Wes Anderson en compétition au Festival de Cannes: l'imagination au pouvoir

Le nouveau film du réalisateur américain Wes Anderson, "The French Dispatch", est en compétition au Festival de Cannes 2021. Retour sur vingt ans de carrière qui détonnent dans le cinéma américain.

Article rédigé par
Marine Ritchie - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Wes Anderson sur le tournage du film "A bord du Darjeeling Limited" en 2007 (ARCHIVES DU 7EME ART)

Wes Anderson fait son retour à Cannes avec The French Dispatch. Ce film semble reprendre une nouvelle fois les codes du cinéaste tout en étant singulier et original. 

Il n’y a pas de "méthode Anderson" : son entourage et ses collègues de longue date le répètent régulièrement. C’est du feeling, de l’instinct, du naturel. Cet autodidacte a un compas dans l’œil et innove à chaque création. Mais il a aussi ses habitudes, à l’image, derrière la caméra et dans la narration. Cette nouvelle sélection à Cannes est l’occasion de revenir sur son œuvre et son style cinématographique. 

BD et animation, grandes inspirations visuelles

L’univers de Wes Anderson est cohérent et visuellement très marqué. Il crée des bulles, des cases, des petites pièces, rappelant souvent les planches de BD d'Hergé et de son célèbre Tintin. Les personnages sont enfermés dans ces espaces et l’objectif est d’en sortir. On pense au sous-marin de La Vie aquatique, à la maison familiale de La famille Tenenbaum ou encore à l’ascenseur rouge de The Grand Budapest Hotel. Les décors sont élaborés et un peu fous, avec une multitude de détails et une symétrie qui saute aux yeux. L'ensemble, mis en valeur par des mouvements de caméra inventifs, devient une vraie chorégraphie.   

Dans l'ascenseur de "The Grand Budapest Hotel", les acteurs Paul Schlase, Tony Revolori, Tilda Swinton et Ralph Fiennes ( SCOTT RUDIN PRODUCTIONS / INDI / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

Wes Anderson reste fidèle à son style visuel dans tous ses films, même quand il change de technique et s'essaye avec succès au cinéma d'animation, en stop motion. Il y met un pied en 2009 avec Fantastic Mr. Fox, adaptation du livre de Roald Dahl, salué par la critique. Puis ce sera L’île aux chiens en 2018. Chaque fois, il réussit avec brio à implanter son style dans ce nouveau genre, qu'il fait sien. On retrouve sa signature dans les plans, le cadre et le rythme.

Cette expérience d'animation influence désormais beaucoup son cinéma en général. Il l'explique dans une interview pour le journal Libération, en avril 2018 : "Je suis plus précis maintenant. Je conçois le découpage avec un story-board, ce qui me permet d'être plus efficace au tournage et de raconter mes histoires plus clairement. Désormais, je pense au découpage d'un film avec des acteurs presque de la même manière que celui d'un film d'animation."

"L'île aux chiens", le second film d'animation de Wes Anderson, sorti en 2018 (FOX SEARCHLIGHT PICTURES / INDIA / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

Couleurs et narration

Un élément saute aux yeux dans la filmographie de Wes Anderson : l’importance des couleurs. Dans les décors, dans les costumes... Elles ont souvent un rôle significatif et pas seulement décoratif. Les mondes sont construits autour de différentes teintes. Le bleu et le rouge dans La Vie aquatique, le marron et le jaune dans Moonrise Kingdom. Dans The Grand Budapest Hotel, les couleurs jouent même un rôle dans la narration. Elles changent au cours du film et symbolisent l’évolution de l’hôtel. Quand il est à son apogée, les nuances sont éclatantes et rétros. Elles deviennent ensuite plus fades quand le prestige de l’hôtel pâlit.  

Un burlesque contemporain 

Le cinéma de Wes Anderson est un cinéma burlesque. La construction de l'image, le jeu des acteurs ou encore la trame narrative le montrent. L'exagération est très présente, le comique est à la fois élégant et ridicule. La course-poursuite est utilisée sous toutes ses formes : à ski dans The Grand Budapest Hotel après un décès et la recherche d’un tableau, ou à pied dans Bottle Rocket après un casse imaginé par des jeunes qui se prennent pour des gangsters. Le burlesque, c’est aussi le triangle amoureux de Rushmore entre un jeune génie, son mentor et sa prof. Le film est d’ailleurs inspiré par les années lycée de Wes Anderson et de son compagnon de toujours, Owen Wilson, ami de fac et coscénariste.

Des voyages initiatiques 

Chaque film contient une aventure extraordinaire dans laquelle les personnages se révèlent. Trois frères ne se sont pas parlé depuis la mort de leur père. Ils partent voyager en train en Inde dans A bord du Darjeeling Limited, une sorte de quête spirituelle. Deux jeunes ados, l'étrange Suzy et le débrouillard Sam, tombent amoureux, concluent un pacte secret et fuient leur quotidien afin de rallier à deux une fantaisie rêvée dans Moonrise Kingdom (2012). Dans La Vie aquatique, l'océanographe incarné par Bill Murray et inspiré du célèbre commandant Cousteau part à la recherche du requin-jaguar qui a mangé son partenaire. Un périple qui aborde cette fois les thèmes de la vengeance, mais aussi du deuil ou de la famille.

Un modèle familial dysfonctionnel 

Dans les films de Wes Anderson, la famille est toujours au bord de l’explosion, dans une atmosphère souvent dépressive et mélancolique, régulièrement violente. Les adultes ne sont pas à la hauteur des attentes. Les enfants se comportent comme des adultes, les caricaturent et les singent. Dans La famille Tenenbaum, les trois enfants sont exceptionnels : un champion de tennis, une auteure à succès et un génie de la finance. Ils se retrouvent 20 ans plus tard, dans cette famille qui n'a rien en commun, avec un père qui ne les connaît pas.

Les trois enfants exceptionnels de "La famille Tenenbaum", sorti en 2001, c'est le troisième film de Wes Anderson (TOUCHSTONE PICTURES / AMERICAN E / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

Le lien du sang ne fait pas tout, Wes Anderson le montre dans A bord du Darjeeling Limited. Les trois frères américains Francis, Peter et Jack ne semblent rien partager au début du film. Puis les traumatismes liés à la mort du père et l'abandon de la mère ressortent peu à peu. 

Quand la famille fait défaut, le besoin d'en créer une nouvelle est fort. Les personnages recomposent un lien familial extérieur, comme l’équipe Zissou de La Vie aquatique ou le groupe atypique de L'île aux chiens. La création d'une deuxième famille, c'est d'ailleurs ce que fait Wes Anderson lui-même. Il est accompagné de sa bande de fidèles, devant la caméra avec ses acteurs fétiches (en première ligne, Bill Murray) mais aussi derrière la caméra avec la même équipe depuis plusieurs années (Roman Coppola pour les scénarios ou Alexandre Desplat à la musique par exemple), comme une troupe de théâtre qui se retrouve de film en film. 

La filmographie de Wes Anderson : 

1996 - Bottle Rocket

1998 - Rushmore

2001 - La famille Tenenbaum

2003 - La Vie aquatique

2007 - A bord du Darjeeling Limited

2009 - Fantastic Mr. Fox

2012 - Moonrise Kingdom

2013 - The Grand Budapest Hotel

2018 - L'île aux chiens

2021 - The French Dispatch

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