Une photographe explore les asiles abandonnés pour restaurer la mémoire des internés du XIXe siècle

C'est un travail unique entrepris par la photographe Timea Jankovics. Elle explore les asiles abandonnés dans le monde. Elle travaille et expose notamment au musée Henri Theillou de Clermont, dans l'Oise. 

Un asile abandonné
Un asile abandonné (Timea Jankovics)

Redonner une place aux oubliés. Ces hommes et femmes, qui au XIXe et début du XXe siècle passèrent le plus clair de leur existence dans un asile, loin de la société. Timea Jankovics parcourt le monde pour photographier et étudier les hôpitaux psychiatriques désaffectés. Des établissements souvent laissés à l'abandon dans les années 60. Sur place, elle trouve du mobilier, des effets personnels. Le temps est comme suspendu. Elle a tissé des liens étroits avec le musée Henri Theillou, situé au sein du centre Hospitalier Isarien à Clermont, dans l'Oise. Elle y expose son travail. Saisissant.

Des tables chirurgicales qui font froid dans le dos, des lits abandonnés, des valises, des lettres, des vêtements...comment imaginer découvrir autant d'objets du quotidien dans un asile abandonné ? On pourrait croire à une plongée dans un film d'épouvante. Mais non, l'artiste hongroise Timea Jankovics n'invente rien. Depuis 2012, elle parcourt les vestiges d'une histoire souvent difficile aux États-Unis et en Europe. "J'ai découvert des objets laissés en place comme s'il y avait eu l'apocalypse et que tout le monde était parti à toute vitesse" raconte-t-elle. 

La mémoire des oubliés

Elle se sent investie d'une mission, redonner une place dans notre société à celles et ceux qui ont été oubliés. Les aliénés, les malades psychiatriques, les fous comme on les appelait. Une fois internés, ils ressortaient rarement de ces établissements. 

Ouvert en 2003, le Musée Henri Theillou est dédié à l'histoire de la psychiatrie. Timea Jankovics travaille depuis plusieurs années avec l'établissement. 

Un travail artistique et historique

Elle a pu se rendre dans les greniers du musée pour exhumer des trésors, des centaines de baluchons stockés parfois depuis 150 ans.

A l'intérieur, les effets personnels qui étaient retirés aux patients à leur arrivée. Des vêtements, des photos et des lettres où les internés se plaignaient parfois de leurs conditions de vie. Coupés du monde et de leurs familles, la plupart ne sortiront jamais de ces établissements. Elle a ouvert et vidé ces sacs, trié les contenus et fait de nombreuses photos, comme pour leur redonner vie.

Un travail artistique ambitieux. Et un travail historique également. L'histoire de la psychiatrie est compliquée, tortueuse et parfois taboue. L'éclairage de cette artiste atypique, par le prisme de la photographie, permet de mettre un peu de lumière sur un chapitre un peu sombre et méconnu de l'histoire de la médecine.