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Procès d'Harvey Weinstein : la procureure appelle les jurés à croire les femmes et à condamner l'ancien magnat d'Hollywood

"Est-ce qu'en prenant l'avion, on doit s'attendre à ce qu'il soit détourné ? Nous percevons les victimes de crimes sexuels différemment [des victimes] d'autres crimes", a martelé Joan Illuzzi-Orbon lors de son réquisitoire final, vendredi.

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La procureure Joan Illuzzi-Orbon à la Cour suprême de New York (Etats-Unis), le 22 janvier 2020.  (LUCAS JACKSON / REUTERS)

Elles n'ont, à ses yeux, "aucune raison de mentir". Au dernier jour du procès d'Harvey Weinstein à New York, vendredi 14 février, l'accusation a appelé les jurés à croire les plaignantes et à déclarer le producteur déchu coupable. Le producteur de cinéma se considérait "comme un maître de l'univers, et les femmes qui ont témoigné (contre lui) n'étaient que des fourmis qu'il pouvait piétiner sans conséquences", a déclaré la procureure Joan Illuzzi-Orbon dans son réquisitoire final, après trois semaines d'audiences au tribunal de Manhattan.

Le producteur de 67 ans – qui risque la perpétuité en cas de condamnation par les jurés, qui délibéreront dès mardi – pensait avoir une "police d'assurance infaillible" car les femmes qui ont témoigné au procès "faisaient la queue pour entrer dans son univers", a-t-elle ajouté. La procureure a ensuite rejeté l'idée selon laquelle ces femmes mentiraient. 

Pourquoi se soumettre à tout ce stress ? Ont-elles semblé heureuses d'être au prétoire ? (...) Elles ont sacrifié leur dignité, leur intimité, leur quiétude dans l'espoir de faire entendre leur voix.

Joan Illuzzi-Orbon, procureure

lors du réquisitoire final au procès d'Harvey Weinstein

Joan Illuzzi-Orbon a aussi voulu dissiper les doutes distillés par l'avocate de la défense Donna Rotunno jeudi. Cette dernière avait insinué que ses accusatrices s'étaient elles-mêmes mises en situation d'être agressées, en continuant à fréquenter le producteur, alors qu'il les avait déjà selon elles violentées.

"Si vous croyez qu'elle dit la vérité, elle est victime d'un viol"

"Est-ce qu'en allant chez Harvey Weinstein, elle méritait ce qui lui est arrivé ? Etait-ce sa décision ?", a interrogé la procureure, en référence aux accusations de Mimi Haleyi. L'ancienne assistante de production, l'une des deux plaignantes dans ce procès, accuse Harvey Weinstein de l'avoir agressée, chez lui en 2006. "Est-ce qu'en prenant l'avion, on doit s'attendre à ce qu'il soit détourné ? (...) Nous percevons les victimes de crimes sexuels différemment [des victimes] d'autres crimes", a-t-elle comparé.

Au cours de sa plaidoirie entremêlant une vingtaine de dépositions, la procureure est revenue longuement sur le récit de l'actrice Annabella Sciorra, qui affirme avoir été violée par l'ancien magnat d'Hollywood à l'hiver 1993-94, chez elle à Manhattan. Annabella Sciorra a tout fait pour le maintenir à distance ensuite, alors que plusieurs autres femmes sont restées en bons termes avec lui.

La procureure a aussi repris le témoignage parfois confus de Jessica Mann, deuxième plaignante de ce procès, qui a reconnu avoir eu une relation avec Harvey Weinstein pendant plusieurs années après le viol dont elle l'accuse. La défense avait utilisé son récit comme la preuve qu'elle était en fait consentante, citant de nombreux courriels affectueux qu'elle a envoyés à Harvey Weinstein. Pour la procureure, Jessica Mann a prouvé tout du long qu'elle était de la plus haute "moralité", même si elle a parfois pris de "mauvaises décisions""La question n'est pas de savoir si elle a pris de mauvaises décisions. La question est de savoir si elle vous ment. Si elle dit la vérité, elle a bien été victime d'un viol", a ajouté la procureure.

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