A Marseille, le street-artist Mahn Kloix rend hommage à la résistance ouïghoure avec un portrait géant

A Marseille, Mahn Kloix a réalisé une peinture de Tursunay Ziawudun, une Ouïghoure qui a témoigné sur son calvaire dans les "camps" chinois. Le street-artist signe la première étape du MauMa, le Musée d'art urbain de Marseille dont l'objectif d'ici trois ans est de couvrir d'une centaine d'oeuvres les murs des quartiers en arrière du port

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le street-artist marseillais Mahn Kloix rend hommage à la résistance ouïghoure (NICOLAS TUCAT / AFP)

Sur les 200 m2 du mur de l'opérateur télécoms Orange à Marseille, un regard domine désormais la ville, signé par le street-artist marseillais Mahn Kloix : celui de Tursunay Ziawudun, une Ouïghoure qui a témoigné sur son calvaire dans les "camps" chinois.

Suspendu à ses cordes, l'artiste a mis la dernière touche à son portrait le 7 octobre, sur l'immense façade de ce bâtiment, rue Félix-Pyat, au coeur d'un des quartiers les plus pauvres de la deuxième ville de France. Et il a signé son travail le 8 octobre d'un simple pochoir, "Tursunay Ziawudun, by Mahn Kloix".

Aucun message au-delà de ce nom et de ce visage, que l'artiste a réalisé à la peinture à partir d'une image tirée d'un documentaire de la BBC où cette femme de 43 ans raconte les viols qu'elle a subis dans un des "camps" mis en place par le régime chinois dans la région occidentale du Xinjiang, en 2017 d'abord, puis en 2018.

Le street-artist marseillais Mahn Kloix rend hommage à la résistance ouïghoure (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Parler des choses négatives sans tomber dans le négatif, de toujours donner une image d'espoir"

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont accusé Pékin d'avoir interné au Xinjiang au moins un million de Ouïghours dans des "camps de rééducation", soumettant certains au travail forcé. Amnesty International a dénoncé des "crimes contre l'Humanité".

Pékin dément ce chiffre et parle de "centres de formation professionnelle" pour soutenir l'emploi et combattre l'extrémisme musulman dans cette province qui avait été touchée par des attentats attribués à des Ouïghours.

Sous un voile en dentelle presque transparent, le regard est doux. La main posée sur la joue, Tursunay Ziawudun semble "regarder vers l'avenir" : "Un de mes défis", explique Mahn Kloix à l'AFP, "c'est de parler des choses négatives sans tomber dans le négatif, de toujours donner une image d'espoir". Le parcours de cette femme a été "violent", explique l'artiste de 40 ans, qui a passé deux ans à Pékin, à l'époque où il était encore graphiste et surtout voyageur au long cours. C'est par ce documentaire de la BBC qu'il a découvert le calvaire de Tursunay Ziawudun. "Ca m'a pris aux tripes".

"C'est peut-être la cicatrice la plus difficile à oublier", explique cette survivante Ouïghoure, dans son témoignage, en revenant sur ses trois viols collectifs : "Je ne veux même plus que ces mots sortent de ma bouche, (...) en fait leur but est de tous nous détruire", assène-t-elle, au sujet de la politique du régime chinois à l'égard de la communauté musulmane du Xinjiang.

Le street-artist marseillais Mahn Kloix rend hommage à la résistance ouïghoure, octobre 2021 (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Ma thématique, aujourd'hui, ce sont les minorités opprimées"

Avec cette oeuvre, Mahn Kloix signe la première étape du MauMa, le Musée d'art urbain de Marseille, initié par l'association Méta2. Objectif d'ici trois ans : couvrir d'une centaine d'oeuvres les murs des quartiers en arrière du port.

A Marseille, l'art urbain est déjà à l'honneur au Panier, près du Vieux-Port, ou vers la Plaine, quartier bobo-alternatif au coeur de la ville. Mais l'ambition du MauMa est de développer ces anciens territoires industriels et portuaires "complètement enclavés", expliquait Aurélie Masset, de Méta2 au quotidien La Provence.

Turquie, Chine, Kazakhstan, Laos, Mongolie, Iran, Etats-Unis : Mahn Kloix a bourlingué pendant des années. A l'époque, il est encore graphiste et arbore des dreadlocks. Il croise les parcours de diverses populations persécutées mais aussi le combat des Femen ou des "indignados", à Madrid ou Athènes.

"Ma thématique, aujourd'hui, ce sont les minorités opprimées", explique-t-il. Sur un mur de Marseille, il peint Nüdem Durak, chanteuse kurde emprisonnée en Turquie. Sur une porte de garage, toujours à Marseille, c'est Ioulia Tsetkova, militante russe poursuivie pour avoir défendu les droits des femmes et des LGBT. A Eauze (Gers), Greta Thunberg, la jeune militante écologiste suédoise. A Paris, sur le MUR (Modulable, Urbain, Réactif) d'Oberkampf, un baiser fait scandale, celui de Shaza et Jimena, deux femmes qui ont dû fuir Dubaï où l'homosexualité est passible de la peine de mort.

Avec Tursunay Ziawudun, c'est une autre résistance qu'il met en exergue. "Peindre ce portrait sur les murs de l'opérateur téléphonique historique en France, dans le pays de la devise Liberté, Egalité, Fraternité, le pays qui s'affirme garant des droits de l'Homme mais qui continue à commercer avec la Chine, ça prend tout son sens !", plaide-t-il avec ironie.

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