"Jusqu'à la garde" et "Shéhérazade" grands gagnants, Kad Merad en Freddie Mercury… Ce qu'il faut retenir des César 2019

"Jusqu'à la garde" est le grand vainqueur des César 2019 avec quatre prix.

Kad Merad, le 22 février 2019, à Paris, lors de la 44e cérémonie des César.
Kad Merad, le 22 février 2019, à Paris, lors de la 44e cérémonie des César. (BERTRAND GUAY / AFP)

Le Grand Bain et Jusqu'à la garde, nommés dix fois chacun, faisaient figures de favoris, mais la 44e cérémonie des César a réservé bien des surprises, vendredi 22 février. Voici ce qu'il faut retenir du palmarès de cette soirée de gala édition 2019.

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Quatre César pour "Jusqu'à la garde"

Jusqu'à la garde, premier long métrage de Xavier Legrand et film choc sur un sujet de société difficile, les violences conjugales, est le grand vainqueur des César 2019 avec quatre prix, dont le meilleur film et la meilleure actrice pour Léa Drucker. Le long métrage a également obtenu les César du meilleur montage et du meilleur scénario original.

Très émue, Léa Drucker a d'ailleurs appelé à réagir face aux violences faites aux femmes et a rendu hommage à celles qui sont dans la situation de Miriam, l'héroïne du film, ainsi qu'aux militantes féministes. Xavier Legrand a pour sa part estimé qu'il "serait temps de penser" aux victimes "un autre jour que le 25 novembre", journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Désillusion pour "Le Grand Bain"

Avec dix nominations, dont celles de meilleur film et meilleur réalisateur, Le Grand Bain, comédie sociale à succès de Gilles Lellouche dans l'esprit de The Full Monty, sur des quadras et quinquas déprimés qui se lancent dans la natation synchronisée, espérait confirmer son parcours sans faute jusqu'ici, du succès critique aux 4,2 millions de spectateurs en salles. L'académie des César en a décidé autrement. 

Le film doit se contenter du César du meilleur second rôle. Quatre de ses acteurs étaient cités : Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Virginie Efira et Leïla Bekhti. C'est le chanteur Philippe Katerine qui l'a décroché. Mais le César du meilleur acteur est allé à Alex Lutz pour son rôle dans Guy, qu'il a également réalisé et où il s'est vieilli de 30 ans pour incarner une ancienne gloire de la chanson.

Troisième César pour Jacques Audiard et Karin Viard

Après De battre mon cœur s'est arrêté en 2006 et Un prophète en 2010, Jacques Audiard remporte à nouveau le César du meilleur réalisateur avec Les Frères Sisters, déjà récompensé par le prix de la mise en scène à la Mostra de Venise. Nommé neuf fois aux César, ce western, premier film entièrement tourné en anglais par le cinéaste, avec un casting de stars, de Joaquin Phoenix à Jake Gyllenhaal, a reçu des prix techniques, ceux des meilleurs décors, du meilleur son et de la meilleure photo.

Karin Viard a reçu le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation de mère mal aimante dans Les Chatouilles, décrochant au passage le troisième César de sa carrière. A 53 ans, la comédienne enrichit une collection de prix qui compte déjà le César de la meilleure actrice en 2000 pour Haut les cœurs ! et celui du meilleur second rôle en 2003 pour Embrassez qui vous voudrez.

Razzia pour "Shéhérazade"

Shéhérazade, histoire d'amour à Marseille entre un caïd et une jeune prostituée, a reçu le César du meilleur premier film. Ses deux interprètes principaux, Kenza Fortas et Dylan Robert, ont été récompensés par ceux des meilleurs espoirs féminin et masculin. Shéhérazade avait été repéré à Cannes où il avait été sélectionné à la Semaine de la critique. Il avait ensuite remporté le prix Jean-Vigo et celui du meilleur film au festival du Film francophone d'Angoulême.

Pour son premier long métrage, tourné avec des interprètes non professionnels, Jean-Bernard Marlin a fait huit mois de castings sauvages dans des foyers de la cité phocéenne ou à la sortie des prisons. Ils ont abouti à la rencontre de Dylan Robert, qui tient le rôle principal, celui de Zachary. Rien ne prédestinait les deux acteurs aux plateaux de cinéma. Dylan Robert est un ex-petit caïd passé par la case prison. Quant à Kenza Fortas, elle vivotait à Marseille après avoir quitté l'école à 16 ans. 

Standing ovation pour Robert Redford

Un des moments forts de cette soirée a été la remise d'un César d'honneur à l'acteur américain Robert Redford, 82 ans, salué par une standing ovation.

Kad Merad en Freddie Mercury

Maître de cérémonie de ces 44es César, Kad Merad est entré sur scène en interprétant un florilège des tubes de Queen, revus et corrigés. Grimé en Freddie Mercury, le comédien était presque aussi convaincant que l'acteur américain Rami Malek dans Bohemian Rhapsody. 

Kad Merad était épaulé en coulisses par son alter ego Olivier Baroux pour l'écriture des sketchs et des interventions. La remise du César du public aux Tuche 3 (vu par près de 5,7 millions de spectateurs) lui a donné l'occasion de reformer le tandem Kad et Olivier. Pour remettre le prix à son vieux complice, Kad Merad a même convié sur scène son père.

Kristin Scott Thomas plaisante sur le Brexit

Kristin Scott Thomas, qui vit depuis de longues années en France, présidait la cérémonie cette année. L'actrice britannique, au français parfait, a rendu hommage au cinéma hexagonal. "Tous ici nous aimons ce cinéma-là, un cinéma plus indépendant et plus libre que partout ailleurs, des films courageux, ambitieux, inattendus (...) Vous pouvez être fiers de la diversité de vos productions", a-t-elle dit avant d'ouvrir cette 44e édition.

"Et n'oublions pas cette formidable ouverture pour ce qui n'est pas français. Vous m'avez permis, moi étrangère venant d'ailleurs, de devenir actrice et de vivre de ma passion", a-t-elle dit. "C'est l'occasion pour moi de vous dire merci, et j'ai bien l'intention de continuer à vos côtés, oui, même avec ce Brexit", a-t-elle plaisanté, provoquant des rires dans la salle Pleyel. "Il est vrai que je crains d'être retenue à la frontière avec ma panse de brebis farcie, mes stocks de jelly et mes disques d'Elton John, mais ce soir, je suis là."