Vertigineux et poétique, le film d'animation "Le Sommet des Dieux" de Patrick Imbert rend justice à l'œuvre de Taniguchi

"Le Sommet des Dieux" dessin animé adapté de la BD de Jirô Taniguchi et Baku Yumemakura, vous transportera sur les faces enneigées et périlleuses de l'Everest. Du Japon à l'Himalaya, en passant par les Alpes, une enquête haletante, à la recherche du mystérieux alpiniste Habu Jôji.

Article rédigé par
Leela Badrinath - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 3 min.
"Le Sommet des Dieux" de Patrick Imbert, en salles le 22 septembre 2021 (WILD BUNCH DISTRIBUTION / ALLOCINÉ)

Le vertige, l'altitude, le froid et les paysages sont à couper le souffle dans Le Sommet des Dieux, dernier film d'animation de Patrick Imbert, adapté du roman graphique japonais éponyme du mangaka Jirô Tanigushi et de l'auteur Baku Yumemakura.

Le film raconte l'enquête de Fukamachi, photographe reporter pour une revue japonaise. Au détour d'une rue à Kathmandu, il croise un homme mystérieux tenant entre ses mains un appareil photo qui pourrait bien permettre de résoudre le plus grand mystère de l'alpinisme : George Mallory et Andrew Irvine sont-ils les premiers à avoir atteint le sommet de l'Everest en 1924, trente ans avant Edmund Hillary et Tenzing Norgay ? Le photographe part donc à la recherche de cet inconnu de Kathmandu, soupçonnant qu'il s'agit de Habu Jôji, alpiniste au passé tourmenté ayant disparu des radars depuis des années. 

Des destins qui se croisent sur la montagne 

Le film tire sa force de ses protagonistes, deux hommes obstinés à leur manière, dont les destins se croisent au pied de l'Everest. Entre Habu, personnage taiseux et solitaire au passé douloureux, et Fukamachi, admiratif et curieux qui cherche à étancher sa soif de réponses, l'histoire est poignante du début à la fin. Chaque avancée de Fukamashi dans son enquête est ponctuée de flash-backs dans la vie de Habu. 

Le personnage d'Habu Jôji pratique essentiellement des ascensions en hivernale et en solitaire. (ALLOCINE / WILD BUNCH DISTRIBUTION)

Dans le roman original paru en 1998, Baku Yumemakura a imaginé les personnages d'Habu Jôji et de son rival Tsuneo Hase en s'inspirant des alpinistes japonais Morita Masaru et Tsuneo Hasegawa, tous deux ayant péri respectivement dans les Alpes et l'Himalaya. L'ancrage dans la réalité donne de la sève au récit, et notamment le mystère autour de l'appareil photo perdu d'Andrew Irvine qui reste encore aujourd'hui une véritable légende dans le monde de l'alpinisme. Plusieurs expéditions historiques ont tenté de retrouver cette fameuse pellicule qui révèlerait si, oui ou non, Mallory et Irvine sont les premiers à avoir vaincu le plus haut sommet du monde en 1924.

Habu Jôji et son disciple Buntarô. Le film retrace le passé d'Habu et ses débuts comme alpiniste prometteur et talentueux. (ALLOCINE / WILD BUNCH DISTRIBUTION)

Comprendre les chasseurs de sommets 

Malgré le choix d'une animation en 2D, le sentiment d'immersion au coeur de la montagne est total. L'immensité des paysages, la profondeur des crevasses, l'adrénaline du vide, tout y est. On se surprend à s'accrocher à son siège comme à une façade rocailleuse. Le dessin est fin, largement inspiré du style de Jirô Taniguchi, pour un rendu visuel sublime.

Habu, Fukamachi et un sherpa à la base du mont Everest (ALLOCINE / WILD BUNCH DISTRIBUTION)

Qu'il soit connaisseur ou profane de l'alpinisme, Le Sommet des Dieux happe le spectateur dans cette discipline périlleuse. Une immersion chez ces grimpeurs de l'extrême qui veulent toujours aller plus loin et plus haut. Dans le film, Habu est un adepte des ascensions hivernales en solitaire : au vertige et au danger s'ajoutent le froid glacial et la solitude de l'alpiniste accroché à sa paroi.

À Tokyo, Fukamachi interroge des personnes qui ont connu Habu, à la recherche de pistes pour retracer son chemin (ALLOCINE / WILD BUNCH DISTRIBUTION)

L'histoire prend place dans plusieurs lieux. Elle est ponctuée de scènes en ville, à Tokyo et à Kathmandu qui renforcent le contraste entre la ville bondée, étriquée et bruyante face à l'immensité de la montagne sous les étoiles, avec les seuls bruits de la neige qui craque et des bourrasques de vent. 

La musique du compositeur Amine Bouhafa vient également souligner la poésie des paysages. Elle prend davantage de place à mesure que l'on s'approche du sommet, là où les dialogues se font rares, amplifiant ainsi les sensations de manque d'oxygène et de solitude de l'homme face à la nature. À la sortie du film, on reste encore quelques instants, le souffle court, sur le toit du monde, et sans doute commence-t-on à comprendre ce qui pousse les alpinistes à courir après les sommets.

L'affiche de "Le Sommet des Dieux" réalisé par Patrick Imbert, adapté du manga de Jirô Taniguchi et Baku Yumemakura. En salles le 22 août 2021. (ALLOCINE / WILD BUNCH DISTRIBUTION)

La fiche

Genre : Aventure, animation
Réalisateur : Patrick Imbert
Œuvre originale :Jiro Taniguchi, Baku Yumemakura
Pays : France 
Durée : 1h30
Sortie : 22 septembre 2021
Distributeur : Wild Bunch Distribution

Synopsis : A Katmandou, le reporter japonais Fukamachi croit reconnaître Habu Jôji, cet alpiniste que l'on pensait disparu depuis des années. Il semble tenir entre ses mains un appareil photo qui pourrait changer l’histoire de l’alpinisme. Et si George Mallory et Andrew Irvine étaient les premiers hommes à avoir atteint le sommet de l’Everest, le 8 juin 1924 ? Seul le petit Kodak Vest Pocket avec lequel ils devaient se photographier sur le toit du monde pourrait livrer la vérité. 70 ans plus tard, pour tenter de résoudre ce mystère, Fukamachi se lance sur les traces de Habu. Il découvre un monde de passionnés assoiffés de conquêtes impossibles et décide de l’accompagner jusqu’au voyage ultime vers le sommet des dieux.

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