"The Power of My Hands" : l'art africain au féminin au musée d'Art moderne de Paris

Seize artistes africaines sont à découvrir au musée d'Art moderne de Paris. Leurs œuvres parlent du corps, de sexualité, de la transmission, des difficultés des femmes en Afrique et de leur mère. L'exposition se poursuit jusqu'au 22 août 2021.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 3 min.
Lerato Shadi, "Sugar and Salt", 2014, Vidéo, 6 min, Collection de l’artiste, Berlin, Allemagne (© Lerato Shadi)

Si l'art contemporain d'Afrique est souvent invisible en Occident, l'absence des femmes artistes du continent dans les musées, les galeries, les livres d'art est encore plus flagrante. Le musée d'Art moderne de Paris propose des oeuvres de 16 artistes africaines dans une exposition, The Power of My Hands (Le Pouvoir de mes mains en français), qui réserve de belles découvertes.

Il s'agit d'artistes vivant en Afrique ou issues de la diaspora, venant de pays anglophones ou lusophones. Partant fréquemment de leur histoire personnelle et de faits de la vie quotidienne, leurs créations sont souvent politiques.

Elles utilisent tous les mediums, photo, vidéo, peinture, sculpture et travaillent aussi le textile, brodant, assemblant des pièces de tissu. Leurs œuvres parlent du corps, de la sexualité, de la dureté des conditions des femmes en Afrique et des conditions sociales difficiles en général, de la violence. Elles évoquent souvent leur mère, la mémoire et la transmission. Nous avons sélectionné quelques-unes de leurs œuvres.

Lebohang Kganye

Lebohang Kganye, "Setupung sa kwana hae II", 2013 (© Lebohang Kganye, courtesy AFRONOVA Gallery, Johannesbourg, Afrique du Sud)

Cette photographe sud-africaine, née en 1990, travaille à Johannesburg. Après la mort de sa mère, elle a récupéré une série de photographies de celle-ci qu'elle a retravaillées numériquement, se plaçant à côté d'elle dans les mêmes vêtements, comme un double. Le résultat est génial. Elle présente aussi un film à partir de vieilles images de famille en noir et blanc où elle se met en scène dans le rôle de son grand-père au temps de l'apartheid.

Wura-Natasha Ogunji

Wura-Natasha Ogunji, "Will I still carry water when I am a dead woman ?", 2013, Vidéo (© Wura-Natasha Ogunji / Photo Ema Edosio)

Née en 1970 à Saint-Louis, aux États-Unis, cette artiste travaille à Lagos, au Nigéria. Elle présente une vidéo, Will I still carry water when I am a dead woman (Porterai-je encore de l'eau quand je serai morte), où elle met en scène six femmes, toutes vêtues de la même combinaison de wax rose, le visage masqué, qui traînent comme des robots de lourds jerricanes à travers la ville. À côté d'elles, des hommes munis de bâtons détournent la circulation pour leur permettre de passer. Avec cette œuvre, elle dénonce la pénibilité du travail effectué par les femmes en particulier mais aussi par les pauvres en général en Afrique. Elle fait aussi allusion à des cérémonies traditionnelles.

Ana Silva

Ana Silva, "O Fardo", 2020, AFRICANA, Art Foundation, Genève, Suisse (© Ana Silva / Photo Louise Stefanii)

Dans sa série O Fardo, cette artiste angolaise née en 1969 utilise les tissus plastiques des sacs qui servent à transporter les vêtements que l'Occident met au rebut et déverse par tonnes en Afrique, tuant l'activité textile sur le continent. Elle brode dessus des figures de filles et de femmes vêtues de robes colorées, créant du beau sur une matière médiocre et dénonçant la surconsommation qui détruit la production locale.

Senzeni Marasela

Senzeni Marasela, "Waiting for Gebane", 2013-2019, Installation, 5 robes de coton, dimensions variables, AFRONOVA Gallery, Johannesbourg, Afrique du Sud (© Senzeni Marasela and AFRONOVA GALLERY / Photo Nico Krijno, courtesy The Johannesbourg Pavillion)

Cette artiste née en 1977, qui vit à Soweto, utilise aussi le vêtement et le textile pour rendre hommage à sa mère, Theodorah, venue de la campagne à Johannesburg. Elle a récupéré les robes rouges traditionnelles qu'elle avait portées et qu'elle allait brûler. Senzeni Marasela utilise aussi la vidéo pour témoigner de l'histoire de sa mère et, plus généralement, de la dureté de la vie au temps de l'apartheid.

Portia Zvavahera

Portia Zvavahera, "Kubuda Mudumbu Rinerima (Rebirth from the Dark Womb)", 2019, Collection particulière, Zurich, Suisse (© Portia Zvavahera, courtesy Stevenson, Cape Town and Johannesbourg / Photo Mario Todeschini)

Cette peintre est née en 1985 à Harare, Zimbabwe, où elle vit et travaille. Son œuvre est marquée par la spiritualité. Elle y représente ses rêves. Les toiles qu'elle présente dans l'exposition ont été inspirées par un cauchemar où elle avait vu sa fille morte. Dans Kubuda Mudumbu Rinerima (Rebirth from the Dark Womb), une enfant, la tête en bas dans l'utérus de sa mère, est entourée de lignes qui, nous dit-on, font référence au récit de l'Evangile selon saint Marc dans lequel le Christ ressuscite un enfant d'entre les morts.

Stacey Gillian Abe

Stacey Gillian Abe, "Enya Sa", 2017, Afriart Gallery, Kampala, Ouganda (© Stacey Gillian Abe / Photo Giulio Molfese)

Stacey Gillian Abe est née en 1990 à Kampala, Ouganda, où elle vit toujours. Alors que dans la culture lugbara de son pays, il est interdit de représenter les parties intimes, elle crée des sexes féminins en argile. Pour interroger la place des femmes dans la société et évoquer le tabou de la sexualité, elle les dispose dans un plat. On les retrouve également dans des photographies.

Gabrielle Goliath

Gabrielle Goliath, "Roulette", 2012, Installation sonore, paillasson customisé, Johannesbourg Art Gallery, Johannesbourg, Afrique du Sud (© Courtesy the artist and Goodman Gallery)

Née en 1983, Gabrielle Goliath vit à Johannesburg. Traumatisée par la mort d'une amie abattue son conjoint et révoltée par le nombre de femmes victimes de violences domestiques, elle a créé une installation où elle invite le visiteur à se tenir sur un paillasson et à écouter le silence. Toutes les trois heures, celui-ci est traversé par la détonation d'une arme à feu.

The Power of my hands
Musée d'art moderne de Paris
11 avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Du mardi au dimanche 10h-18h (pas de nocturne le jeudi au mois d'août)
Tarifs : 7 € / 5 €
Jusqu'au 22 août 2021

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