pour elle ?

Elle sentait que ces gens-là avaient besoin d’elle. Elle s’est mise à leur disposition. C’est quelqu’un qui n’arrivait pas là avec son statut de star. Non, elle n’était pas là pour nous raconter ses mémoires. Elle était là pour nous dire aussi comment elle, elle avait débuté. Je me souviens toujours comme elle me disait : "Il faut les aider à pousser la porte".

Est-ce que Jeanne Moreau aimait s’imprégner de ces jeunes réalisateurs ?

Ah oui ! Elle lisait leur scénario, il y avait un dialogue en tête à tête. Ils étaient déjà impressionnés, mais comme elle les tutoyait, ils se tutoyaient. C’était très franc, très rapide. Elle était toujours au contact de leur projet : "A partir du scénario, qu’est-ce que tu vas faire ? Comment vas-tu diriger tes comédiens ? Mais tu vas tourner en studio ? Tu ferais mieux de tourner là." C’était quelqu’un qui avait cette attention et en même temps cette richesse de regarder bien et de deviner ce que eux portaient peut-être en eux de doutes ou de questionnements.

Comment réagissait les jeunes réalisateurs ?

Je pense que ces dialogues-là, qui ont eu lieu pendant 10 ans, sont des moments que les jeunes cinéastes n’ont jamais oublié. Je crois que c’est important aussi quand on est un jeune cinéaste d’avoir ce compagnonnage avec une personnalité d’une telle dimension. Ils étaient avec elle et elle était disponible. Elle vivait avec eux. Je l’ai souvent rencontrée après. Elle me posait toujours des questions sur ce qu’ils devenaient, sur les films qu’ils avaient fait. Je pense que c’était cette façon à elle qu’elle avait de poursuivre peut-être sa carrière.

"Les Ateliers Jeanne Moreau sont destinés à de jeunes réalisateurs européens qui viennent là se préparer à faire leur premier long métrage", Claude-Eric Poiroux
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