La fondation Cartier-Bresson expose les images londoniennes du photographe chilien Sergio Larrain, marquées par le brouillard et la mélancolie

Pendant l'hiver 1958-1959, le grand photographe chilien Sergio Larrain passait quatre mois à Londres où il réalisait son premier travail conséquent. Une promenade poétique dans la ville à voir à la Fondation Cartier-Bresson jusqu'au 1er novembre.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Sergio Larrain, Londres, 1959 (© Sergio Larrain / Magnum Photos)

Après la rétrospective qu'elle a consacrée au grand photographe chilien en 2013, c'est au séjour londonion de Sergio Larrain (1931-2012) que la fondation Henri Cartier-Bresson consacre une petite exposition. Marqué par les brumes hivernales et l'ambiance fin de règne, il a réalisé dans la capitale britannique son premier travail en profondeur, à la fin des années 1950.

Si pour vous aussi, l'exposition de 2013 avait été un choc, ou si vous n'avez pas eu l'occasion de voir les images de Sergio Larrain, ne ratez pas cette nouvelle exposition dédiée à son premier long séjour en Europe.

Après avoir abandonné des études de sylviculture aux Etats-Unis, il s'est lancé dans la photographie, a voyagé, a commencé à travailler au Chili. Il a vendu quatre tirages au prestigieux Museum of Modern Art. Et puis en 1958-1959, Sergio Larrain passe quatre mois à Londres, grâce à une bourse décernée par le British Council. Les images qu'il y a faites ont été peu reproduites dans la presse. Sergio Larrain lui-même en a peu parlé. De toute façon, longtemps avant sa mort en 2012, il s'était retiré du monde pour se consacrer à la méditation et il ne voulait plus que son travail photographique soit montré.

Sergio Larrain, Station de métro Baker Street, Londres, 1959 (© Sergio Larrain / Magnum Photos)

Une mélancolie infinie

"Après ses reportages sur les enfants des rues à Santiago, qui constituent ses débuts, Londres est son premier essai conséquent, la révélation d'une vie possible en tant que photographe", souligne Agnès Sire, la directrice artistique de la fondation Henri Cartier-Bresson, dans le livre qui accompagne l'exposition (Londres, 1959, éditions Atelier EXB). C'est loin des escaliers de Valparaiso, où il a réalisé ses images les plus connues, qu'il passe cet hiver-là. Pendant des semaines, il se promène dans la capitale londonienne dont il va rapporter des images marquantes. Il semble complètement immergé dans l'ambiance hivernale, on ne peut pas dire que ses photographies soient tristes, mais elles dégagent une espèce de mélancolie infinie.

"Larrain laisse libre cours à son imaginaire. Il n'est pas le chasseur à l'affût d'une proie ; il a le temps, il est disponible, ouvert, curieux. Il capte le froid, l'humide et la chaleur des bars (…), c'est l'essence des choses qui l'attire", note Agnès Sire.

L'artiste parlera ainsi de son travail, en 1963 : "C'est en moi-même que je cherche les photographies, quand, mon appareil à la main, je jette un œil au dehors. Je peux matérialiser ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi." Et il faut croire que les fantômes de l'hiver londonien ont résonné en lui. Il a su capter la poésie du brouillard entre les arbres dépouillés, traversé par des silhouettes floues.

Solitude

La ville semble silencieuse et les passants infiniment seuls, même quand il y a foule dans la rue. Même cette fille les yeux fermés, que son compagnon plongé dans l'ombre embrasse, semble loin du monde. Tout comme les enfants qui jouent dehors, pourtant à plusieurs.

On retrouve à Londres les cadrages singuliers de Sergio Larrain, il n'hésite pas à couper les figures humaines, un homme sous un parapluie, des bras levés dans une fête. Il fait pencher une rue où attendent des taxis, il prend au ras du sol les pieds des passagers qui attendent sur un quai de métro ou assis dans une rame. Il déclenche en bas d'un escalator qui paraît soudain vertigineux, ou au contraire il plonge sur un coin de couloir où un personnage seul semble perdu sous le panneau sortie qui indique la direction opposée.

"Il y a toujours trop dans le cadre, l'image déborde, elle est en partie hors champ, donc ouverte", remarque Agnès Sire.

Ce séjour est un moment important de la carrière du photographe chilien : c'est à cette occasion qu'il rencontre à Paris Henri Cartier-Bresson qui lui fera intégrer l'agence Magnum pour laquelle il parcourra le monde. Mais ce qu'il aime finalement, c'est le genre de travail qu'il a réalisé à Londres, où il s'est promené librement à la recherche de la "grâce", de la "magie". Pas le travail de commande qu'il abandonnera quelques années plus tard.

Sergio Larrain, Londres, 1959
Fondation Henri Cartier-Bresson,
79 rue des Archives, 75003 Paris
Du mardi au dimanche 11h-19h
Tarifs : 9 € / 5 €
Du 8 septembre au 1er novembre 2020

Sergio Larrain, Londres, 1959, éditions Atelier EXB, 176 pages reliées, 95 photographies en noir et blanc, 39 €

La fondation Cartier-Bresson expose aussi le travail du photographe américain Gregory Halpern sur la Guadeloupe (Soleil cou coupé)

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