Patrick Chauvel au Mémorial de Caen : une exposition permanente dédiée à l'inusable reporter de guerre

Après avoir confié ses archives au Mémorial de Caen, le reporter de guerre Patrick Chauvel expose une centaine de clichés qui retracent cinquante ans de carrière et de vie au gré des grands conflits armés.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Patrick Chavel devant une photo prise à Mossoul en 2016 alors qu'il accompagne son fils Antoine sur le terrain. Mémorial de Caen. (C. Lefrançois / France Télévisions)

C'est assez rare pour être souligné : Patrick Chauvel est certainement le premier reporter de guerre encore en exercice à se voir dédié un espace attitré dans un grand musée. C'est le cas au Mémorial de Caen qui propose, à partir du 1er mars 2020,  une exposition permanente présentant une centaine de photos du grand reporter-photographe, qui est aussi documentariste et écrivain.

Un trésor en images

En octobre dernier, Patrick Chauvel a confié 380 000 clichés au Mémorial de Caen dont 80 000 numérisés auxquels il faut ajouter 1000 heures de vidéo. Un véritable trésor, accessible désormais au public et aux chercheurs, et qui raconte en images cinquante ans de soubresauts du monde. Dans cette masse d'images, il a fallu en choisir 110, destinées à l'expo permanente. Un crève-coeur : "Ca a été dur de choisir...On en avait 1500 et déjà là, j'avais les boules ! confie Patrick Chauvel.

L'espace permanent consacré au fonds Patrick Chauvel au Mémorial de Caen. (Mémorial de Caen)

Bien plus que des photos

Vietnam, Afghanistan, Syrie, Irak, Égypte, Libye, Ukraine... La liste des pays et des conflits couverts par Patrick Chauvel est longue. Sur le site du Mémorial de Caen, une carte les répertorient : on en a compté une trentaine. Mais derrière ce chiffre, il y a des moments douloureux, dangereux, voire "dégueulasses" comme le dit Chauvel mais aussi des moments de grâce.

Tous les portraits que vous voyez, c'est des gens que je connais, à qui j'ai donné ma bouffe, ma flotte, on a été triste ensemble. C'est pas juste des photos...

Patrick Chauvel

Reporter de guerre

Liban, 1984. Beyrouth. Un char de l’armée libanaise chrétienne tire sur les milices musulmanes dans le centre-ville. Un chat de religion indéterminée fuit les combats. (Patrick Chauvel)

Toujours sur le front 

A 70 ans, Patrick Chauvel pourrait ranger ses objectifs, profiter tranquillement d'un repos bien mérité, et passer son temps à raconter les innombrables anecdotes vécues depuis ses premiers pas de photographe. C'était en Israël pendant la guerre des Six jours, opposant Israël à l’Égypte, la Jordanie et la Syrie. Il avait à peine 18 ans. Parti seul et sans expérience, ses photos étaient quasiment toutes ratées mais peu importe. Un an plus tard, il était au Vietnam pour couvrir la guerre jusqu’à la chute de Saïgon.

Mais non, Chauvel continue de barouder malgré les blessures ("Blessé cinq fois, deux fois graves…C'est pas tellement en 50 ans quand on y pense" confie t-il dans un sourire), malgré les dangers. La peur post-traumatique, si justifiée quand on côtoie de près la guerre, ne semble pas l'atteindre : "Si on pense que tout ce que l'on va subir va servir à quelque chose, on n'est pas traumatisé. Moi je fais pas de cauchemars, je dors aussi très bien que ce soit dans une tranchée ou à Paris. Mais quelquefois, quand je me promène dans le ville, j'assiste à une scène qui me renvoie quelque chose."

Au Salvador. (PATRICK CHAUVEL / CORBIS)

Savourer la paix... et le confort

Mais si les situations dangereuses ne l'empêchent pas de dormir, elles lui ont donné un recul certain sur la vie.  

On est assis, là, tranquilles, on peut sortir boire un coup, s'habiller comme on veut, choisir la religion qu'on veut... Ca, c'est la paix. Mais si on ne connaît pas la menace qu'il y a autour, on ne peut pas la protéger.

Patrick Chauvel

Il faut faire comprendre aux gens qu'ils ont de la chance. Moi quand je rentre de reportage, j'allume et j'éteins le robinet pour le plaisir de voir couler l'eau parce que ça fait trois mois que je suis dans un pays où il n'y a pas d'eau."  

De père en fils

Il semble que chez les Chauvel, l'action et le goût de raconter le monde soient dans l'ADN familial. Patrice est le petit-fils de l’ambassadeur Jean Chauvel, et le fils de Jean-François Chauvel, journaliste, résistant et soldat de la 2e DB. Sa maman, Antonia Luciani, a été résistante et membre des SAS pendant la Seconde Guerre mondiale.

Et le feu sacré n'est pas prêt de s'éteindre : son fils Antoine est lui aussi photoreporter. Présent à Nice  le soir de l'attentat du 14 juillet 2016 , il prend des photos alors qu'aucun journlaiste n'est encore sur place. Ses clichés feront la une et une double page dans Paris-Match. Elles passeront dans Time et le New York Times.

A l'épreuve du feu

Quelques mois plus tard, en novembre 2016, le père et le fils partent ensemble à Mossoul pour couvrir la chute de Daech. Ils suivent la Golden Division, la force d'élite de l'armée américaine. C'est la première fois qu'il faisait un conflit aussi dur. Au moment où on arrive dans une grande avenue, je dis à mon fils : "Oups ! Là, c'est large, s'il y a une voiture kamikaze dans le coin, elle peut prendre son élan..."

Patrice demande à son fils de prendre un peu de recul. C'est alors qu'un camion percute la tête de la colonne. L’explosion est violente. Un éclat percute l’appareil d’Antoine et le coupe en deux... Mais les deux hommes s'en sortent sains et saufs. "C'est bien, c'est le métier qui rentre" reconnaît Patrick Chauvel en riant mais il ajoute :  "Ca me fait rire mais c'est parce qu'il est vivant."

Irak, 2016. Mossoul. Explosion d’une voiture kamikaze à l’avant d’une colonne de la Golden Division. Au premier plan, le photographe Antoine Chauvel, fils de Patrick Chauvel. (PATRICK CHAUVEL)

Exposition du fonds Patrick Chauvel 
A partir du 1er mars 2020   
au Mémorial de Caen   
Esplanade Général Eisenhower, 14050 Caen  
Visite de l’exposition libre et gratuite pendant les horaires d’ouverture du Mémorial.

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