BD : Emmanuel Guibert, Grand Prix 2020 à Angoulême, présente son exposition "En bonne compagnie"

En attendant que les conditions sanitaires permettent l'ouverture de l'exposition "Emmanuel Guibert, en bonne compagnie"qui lui est consacrée à Angoulême, l'auteur de BD, Grand Prix 2020, explique pourquoi il a choisi de laisser une grande place aux œuvres de ses amis artistes.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
L'auteur de bande dessinée Emmanuel Guibert au musée d'Angoulême pour présenter son expoisition "Emmanuel Guibert, en bonne compagnie", jusqu'au 27 juin 2021 (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

Le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, scindé en deux cette année pour cause de crise sanitaire, a remis dans un premier temps le 29 janvier ses Fauves et présenté l'exposition  Emmanuel Guibert, en bonne compagnie, "trait d'union entre les deux volets d'une 48e édition un peu particulière". Grand Prix 2020, ce pionnier de la "nouvelle bande dessinée", auteur d'albums cultes comme Le Photographe (2008 pour l'intégrale) ou La Guerre d’Alan (L'association, 2002-2008), dévoile dans cette exposition une partie de son travail jusqu'ici jamais montré au public, et convie ses amis artistes en leur consacrant à chacun un espace en forme d'hommage.

>> Emmanuel Guibert, Grand Prix d'Angoulême 2020

L'exposition devait ouvrir ses portes le 30 janvier, elle ouvrira quand les conditions sanitaires le permettront et durera jusqu'au 27 juin 2021, date de clôture du deuxième volet du festival. 

Une enfance dans les livres

Emmanuel Guibert se prête de bon cœur à l'exercice de la visite guidée. Masque sur le nez, il commence devant l'image dessinée pour illustrer le catalogue de l'exposition : un enfant menton sur le genou, plongé dans la lecture d'une bande dessinée. Une image de lui-même petit garçon, dans les années 70. "J'ai encore en mémoire ce goût de jambon ferrugineux qu'avait mon genoux, je suis sans doute en train de lire un Tintin, très certainement Le Crabe aux pinces d'or", commence-t-il.

Affiche de l'exposition Emmanuel Guibert, "En bonne compagnie", Angoulême, 2021 (FIBD / Emmanuel Guibert)

Une autre image invite le visiteur à entrer dans son univers. C'est encore un enfant plongé dans la lecture. "C'est l'été, je suis chez ma grand-mère Jeanine, dans la lumière rasante filtrée par le feuillage du tilleul au-dessus de moi, je lis dans le parfum de la tarte aux abricots préparée par ma grand-mère, j'ai sans doute pioché le Spirou que j'ai entre les mains dans une bibliothèque nichée dans le chais de la maison, une cave sèche, dans laquelle on pouvait trouver les livres de Benjamin Rabier, et toutes sortes d'albums. Et je peux vous dire que dans ces moment-là, le roi n'est pas mon cousin, je suis bien", se souvient cet amoureux des livres. 

Dessin présenté dans l'exposition "Emmanuel Guibert - En bonne compagnie"  (Emmanuel Guibert)

"Herborisons"

Il nous invite ensuite à entrer dans la première partie de l'exposition baptisée "Herborisons". "Cette année, j'ai vraiment eu la chance d'enchaîner les expositions, la chance de pouvoir montrer beaucoup de choses." Pour cette exposition à Angoulême, il a donc choisi de dévoiler une partie de son travail qui n'a jamais été exposé jusqu'ici : carnets de dessin, peintures, lithographies, estampes, "des choses jamais mises ensemble, jamais accrochées au mur. J'ai donc pris ma lampe de spéléo pour exhumer tout ça", raconte-t-il.

Reportage France 3 Poitiers

Poitiers: La BD d'Emmanuel Guibert
France 3 Nouvelle Aquitaine

"J'ai fait le tri et n'ai gardé que ce qui est en rapport avec la nature. J'aime sortir à l'extérieur et dessiner avec le matériel que j'ai sous la main, avec ce que je trouve sur place", confie-t-il, comme ces œuvres exposées à Angoulême qui mixent argile crue, encres ou peinture à l'huile. "J'ai fait une sélection parmi des centaines et des centaines de pièces, en me concentrant sur le motif de plein air", précise le dessinateur.

Lithographie, Emmanuel Guibert (Emmanuel Guibert)

"Je trouve que l'extérieur est un lieu extraordinaire d'expérimentation, un lieu sans confort, dans lequel il faut parfois lutter contre des éléments que l'on ne contrôle pas, comme le vent, la pluie, le froid. C'est par essence l'antithèse du travail d'atelier, et cela pousse à y faire tout autre chose", souligne-t-il.  "Dans ma partie de l'exposition, je voulais montrer la nature, les décors, une terre sans hommes où les personnages sont les végétaux."

Il salue au passage les artisans "d'une exigence exceptionnelle" qui ont monté l'exposition. "Ils ont non seulement répondu oui à mes demandes même les plus extravagantes, avec un engagement exceptionnel, un surenchérissement même", estime-t-il. Il cite entre autres Christian Pacaud, qui a travaillé sur les encadrements des œuvres exposées, ou encore Bruno Pugeat, qui a mis au point l'espace rétroéclairé consacré aux œuvres "Sous-bois".

Le goût des autres

On commence à comprendre qu'Emmanuel finit toujours par parler des autres plutôt que de lui-même, et le reste de l'exposition baptisée "Fraternisons" en témoigne, puisqu'elle met en lumière son intérêt pour l'autre, et l'importance des rencontres dans sa vie d'homme et d'artiste. Emmanuel Guibert a décidé de placer cette exposition sous le signe de l'amitié en invitant ses amis artistes, vivants ou disparus. Des autels dédiés à ses amis, "comme des suites d'alvéoles qui témoignent de leur présence", dit-il, et dans lesquelles il a dessiné un portrait de chacun et rédigé quelques lignes, pour les présenter avec des morceaux choisis de leurs œuvres.

Dessins de Michael James Plautz exposés à Angoulême dans l'exposition "Emmanuel Guibert - En bonne compagnie", 29 janvier 2021 (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

On commence par Michael James Plautz, architecte américain d'origine slovène, également sujet de son premier roman, Mike, publié en janvier dans la collection Sygne, chez Gallimard. "Un ami très cher, qui a beaucoup pratiqué le dessin d'observation", précise Emmanuel Guibert. L'exposition propose une sélection de dessins réalisés à Paris en 1968 et d'autres dessins réalisés au fil de ses voyages.

Il continue la visite avec son amie Cécile Reims, rencontrée en 2015 et disparue en 2020. Emmanuel Guibert a choisi de présenter La Chenille (d’après Pierre Lyonnet), extrait d’une suite de huit estampes gravées à la pointe sèche et au burin sur cuivre (1977). "C'est un cycle de 8 gravures qui représentent la métamorphose d'une chenille, et qui non seulement démontre l'impressionnante qualité du travail, du détail obtenu avec la technique du burin et de la pointe sèche mais marque aussi un moment important dans sa vie, puisque cette métamorphose de la chenille symbolise une sorte de renaissance pour cette artiste qui a d'abord accompli un énorme travail de graveur d'interprétation pour des grands artistes comme Léonor Fini, Hans Bellmer ou encore son mari, Fred Deux, avant de se consacrer à sa propre expression", souligne Emmanuel Guibert.

"La Chenille", Cécile Reims, d’après Pierre Lyonnet, oeuvre exposée à Angoulême dans l'exposition "Emmanuel Guibert - En bonne compagnie", 29 janvier 2021  (Laurence Houot / FRANCEINFO CULTURE)

On trouve aussi dans son petit musée des amitiés artistiques les œuvres de Laland Lee, dessinateur et peintre atteint d'autisme profond depuis l'enfance, pour qui le dessin a constitué une "planche de salut""une manière de s'extraire de son autisme". Emmanuel Guibert en profite pour parler de l'association Sur un lit de couleurs dont il est parrain, qui organise des ateliers de peinture dans les hôpitaux.

"Ariol" dans les collections du musée

"Je n'ai pas choisi pour l'exposition les artistes en fonction de leur notoriété", poursuit Emmanuel Guibert devant le portrait de Micheline Bousquet, sa voisine en Normandie. "Michèle est une des personnes avec qui je préfère échanger sur la peinture. Née aux États-Unis dans le Maine, de parents québécois, Micheline Bousquet a peint toute sa vie, cherché toute sa vie et elle a trouvé le courage pour affronter les difficultés en maniant son pinceau", raconte Emmanuel Guibert. "Cette pratique incessante de la peinture m'impressionne et donne de la chair à ce que l'on peut dire sur ce qu'est une vie de peintre", ajoute le dessinateur.

Dessin et texste d'Emmanuel Guibert pour présenter son amie peintre Micheline Bousquet, exposition "Emmanuel Guibert - En bonne compagnie", 29 janvier 2021  (FRANCEINFO CULTURE)

Intarissable quand il s'agit de parler de ses amis artistes, Emmanuel Guibert continue la visite avec les œuvres de l'artiste chinois Ye Xin, Petits et grands, une série de peintures "qui illustrent l'éternel rapport père-fils". Un peu plus loin, les sculptures de Jean-Louis Faure, que le dessinateur qualifie de "petits précipités d'histoire", ou encore les photographies d'Alain Keler et les dessins extraits de son blog de Fiamma Luzzati, qui a rendu compte du travail des soignants pendant la première vague de Covid-19.

On termine  la visite dans un couloir dévoilant la relation particulière qu'Emmanuel Guibert entretient depuis toujours avec la musique, en réalisant notamment les illustrations des pochettes de disques du label musical Vision Fugitive.

On peut également retrouver son petit personnage Ariol, crée avec Marc Boutavant, à travers un jeu de piste dans les collections permanentes du musée (archéologie et Arts extra-européens). Une exposition passionnante qui permet de découvrir les multiples facettes de cet auteur riche de toutes ces rencontres, dont le talent méritait bien un Grand Prix.

Exposition Emmanuel Guibert, en bonne compagnie 
Musée d'Angoulême, jusqu'au 27 juin 2021, ouverture reportée

Catalogue Emmanuel Guibert, en bonne compagnie, Conversations avec Jacques Samson, Emmanuel Guibert
(Les Impressions Nouvelles - 160 pages – 35 euros)

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.