Avènement des plateformes, pandémie... Le cinéma français vit une double épreuve dont il aura du mal à se relever

Déjà confrontée à la montée en puissance des Netflix et consort, l'industrie cinématographique tricolore a été frappée de plein fouet en 2020 par la pandémie de Covid-19. Réunis par visioconférence, des professionnels estiment que l'on traverse "un moment crucial de l'histoire du cinéma".

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France Télévisions Rédaction Culture
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La salle du cinéma Olympia, à Cannes, le 1er juillet 2020. (SYSPEO / SIPA)

Des salles fermées, Netflix qui triomphe en figure de proue d'autres plateformes numériques... Le cinéma tricolore traverse une tempête sans perspective immédiate d'accalmie. Certains s'interrogent sur la capacité du "modèle français" à se relever après la crise du coronavirus. La France figure aux premiers rangs des producteurs de films et son cinéma d'auteur rayonne grâce notamment à un système de financement complexe, impliquant les chaînes de télévision et une redistribution des recettes en salles en faveur de la création.

Une situation "inédite et dramatique"

Unique par son ampleur, ce système est bousculé par l'évolution du secteur. Cette année, entre les salles fermées, les tournages soumis aux aléas du virus, et le triomphe des plateformes comme Netflix, le sort s'acharne. "La situation est inédite et dramatique", s'est alarmé auprès de l'AFP Pierre Jolivet, le président de l'ARP (qui regroupe les auteurs, réalisateurs et producteurs), pour qui il faut "protéger les catalogues [de films] et les cinémas comme des actifs stratégiques en temps de guerre". Tous estiment vivre "un moment crucial de l'histoire du cinéma", a résumé le cinéaste Radu Mihaileanu lors de l'ouverture des rencontres cinématographiques de l'organisation, premier raout de la profession à se tenir - par visioconférence - depuis le reconfinement.

Dès la première vague, le gouvernement a placé sous perfusion financière le secteur, à coup de dizaines de millions d'euros. Puis il a mis sur pied un système de garantie des tournages pour qu'ils reprennent. Jeudi 5 novembre, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a renouvelé son soutien : "La décision de maintenir les tournages était essentielle, et il faudra particulièrement nous mobiliser pour que la réouverture des salles s'accompagne d'une offre de films diversifiée."

L'objectif de Bachelot : les plateformes bientôt mises à contribution

Surtout, la ministre espère très prochainement graver enfin dans le marbre les derniers détails d'un dossier très attendu : la transposition d'une directive européenne qui permettra de faire contribuer les géants de la vidéo en ligne au financement de la création, comme les chaînes de télévision. L'idée est que les Netflix et autres Amazon Prime investissent 20 à 25% de leur chiffre d'affaires national dans la création européenne et française. Une manne pour les défenseurs de "l'exception culturelle", dont les autres sources de financement sont plus incertaines que jamais.

Pour des acteurs français affaiblis, qui attiraient encore en 2019 un record de 213 millions de spectateurs en salle, l'heure n'est plus à bouder les plateformes. Qui n'ont d'ailleurs pas attendu pour montrer leur appétit pour le marché français. Elles n'hésitent plus à acheter directement des films déjà tournés, comme Bronx, film policier à haute teneur en testostérone signé Olivier Marchal, sorti fin octobre sur Netflix. Les privant d'une sortie en salle.

"Intégrer les nouveaux entrants" tout en "préservant" le marché et le réseau français

Il faut désormais "intégrer les nouveaux entrants américains" tout en "préservant l'un des plus grands réseaux de cinéma au monde", a souligné la réalisatrice Laure de Clermont Tonnerre. L'enjeu est européen et dépasse l'économie, car le cinéma en salle, surtout indépendant, permet de "décloisonner" et de sortir chacun de "sa bulle sociale", souligne la productrice Carole Scotta, dont la société Haut et Court a sorti en octobre Drunk, un film remarqué du Danois Thomas Vinterberg. Et "il y a urgence, sinon on va droit dans le mur", résume la productrice Sidonie Dumas. Directrice générale de Gaumont, elle est aux premières loges pour décrire la bérézina du secteur : produire puis sortir un film devient un "casse-tête chinois".

Motif d'espoir, avant le reconfinement, le public est peu à peu revenu, et certains films ont bien marché. Comme Adieu les Cons, une comédie d'Albert Dupontel, qui a dépassé les 700.000 entrées... Mais l'élan a été brisé par la refermeture des salles, une semaine à peine après la sortie. "On va le ressortir, mais on ne sait ni quand, ni comment", avoue Sidonie Dumas, désemparée.

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