Bernard Giraudeau, dix ans de lutte contre le cancer

Il a été l'un des seuls à parler ouvertement du cancer et de sa lutte contre la maladie. Le comédien s'était fait le porte-parole des malades, regrettant le manque de moyens dans les hôpitaux. Bernard Giraudeau a finalement succombé au cancer ce samedi matin à Paris.

(Radio France © France Info)

"Un long chemin vers soi". C'est ainsi que Bernard Giraudeau parlait de son cancer. Un cancer qui l'atteint d'abord au rein - le comédien révèle être malade en 2001 - avant de toucher les poumons. S'en suivent plusieurs opérations, et un long traitement. "J'ai deux chimios, une par perfusion et une autre par pilule, et elles
m'épuisent." racontait-il début mai à Libération.

Mais paradoxalement, le cancer semble lui avoir permis d'avoir un autre rapport au monde. Le comédien boulimique de travail estimait d'ailleurs que son mode de vie en "sur-régime", "en constante angoisse" n'était pas étranger à sa maladie. "Ce cancer, il s'en
est servi pour faire vraiment une ouverture aux autres, une ouverture vers la douceur, vers la tendresse", a expliqué ce samedi son ancienne compagne Anny Duperey sur RTL. "Il l'avait dit quelques fois, que cette maladie lui avait ouvert les yeux".

"On a une médecine qui est bafouée"

Bernard Giraudeau profitait aussi de sa notoriété pour parler des malades, de tous les malades du cancer. Parrain de la "Maison du cancer", qui soutient les personnes atteintes, il ne manquait pas une occasion d'alerter l'opinion publique sur le manque de moyens dans les hôpitaux. "On a une médecine qui est bafouée, attaquée par les
pouvoirs publics qui veulent faire des économies à tout prix" racontait-il il y a trois mois à Libération. "On
supprime des postes, il y a de moins en moins d'oncologues, et
pourtant il y a de plus en plus de malades, de plus en plus de
pathologies".

Ces derniers mois, Bernard Giraudeau savait qu'il avait épuisé toutes les ressources thérapeutiques face à sa maladie. "Je l'ai vu il y a quelques jours, il était une ombre, évidemment. Il était
d'une minceur impressionnante, mais il y avait son regard" raconte Michel Drucker. "Il m'a dit : 'Tu vois, je rentre au port, comme la Jeanne d'Arc'", le navire avec lequel il avait fait deux fois le tour du monde. "La boucle est bouclée".

Céline Asselot avec agences