Cannes 2019 : "Oleg" de Juris Kursietis, la descente aux enfers d'un ouvrier tombé sous l'emprise de la mafia

La Quinzaine des Réalisateurs a projeté ce vendredi Oleg du Letton Juris Kursietis. La descente aux enfers d'un ouvrier letton tombé entre les mains de la mafia polonaise à Bruxelles. Impressionnant de réalisme.

Valentin Novopolskij dans \"Oleg\"
Valentin Novopolskij dans "Oleg" (DR)

Oleg (l'acteur lituanien Valentin Novopolskij) est un ouvrier parti de Riga, en Lettonie, pour tenter de travailler en Belgique. Alors qu’il est boucher dans une usine de viande, il se voit accusé à tort d'avoir commis une faute et perd son job. Une connaissance polonaise lui propose alors de l’aider à trouver un nouvel emploi. Oleg l’ignore mais cette main charitable est en fait celle d'Andrzej (Dawid Ogronik) un mafieux polonais minable qui va tenter d’en faire son homme de main. Oleg va tout faire pour tenter d’échapper à cette emprise criminelle.

de gauche à droite : Valentin Novolposkij, Dawid Ogrodnik et Anna Prochniak, les trois principaux interprètes de\"Oleg\'
de gauche à droite : Valentin Novolposkij, Dawid Ogrodnik et Anna Prochniak, les trois principaux interprètes de"Oleg' (JEAN-FRANCOIS LIXON)

Les "non-citoyens" de Lettonie

Le cinéaste letton Juris Kursietis met en scène un personnage typique de la Lettonie, le "citoyen non-citoyen". Il a expliqué au public de la Quinzaine des Réalisateurs qu'une part non négligeable des habitants du pays ne dispose pas d'une véritable nationalité. C'est un des legs de la période soviétique. Des étrangers venus travailler dans le pays à l'invitation du gouvernement s'y sont installés sans jamais devenir des citoyens à part entière. Juris Kursietis suit l'un d'eux, Oleg, un honnête ouvrier tombé dans le piège de la mafia. 

Un réalisme très efficace

Oleg est un de ces films d'autant plus efficaces qu'il sont totalement dénués d'effets spéciaux. Caméra à l'épaule, Kursietis filme à hauteur d'homme, à hauteur du désespoir d'Oleg et de sa rage de s'en sortir. Les couleurs sont celles du quotidien sans perspective de ces étrangers privés de presque tous leurs droits. La vie est d'autant plus dure qu'Oleg ne maîtrise pas le français, ne connait que sa langue et quelques bribes d'anglais. Une situation qui amplifie encore l'impression claustrophobe de se trouver enfermé dans une situation sans espoir. Le format lui aussi, presque carré, limite l'horizon des personnages dont les visages occupent très souvent l'ensemble de l'image. "Pour accentuer la sensation d'enfermement", explique le réalisateur. Le son est en prise directe, quasiment brut. La musique n'intervient que pour accentuer la violence soudaine d'Andrzej. Elle en est d'autant plus efficace. 

Deuxième à partir de la gauche le réalisateur d\'\"Oleg\", Juris Kursietis
Deuxième à partir de la gauche le réalisateur d'"Oleg", Juris Kursietis (JEAN-FRANCOIS LIXON)

Tout ce réalisme emporte le spectateur avec lui. Un spectateur récompensé par une magnifique scène finale. Très symbolique. Le réalisateur, qui est aussi le scénariste de son film, a décidé de ne pas priver d'espoir son principal personnage. 

L\'affiche de \"Oleg\"
L'affiche de "Oleg" (DR)

"Oleg"

Drame letton, belge, lituanien et français de Juris Kursietis

avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogronik et Anna Prochniak

1h48, date de sortie en France encore inconnue