Cannes 2019 : l'intense et émouvant "Sick Sick Sick" d'Alice Furtado , quand la mort frappe les amours adolescentes

La Quinzaine des Réalisateurs a projeté jeudi 23 mai "Sick Sick Sick" (Sem Seu Sangue) le premier long métrage de la réalisatrice brésilienne Alice Furtado. Une adolescente tombe amoureuse d'un camarade de classe hémophile. Quand meurt le garçon, elle va tout faire pour tenter de le retrouver.

Luisa Kosovski et Juan Paiva dans \"Sick sick sick\"
Luisa Kosovski et Juan Paiva dans "Sick sick sick" (Unifrance)

Sick Sick Sick, le titre anglais du film d'Alice Furtado garde la même allitération que son titre brésilien, Sem Seu Sangue (Sans ton sang) mais il éclaire différemment le récit. L'histoire est celle de Silvia (Luiza Kosovski) une jeune fille sans histoire qui tombe amoureuse d'un jeune garçon, Artur (Juan Paiva), nouveau venu dans sa classe. Une idylle se noue entre les deux adolescents. Brève idylle puisque le jeune homme, hémophile, ne survit pas à un banal accident de skateboard.

A la suite de ce décès, Silvia va elle-même devenir malade, vomissant du sang en quantité. Ses parents pensent trouver la solution au désarroi vécu par leur fille en l'emmenant en voyage près de la mer. Là, son obsession va grandir. La lecture d'un livre sur les pratiques vaudoues va la pousser à commettre des gestes lourds de conséquences.

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La réalisatrice explique que la jeune fille a donc été trois fois malade (sick, en anglais). La première fois c'était la maladie d'amour, la seconde la somatisation de la perte de son amour et la troisième, une véritable maladie mentale.

Le titre brésilien marque davantage le destin que l'on pressent tragique de Silvia et la mention du sang de son amoureux ne peut qu'être un funeste présage.

Luiza Kosovski et Juan Paiva dans \"Sick sick sick\"
Luiza Kosovski et Juan Paiva dans "Sick sick sick" (Unifrance)

Au long des 104 minutes que dure le film, Silvia sombre peu à peu. Avec beaucoup de délicatesse, la réalisatrice la filme souvent en très gros plan, ne cachant rien de ses caresses qu'elle pratique en solitaire revivant les moments de tendresse partagés avec son amoureux défunt. Silvia va chercher par tous les moyens à vaincre cette solitude qui lui est imposée par le destin et va, hélas, y parvenir après avoir pratiqué des rites vaudous. 

Hormis le droit féminin au désir et au plaisir, on ne voit pas très bien les idées que défend "Sick, Sick, Sick". La fin du film le détourne vers un genre différent en quittant la simple narration d'un désespoir pour un monde plus étrange tout droit sorti des incantations vaudoues et des sacrifices animaux pratiqués par Silvia.

Alice Furtado sait nous faire partager le long chemin de croix de Silvia sans jamais sombrer dans un voyeurisme que le sujet aurait permis. La scène finale aurait pu signifier une délivrance pour Silvia, un nouvel espoir. Elle ouvre au contraire la porte à bien d'autres souffrances. Surtout si Silvia rejoint Artur dans la malédiction à laquelle elle l'a elle-même condamné par son appel aux forces vaudoues.

L\'équipe du Film : de gauche à droite, la réalisatrice Alice Furtado, les interprètes Luiza Kosovski, Juan Paiva et Digao Ribeiro
L'équipe du Film : de gauche à droite, la réalisatrice Alice Furtado, les interprètes Luiza Kosovski, Juan Paiva et Digao Ribeiro (Jean-François Lixon)

A noter que l'équipe du film venue rencontrer le public de la Quinzaine des Réalisateurs a déployé quelques petites banderoles réclamant dans plusieurs langues que soit défendue au Brésil l'Université publique dont sortent tous les membres de ce film et qui est menacée par le régime du nouveau président Bolsonaro.

Affiche du film \"Sick Sick Sick\"
Affiche du film "Sick Sick Sick" (Unifrance)

Sick Sick Sick (Sem Seu Sangue)                                                                         film brésilien français et néerlandais d'Alice Furtado                                             avec Luiza Kosovski, Juan Paiva, Digao Ribeiro                                               1h44                                                                                                                     date de sortie française inconnue