Mort de Stan Lee : "Quand il a commencé dans les comics, il était persuadé qu'il ne ferait pas carrière là-dedans"

Le spécialiste des comics, Xavier Fournier, revient sur la mort de Stan Lee, qui avait révolutionné le genre avec les super-héros Marvel.

Stan Lee, lors d\'une cérémonie à Hollywood en 2017.
Stan Lee, lors d'une cérémonie à Hollywood en 2017. (VALERIE MACON / AFP)

Il avait créé de nombreux personnages de super-héros comme Spider-Man, Thor, Hulk, Captain America, les X-Men ou les Avengers. Légende de la bande-dessinée américaine, le scénariste et éditeur Stan Lee est mort, lundi 12 novembre, à l'âge de 95 ans. Sa fille, Joan Celia Lee, l'a annoncé au site TMZ. Dans les années 1960, ce New-Yorkais, fils d'immigrés roumains, avait révolutionné le "comic book" avec Marvel. Ses personnages, de Iron Man à Black Panther, sont devenus les figures de proues de l'industrie cinématographique américaine et ont fait rêver plusieurs générations de fans. Xavier Fournier, spécialiste des comics, auteur de Super héros : l’envers du costume (éditions Fantask, mai 2016), a rendu hommage sur franceinfo, lundi, à "un type qui a amené de la gouaille, et des personnages avec des problèmes réels".

franceinfo : Comment Stan Lee a-t-il percé dans le monde des comics ?

Xavier Fournier : Ce type a inventé, non seulement, un ton dans les comics, mais il a réinventé sa carrière. Après 20 ans dans les comics, il vivotait toujours dans son coin. Si on avait demandé au début des années 60 qui était Stan Lee, pas grand monde aurait répondu. C'est vraiment un type qui a amené de la gouaille, et des personnages avec des problèmes réels. Là où Superman et Batman avaient un petit côté 'jeunes premiers'. Les personnages écrits et dialogués par Stan Lee avaient ce rapport à la réalité. Spiderman, par exemple, se demande comment il va payer son loyer à la fin du mois. C'était quelque chose qui n'existait pas vraiment chez les super-héros avant. On avait plutôt le type supérieur qui s'envolait dans le soleil couchant après avoir sauvé la belle, récompensé pour son héroïsme.

À quel moment a-t-il réinventé son style ?

Ce que racontait Stan Lee dans des textes autobiographiques, c'est qu'en fait il n'y croyait plus du tout. Quand on lui a proposé de créer un groupe de super-héros qui est devenu les 4 Fantastiques, il n'y croyait pas, et son épouse lui a dit : "Tu n'as plus rien à perdre, pour une fois écris comme tu le veux". Et donc il s'est mis à écrire avec beaucoup de tournures argotiques. Les 4 Fantastiques ne parlaient pas dans un langage châtié, mais comme on parlait dans les rues de New York à l'époque.

Au départ, il n'y croyait pas ?

J'ai même une meilleure anecdote, c'est que s'il s'appelle Stan Lee, c'est parce que quand il a commencé dans les comics, il était persuadé qu'il ne ferait pas carrière là-dedans, que ce n'était pas noble. Son vrai nom, c'était Stanley Lieber. Et il a préféré signer Stan Lee pour ne pas abîmer son nom. Il venait d'un milieu très modeste. Il n'était pas avantagé par la vie. Dans ses comics, il aimait bien le petit gars, l'outsider, le numéro 2, le type qui n'est pas premier de la classe, qui ne part pas avec la jolie fille.