Cannes 2019 : pourquoi Jim Jarmusch est l'un des chouchous du festival de Cannes

Jim Jarmusch fait partie de ces "abonnés cannois". Le cinéaste américain est de retour sur la Croisette, ce mardi, pour "The Dead don't die", projeté en ouverture du festival. Une preuve du lien fort qu'il entretient avec Cannes. Mais comment l'expliquer ?

Jim Jarmusch durant la présentation de Paterson à Cannes en 2016.
Jim Jarmusch durant la présentation de Paterson à Cannes en 2016. (LOIC VENANCE / AFP)

Jim Jarmusch, une nouvelle fois à Cannes ! C'est avec la projection de The Dead Don't Die que s'ouvrira le 72e Festival de Cannes. Ce mardi 14 mai, le Grand Théâtre Lumière découvrira la nouvelle production du cinéaste américain, premier film à concourir pour la Palme d'or 2019.

Mais Jim Jarmusch n'est pas le perdreau de l'année. Il se rend à Cannes pour la 8e fois, et onze de ses quatorze films ont été liés au festival depuis le début de sa carrière. Ce qui fait de lui l'un des "chouchous" de la Croisette.

C'est "le plus européen des américains"

Jim Jarmusch nous a habitués à des univers créatifs et mélancoliques, sur fond de musique rock. Son humour pince-sans-rire et ses anti-héros confrontés à un monde effrayant ont souvent convaincu le public cannois. "Il a tout de suite été considéré comme le plus européen des cinéastes américains", explique Marie Grenon, de l'Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel (Paris 3). "Ses premiers films ont été comparés à ceux de la Nouvelle Vague, avec une ambiance underground et une esthétique très léchée. Jarmusch a un style très identifiable qui a marqué le festival de Cannes. Il s'est toujours amusé à varier les genres, toujours à la frontière entre le cinéma d'auteur et les films grand public."

L'histoire d'amour commence avec Stranger Than Paradise, Caméra d’or en 1984 (présenté à la Quinzaine des réalisateurs), et qui fit date dans l’émergence d'un nouveau cinéma indépendant américainUn film qui révèle Jim Jarmusch à l'âge de 30 ans. Pourtant, difficile de parler d'une trajectoire à la Xavier Dolan. Si le cinéaste a émergé assez jeune, et ce grâce à Cannes, Jarmusch n'a pas tout de suite eu cette image de "petit prodige" comme le Canadien.

La bande annonce de Stranger Than Paradise (1984) :

En France, il découvre le cinéma

Le réalisateur a vécu en France, entre 1973 et 1974, dans le 5e arrondissement de Paris. Il écrit et découvre le mode de vie européen. Il est aussi ami avec de nombreux intellectuels français, toujours liés aux domaines artistiques.

Mais pour Céline Murillo, auteure du livre Le cinéma de Jim Jarmusch, un monde plus loin, le réalisateur américain a un rapport personnel à la France depuis son plus jeune âge : "Pendant ses études de littérature, il a voyagé en France et a découvert le 7e art à la cinémathèque française. Quand il est rentré aux États-Unis, il a voulu prendre la caméra. Il considère la France comme le pays de la différence."

Il est "une sorte de dandy rock"

Un cinéaste de la différence qui a mis du temps à se faire un nom. Car c'est surtout avec Broken Flowers, Grand Prix en 2005qu'il se fait connaître auprès du grand public.

C'est aussi pour son style inimitable, chevelure argentée et lunettes noires, que l'on reconnaît Jim Jarmusch. "Il a une attitude de dandy rock, à la fois dans ses films et dans sa manière d'être", indique Marie Grenon. "Il est ami avec des grands noms de la musique, il a une connaissance de la culture alternative très importante... Il fascine le public et cultive cette image mystérieuse qui plaît énormément sur la Croisette."

Jim Jarmusch et Iggy Pop durant le photocall de Gimme Danger au festival de Cannes 2016.
Jim Jarmusch et Iggy Pop durant le photocall de Gimme Danger au festival de Cannes 2016. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Philippe Azoury, critique de cinéma, a rencontré plusieurs fois Jim Jarmusch. Il est l'auteur du livre Jim Jarmusch, une autre allure, abordant la singularité du cinéaste et de ses films. Pour lui, il est "une créature cannoise. Au même titre qu’Almodovar, ce sont des auteurs qui plaisent au festival, avec des plans signés, l’incarnation d’une indépendance au cinéma. Quand le film n’est pas sélectionné à Cannes, comme par exemple Limits of control, je pense que c’est une énorme déception pour Jim Jarmusch.”

Jarmusch s'entoure de stars

Avec The Dead don't die, Jim Jarmusch frappe encore très fort niveau casting : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Danny Glover... Sans parler des rockeurs Iggy Pop et Tom Waits ! Une pléiade de stars qui fera sûrement son effet sur le tapis rouge.

Et si l'on parle de ses films précédents présentés à Cannes, s'ajoutent à cette liste des vedettes hollywoodiennes comme Johnny Depp, Forest Whitaker, ou encore John Hurt. Des noms qui ont sûrement dû peser dans la balance quand on connaît l'importance de la montée des marches pour les organisateurs du festival de Cannes. Jarmusch s'entoure des meilleurs, et Cannes le lui rend bien.

Le film Paterson est une illustration secrète et puissante d'une autre façon de penser le cinéma. Jarmusch n'hésite pas à exalter le noir et blanc, et le 35 mm. Je crois qu'il est venu six ou sept fois à Cannes, et comme les Dardenne, il est de ces abonnés cannois qui alimentent les clichés. Mais comment ne pas honorer une telle invitation à un cinéma différent ?Thierry Frémaux, délégué général du Festival de CannesSélection Officielle, publié aux éditions Grasset

Toujours à la recherche de nouveaux défis

Le cinéaste américain peut aussi compter sur la fidélité de son public. Une fidélité qui résiste au changement d'époque et continue de le rendre "bankable". “Ce qui intéressant chez Jarmusch, c’est que l’on retrouve des thématiques, des acteurs, mais en surface chaque film est extrêmement varié", analyse Céline Murillo. "Dans son attitude, il cultive un rôle d’imposteur… Même avec son groupe de musique (SQÜRL) ou lors des conférences de presse ! Mais en réalité, tout est très maîtrisé et il fait confiance à son public pour comprendre son cinéma.”

Et encore une fois, la surprise est au rendez-vous. Les films de zombies ont été peu nombreux sur la Croisette, et The Dead don't die marque le premier du genre en compétition. Pour Philippe Azoury, le pari est risqué : "Il a pensé ce film comme Coffee and Cigarettes, avec des saynètes humoristiques entrecoupées d’attaques de zombies. Le dispositif mis en place par Cannes, avec cette retransmission dans plusieurs cinémas en France, donne une caisse de résonance à un film où Jarmusch a simplement voulu se marrer ! C'est une sorte de récompense commerciale pour un cinéaste qu'ils apprécient.

Avec ce nouveau film, Jim Jarmusch veut offrir un divertissement de qualité en ouverture du festival. L'occasion pour lui de conquérir un nouveau public. Mais le cinéaste attend surtout un bon accueil de la part des festivaliers, lui qui semble avoir déjà conquis tout le monde à Cannes.

Filmographie de Jim Jarmusch :

1984 - Stranger Than Paradise : Caméra d'or, remportée pendant la Quinzaine des réalisateurs

1986 - Down by Law : Compétition Officielle

1989 - Mystery Train : Compétition Officielle

1991 - Night on Earth : Non-sélectionné

1995 - Dead Man : Compétition officielle

1997 - Year of the Horse : Non-sélectionné

1999 - Ghost Dog : La Voie du samouraï  : Compétition officielle

2003 - Coffee and Cigarettes : Palme d'or du court-métrage 1993

2005Broken Flowers : Grand Prix de la 58e édition

2009 - The Limits of Control : Non-sélectionné

2013 - Only Lovers Left Alive : Compétition officielle

2016Paterson : Compétition officielle

2016 - Gimme Danger : Séances de minuit

2019 - The Dead Don't Die : Compétition officielle