Paris Photo : de Fred Herzog à Joel Sternfeld, les images qui nous ont tapé dans l’œil

Pendant quatre jours (du jeudi 7 au dimanche 10 novembre 2019), des milliers de photographies investissent la nef du Grand Palais. Une petite sélection d'images qui nous ont plu, dans les allées de Paris Photo

Dans les allées de Paris Photo, des photos de Judith Joy Ross (6 novembre 2019)
Dans les allées de Paris Photo, des photos de Judith Joy Ross (6 novembre 2019) (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Pendant quatre jours, du jeudi 7 au dimanche 10 novembre, la grande foire internationale Paris Photo investit le Grand Palais. Elle réunit cette année 33 éditeurs et 180 galeries d'Europe et d'Amérique du Nord, et quelques-unes, plus rares, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.

Ce rendez-vous des acheteurs de photographie est aussi l'occasion pour les simples amateurs de voir une quantité hallucinante d'images, de découvrir des artistes, d'en revoir, notamment sur les stands des galeries qui offrent un "solo show", c'est-à-dire qu'elles consacrent tout leur espace à un seul photographe.

Voici quelques images remarquées, de façon tout à fait subjective, dans les allées de la grande nef.

Les rouges de Fred Herzog chez Equinox (Vancouver) & Laurence Miller (New York)

Fred Herzog, \"Red Stockings\", 1961, Archival Pigment Print, 11 1/2\" x 18\"
Fred Herzog, "Red Stockings", 1961, Archival Pigment Print, 11 1/2" x 18" (© Fred Herzog.EQUINOX & LAURENCE MILLER)

Fred Herzog, décédé il y a quelques semaines, a été un pionnier de la couleur, consacré très tardivement (sa première grande exposition personnelle a été organisée en 2007 à la Vancouver Art Gallery). Dans les années 1950, il a photographié Vancouver, sa ville d'adoption (il était né en Allemagne en 1930). De ses rues, de ses vitrines et devantures, des habitants des quartiers populaires, il a fait ressortir, en diapositives Kodachrome, les couleurs vives, en particulier les rouges éclatants : les bas vermillon d'une jeune fille répondant à la jupe d'une femme, une chevrolet dans les rues de Mexico…

August Sander chez Hauser & Wirth (Zürich-Londres)

August Sander, Der Chauffeur, 1929 © Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur – August Sander Archive, Cologne, DACS, London, 2019. HAUSER & WIRTH
August Sander, Der Chauffeur, 1929 © Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur – August Sander Archive, Cologne, DACS, London, 2019. HAUSER & WIRTH (© Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur – August Sander Archive, Cologne, DACS, London, 2019. HAUSER & WIRTH)

La galerie Hauser & Wirth consacre tout l'espace de son stand au cultissime photographe August Sander (1876-1964), qui a réalisé à la chambre des typologies photographiques de la société de l'Allemagne de Weimar, ses métiers et ses groupes sociaux. Un travail documentaire hautement artistique qui a inspiré de nombreux photographes. Ici, on voit des tirages du célèbre maçon portant des briques, d'un chauffeur à son volant et surtout de personnalités du monde artistique, un directeur de théâtre, un chanteur, un peintre.

Paysages inédits de Joel Sternfeld dans le secteur Prismes

Joel Sternfeld, Buckingham, Pennesylvania, August 1978, 1978 
Joel Sternfeld, Buckingham, Pennesylvania, August 1978, 1978  (© Joel Sternfeld. Courtesy Xippas.XIPPAS)

Au premier étage aussi, dans le cadre du secteur Prismes qui présente cette année des grands formats, la galerie Xippas (Paris) propose quatre grands tirages inédits d'American Prospects, la série légendaire de Joel Sternfeld : une zone pavillonnaire sinistre, un terrain vague, des cabanes de fortune... Pendant huit ans, à la fin des années 1970, le photographe américain a sillonné en combi Volkswagen les Etats-Unis, dont il a saisi les paysages à la chambre et en couleur, rapportant les récits d'un pays en plein changement. Le livre issu de ce travail, publié en 1987 est devenu un classique.

Man Ray chez Gagosian et Galerie 1900-2000 (Paris)

Man Ray, \"Meret Oppenheim\", 1933, Tirage argentique sur carte postale, Gagosian. 
Man Ray, "Meret Oppenheim", 1933, Tirage argentique sur carte postale, Gagosian.  (© GAGOSIAN & 1900-2000)

Gagosian et Galerie 1900-2000 proposent une large sélection de tirages de Man Ray, issues de la collection de Lucien Treillard, collaborateur de l'artiste. Des fleurs de passiflore, des papillons, des images réalisées avec Marcel Duchamp, des photogrammes et solarisations...

Prises de vue simultanées de Barbara Probst chez Kuckei + Kuckei (Berlin)

Barbara PROBST, \"Exposure #140: Munich, Nederlingerstrasse 68\", 09.07.18, 5:13 p.m., 2018, Ultrachrome ink on cotton paper
Barbara PROBST, "Exposure #140: Munich, Nederlingerstrasse 68", 09.07.18, 5:13 p.m., 2018, Ultrachrome ink on cotton paper (©Barbara Probst)

A la galerie berlinoise Kuckei + Kuckei, on découvre avec plaisir une oeuvre de Barbara Probst qu'on n'avait pas vue à la formidable exposition du Bal, à Paris, au printemps 2019, où l'artiste allemande exposait ses ensembles d'images simultanées prises de points de vue différents. De sa dernière série, qui évoque une ambiance de polar : un bras est posé sur une table, comme abandonné, un café est renversé sur la table à côté d'un bol cassé, sous l'œil glacial d'un appareil photo posé sur un pied.

La Fondation A Stichting expose ses séries

Au premier étage de la grande nef, la Fondation A Stichting expose une très belle selection de sa collection. La fondation bruxelloise, fondée en 2012, présente des séries : des arbres en noir et blanc de Robert Adams, Nicholas Nixon, de Mitch Epstein. Une série de fenêtres murées du chilien Jaime Villaseca et une autre de boutiques fermées de l'Argentin Facundo de Zuviría, des "A" pris par Lee Friedlander aux Etats-Unis et en Italie sur des affiches déchirées, des enseignes, des palissades. En couleur, des paysages désolés de Larry Sultan…

Un homme encapsulé de Darío Villalba chez Luis Adelantado (Valencia-Mexico)

Darío Villalba, \"Preso andando\", 1991, Photographic emulsion, canvas, aluminium sheet and methacrylate, 
Darío Villalba, "Preso andando", 1991, Photographic emulsion, canvas, aluminium sheet and methacrylate,  (© Photo by Pedro Albornoz - Courtesy of Luis Adelantado)

Le peintre espagnol Darío Villalba (1939-2018) était aussi photographe. Il a créé des personnages qu'il suspendait, enfermés dans une espèce de bulle de film plastique transparent qui les isolait du monde, qu'il appelait Encapsulados. Ces oeuvres "donnaient des frissons" à Dino Buzzati, selon les mots du critique d'art Pierre Restany. Autour de Preso andando, un jeune homme solitaire en marche, prisonnier dans sa capsule, la galerie Luis Adelantado présente une série de photos de l'artiste.

Solo show Ming Smith chez Jenkins Johnson (San Francisco-New York)

Ming Smith, \"Tina Turner, What\'s Love Got to Do With It\", 1984
Ming Smith, "Tina Turner, What's Love Got to Do With It", 1984 (© Ming Smith.JENKINS JOHNSON)

Née à Detroit en 1950, Ming Smith est la première photographe afro-américaine à entrer dans les collections du Museum of Modern Art de New York (MoMA), en 1975. Ses très belles images en noir et blanc, portraits, autoportraits, scènes de rue ou de métro, ses ambiances nocturnes jouent avec le mouvement, le flou.
Ming Smith participera aux rencontres du Salon samedi 9 novembre à 16h15.

Paris Photo
Nef du Grand Palais, avenue Winston Churchill, Paris 8e
Tarifs : 30€ la semaine, 32 € le week-end (15€ pour les étudiants, gratuit pour les moins de 12 ans)
jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 novembre 2019 : 12h-20h
dimanche 10 novembre : 12h-19h

https://www.parisphoto.com