Le rapport Racine, très attendu par les auteurs de BD, propose 23 recommandations pour améliorer la situation des "artistes-auteurs"

Selon le rapport, les artistes-auteurs "pâtissent du déséquilibre des relations" avec les autres acteurs de la chaîne du livre.

Séance de dédicaces par un auteur de bande dessinée au salon Livre Paris porte de Versaillesà Paris  (mars 2019)
Séance de dédicaces par un auteur de bande dessinée au salon Livre Paris porte de Versaillesà Paris  (mars 2019) (LAURE BOYER / HANS LUCAS)

Il faut "renforcer les politiques publiques de soutien aux artistes-auteurs" suggère le rapport de Bruno Racine, très attendu par les auteurs notamment les dessinateurs et les scénaristes de BD, qui a été remis mercredi soir au ministre de la Culture. 

Dans ce rapport de 141 pages, mis en ligne sur le site internet du ministère de la Culture, l'ancien président du Centre Pompidou et de la Bibliothèque nationale de France, dresse une série de 23 recommandations en vue d'améliorer la situation des artistes-auteurs à quelques jours de l'ouverture du festival de BD d'Angoulême.

"Plan d'action" après Angoulême

En l'état, ce rapport est "une contribution" a souligné le ministère de la Culture. Franck Riester s'exprimera la première quinzaine de février, soit après Angoulême, pour présenter "les mesures qu'il retient, le plan d'action et le calendrier".

"La dégradation de la situation économique et sociale des artistes-auteurs se traduit par une érosion de leurs revenus, en dépit de l'augmentation générale de la valeur créée. Peu rémunérateurs en moyenne, les métiers de la création sont affectés d'un fort biais social, tandis que parmi les artistes-auteurs, les jeunes et les femmes sont particulièrement exposés aux difficultés socio-économiques", reconnaît d'emblée Bruno Racine.

Plus de la moitié des auteurs de BD vivent en dessous du Smic

Concernant la BD, un des secteurs en pointe de l'édition, la situation des auteurs est loin de refléter le dynamisme de la filière. Selon la Ligue des auteurs professionnels, 53% des auteurs de BD vivent avec moins que le Smic. Les femmes sont encore plus mal loties : 50% des autrices vivent sous le seuil de pauvreté. L'accès des auteurs aux droits sociaux n'est pas toujours garanti. Ainsi, 88% des auteurs de BD n'ont jamais bénéficié d'un congé maladie.

Le rapport de Bruno Racine l'admet en soulignant que "les artistes-auteurs, dont le temps de travail n'est pas rémunéré en tant que tel, pâtissent du déséquilibre des relations avec les acteurs de l'aval (éditeurs, producteurs, diffuseurs, etc)".

Création d'un "Conseil national des artistes-auteurs"

Pour y remédier, il plaide pour "une politique des auteurs". L'État doit "s'affirmer dans son triple rôle de régulateur et garant des équilibres, de promoteur de l'excellence, de la diversité et de la prise de risque, tout en se montrant lui-même un acteur exemplaire", souligne le rapport.

Bruno Racine se montre favorable "à la rémunération de certaines catégories d'auteurs dans les salons et festivals". Cette revendication est notamment portée par les auteurs de BD et les auteurs jeunesse.

L'ancien président de la BnF souhaite également "renforcer les artistes-auteurs collectivement, par l'organisation rapide d'élections professionnelles" en vue de la création d'un "Conseil national des artistes-auteurs" chargé de mener les négociations collectives notamment avec les éditeurs.

'Un travail rigoureux"

Depuis plusieurs semaines, les auteurs s'expriment sur leur précarité et attendaient avec impatience la publication du rapport Racine.  Les premières réactions du côté des auteurs sont plutôt positives sur le constat. "Un travail rigoureux, innovant, inédit", souligne Samantha Bailly, vice-présidente de la ligue des auteurs professionnels. "Cela pourrait changer nos vies", souligne-t-elle. "Enfin, on part bien de la PRATIQUE des créateurs et créatrices pour identifier leur corps professionnel, sans raisonner via le diffuseur d'œuvre", ajoute l'autrice, qui a minutieusement décortiqué le rapport Racine sur son compte twitter

La dessinatrice Marion Montaigne s'était également expliquée sur France Inter dans "une déclaration solennelle et agacée", adressée au ministre de la Culture. "Cette année, on veut aller au festival en lisant le rapport Racine dans le train. On veut que le ministre le retrouve et le libère. On ne veut pas qu'on finisse par croire que cette année de la BD n'était qu'un soutien industriel, plutôt qu'une véritable réflexion sur les conditions de la création et la situation des auteurs", soulignait-elle. 

Plusieurs organisations professionnelles d’auteurs (SNAC BD, les États généraux de la BD, l’ADABD, la Ligue des auteurs professionnels et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse) ont lancé récemment un appel à "un débrayage" le vendredi 31 janvier à 16h30 à Angoulême.

Les auteurs et autrices sont invités à quitter les dédicaces pour une action de sensibilisation lors du plus gros événement BD de l'année.