"Les gens attendaient de pouvoir la décrédibiliser" : en Italie, les révélations sur Asia Argento déchaînent les critiques

Giulia Blasi, la créatrice de #quellavoltache, l'équivalent italien de #MeToo, réagit pour franceinfo à l'accusation d'agression sexuelle qui vise Asia Argento et à l'impact de cette affaire sur l'opinion de l'autre côté des Alpes. 

Asia Argento (gauche) et Rose McGowan (droite) lors d\'une manifestation à Rome, le 8 mars 2018. 
Asia Argento (gauche) et Rose McGowan (droite) lors d'une manifestation à Rome, le 8 mars 2018.  (LUIGI MISTRULLI / SIPA)

"Asia Weinstein" : depuis les révélations du New York Times, selon lesquelles Asia Argento a versé 380 000 dollars à l'acteur Jimmy Bennett qui l'accuse d'agression sexuelle, les médias italiens s'en donnent à cœur joie et chargent l'actrice. "Mais qui va compenser les hommes ruinés ?", se demande même Antonello Piroso dans La Verità.

L'Italie n'a jamais été tendre avec Asia Argento, son enfant terrible. La fille du plus célèbre réalisateur italien de films d'horreur, Dario Argento, est devenue une figure du mouvement #MeToo en accusant publiquement Harvey Weinstein de viol. Sa prise de parole avait contribué à la chute du producteur, mais lui avait aussi attiré de nombreuses critiques dans son pays natal"Céder aux avances du boss, c'est de la prostitution", était-il même inscrit en une du journal de droite Libero à la suite de son témoignage.

Quel impact cette nouvelle affaire a-t-elle de l'autre côté des Alpes ? Nous avons posé la question à Giulia Blasi, la fondatrice de #quellavoltache, l'équivalent italien de #MeToo, un mouvement qui n'a que de fragiles racines en Italie. 

Franceinfo : Comment a réagi l'opinion publique italienne au fait qu'Asia Argento est à son tour accusée d'agression sexuelle ?

Giulia Blasi : Cela faisait longtemps que les gens attendaient ça, de pouvoir la décrédibiliser et de pouvoir dire "Tu vois ? Je te l'avais bien dit". Ils se sont rués sur ces révélations, qui sont pourtant encore très troubles, pour dire que cela signait la mort du mouvement. Après, j'ai l'impression qu'il y a un changement très léger, à peine perceptible, dans les réactions des gens. D'habitude, ce genre de révélations laisse place à une explosion de machisme, mais cette fois-là il semble que les gens sont davantage enclins à prendre leur temps avant de tirer des conclusions hâtives.

Avant même cette affaire, Asia Argento était très critiquée dans votre pays...

Après ses accusations contre Harvey Weinstein, elle avait déjà été sauvagement attaquée dans les médias italiens. D'abord, c'est une femme qui a dénoncé des abus sexuels, et à ce titre, sa moralité et sa sexualité sont forcément scrutées à la loupe et remises en question. C'est comme ça que fonctionne le système.Giulia Blasi à franceinfo

Plutôt que d'accepter ses fautes, le système essaye de trouver une manière dont ses accusateurs pourraient être coupables. Et puis, Asia Argento n'a jamais essayé d'être appréciée, elle a toujours été elle-même, franche et impertinente, et cela rend les gens mal à l'aise.

Plus généralement, le mouvement #MeToo a-t-il eu plus de mal à s'implanter en Italie que dans d'autres pays ?

Je ne suis pas déçue par l'ampleur du mouvement ici, mais c'est aussi parce que j'avais très peu d'attentes. Quand j'ai lancé #quellavoltache, je m'attendais à ce qu'il n'y ait qu'une dizaine de tweets. Au moins, une discussion sociétale s'est ouverte. Avant cela, on n'avait jamais parlé d'abus sexuels et d'abus de pouvoir en Italie. Je ne m'attendais à rien de plus, et d'ailleurs, rien de plus ne s'est produit.

Je ne m'attends pas, de mon vivant, à voir de grands progrès en Italie.Giulia Blasi à franceinfo

Cela va être très dur d'obtenir justice en Italie, par exemple simplement parce que les femmes ont une fenêtre de seulement six mois pour dénoncer et porter plainte suite à un abus sexuel.

Et puis l'Italie est un pays très népotique, avec un fourmillement de petites industries où tout le monde connaît tout le monde, et où les hommes détiennent le pouvoir. Ce n'était pas réaliste d'espérer plus.Giulia Blasià franceinfo

On a commencé à en parler, mais cela va prendre des années. Mais je reste optimiste, je répète, encore et encore les mêmes choses, en espérant que cela finisse par imprégner.