Le "Banksy du Yémen", Murad Subay, dévoile une fresque à Paris pour dénoncer les ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite

Le street-artiste yéménite Murad Subay a peint une fresque murale en plein Paris, dans le Marais, pour dénoncer les ventes d'armes à l'Arabie Saoudite. Ce pays est impliqué militairement au Yemen où la situation humanitaire est catastrophique.

Le street-artiste yéménite Murad Subay devant une fresque qu\'il a peinte à Paris, en plein Marais, pour dénoncer les ventes d\'armes (11 novembre 2019)
Le street-artiste yéménite Murad Subay devant une fresque qu'il a peinte à Paris, en plein Marais, pour dénoncer les ventes d'armes (11 novembre 2019) (THIBAULT CAMUS/AP/SIPA / SIPA)

Trois corps maigres et désarticulés flottant sur un fond rouge, au coeur de Paris. Un jeune street-artiste yéménite, Murad Subay, surnommé le Banksy du Yémen, a dévoilé mardi 19 novembre une de ses fresques pour interpeller les passants sur "l'hypocrisie internationale" et pour dénoncer les ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite engagée dans la guerre au Yémen.

"Sur le corps des Yéménites passent la guerre, l'hypocrisie internationale et les armes", peut-on lire au sommet de la fresque, intitulée Dernière danse avec les morts, qui sera visible pendant une semaine, en plein Marais, au carrefour des rues Vieille-du-Temple et des Quatre-Fils, dans le IIIe arrondissement de la capitale.

"Ça s'inspire d'histoires réelles de personnes qui sont mortes dans le conflit", explique Murad Subay, qui est venu se réfugier en France il y a 18 mois et bénéficie du fonds de protection des artistes (APF). "J'essaie de montrer comment la guerre affecte les gens", ajoute l'artiste de 32 ans. "C'est très important d'être ici pour montrer aux gens que la France peut jouer un meilleur rôle au Yémen plutôt que de seulement vendre des armes", a déclaré le jeune homme, engagé dans le projet aux côtés de sept ONG en pointe sur le dossier yéménite.

La fresque de l\'artiste yéménite Murad Subay dans le Marais, à Paris (19 novembre 2019)
La fresque de l'artiste yéménite Murad Subay dans le Marais, à Paris (19 novembre 2019) (THIBAULT CAMUS/AP/SIPA / SIPA)

Au pied de la fresque, une pétition contre les ventes d'armes

"On voudrait alerter l'opinion publique, on espère que beaucoup de personnes pourront voir le message et peut-être s'interroger sur la situation au Yémen et se rendre compte du rôle de la France dans ce conflit", a estimé Aurélie Leroyer, de Médecins du Monde.

Un panneau blanc était également installé pour permettre aux passants de signer une pétition contre la vente d'armes françaises, qui a déjà recueilli 250 000 signatures.

Les ONG appellent très régulièrement la France à suspendre les ventes d'armement français à Riyad et Abu Dhabi, engagés au Yémen dans une guerre contre les rebelles houthis qui a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2015, en majorité des civils. Le pays fait face à la plus grave crise humanitaire au monde, notamment à une famine qui frappe des millions de personnes notamment les enfants.

Plusieurs pays ont suspendu ou limité leurs ventes d'armes à Riyad

Paris se défend en assurant que les ventes sont soumises à des contrôles stricts et que les matériels français ne sont pas engagés dans des opérations offensives. En 2018, les exportations d'armement français ont bondi de 30% à 9,1 milliards d'euros, avec pour principaux clients le Qatar, la Belgique et l'Arabie saoudite. La France est le troisième exportateur mondial d'équipements militaires.

Depuis 2016, 12 pays européens, dont l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et le Royaume-Uni ont annoncé des mesures pour suspendre ou limiter leurs exportations d'armement vers Riyad et Abou Dhabi.