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Pionnier des expositions immersives, l'Atelier des Lumières fait déjà un carton avec "Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée"

Les expositions numériques sont plébiscitées par un large public, et renouvellent le rapport aux oeuvres d'art. 

Article rédigé par
Carine Azzopardi - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.

A mi-chemin entre l’exposition et le spectacle, l'Atelier des Lumières à Paris attire les foules depuis son ouverture en 2018. Ses premières expositions sur Klimt et Van Gogh ont dépassé en termes de fréquentation toutes les espérances des fondateurs. L'an dernier, un million trois cent mille visiteurs se sont pressés pour vivre cette expérience numérique d'un nouveau genre autour des grands maîtres de la peinture. 

Dès l'ouverture au public de ce nouvel opus, Monet, Renoir... Chagall, voyages en Méditerranée, les premiers créneaux réservables en ligne ont été pris d'assaut. Une visiteuse nous confie : "Je les ai toutes vues, c’est la troisième fois que je viens, j’emmène mes enfants, des amis…". D’autres ont posé une journée pour être sûrs de ne rien manquer. En cette fin de vacances scolaires, des grands-parents ont emmené leurs petits-enfants, qui courent au milieu des peintures numérisées.

Une ancienne fonderie 

Des oeuvres qui sont projetées partout sur les murs, mais aussi au sol et au plafond, et qui enveloppent les spectateurs en musique. L’Atelier des Lumières, dans le 11e arrondissement de Paris, est une ancienne fonderie de la taille d’un demi-terrain de football, transformée en lieu d’exposition immersive, grâce à cent vingt projecteurs essaimés aux quatre coins du hangar de béton, et que parsèment les piliers métalliques d'origine.

Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée nous emmène, en musique, dans les lumières du sud, autour des chefs d’œuvres d’une vingtaine d’artistes. En tout, cinq cent œuvres ont été utilisées pour cette boucle de quarante minutes. De l’impressionnisme au pointillisme, en passant par le fauvisme, pour terminer avec le bleu de Marc Chagall qui inonde l’espace.

Gianfranco Iannuzzi, le directeur artistique, a travaillé pendant un an avec les trois artistes de son équipe pour composer cette fresque : "On ne montre pas les tableaux, ce n’est pas notre but. Les tableaux, il faut aller les voir dans les musées. Ici, on écrit un scénario, et on essaie d’interpréter. C’est une création à partir des œuvres originales. Et c’est personnel, donc ça peut plaire ou ne pas plaire." Visiblement, c’est plutôt la seconde hypothèse qui prévaut. Dès l’ouverture, la salle est comble, et les créneaux de réservation complets sur plusieurs jours.

Faire appel à l'émotion 

Les notes du Clair de Lune de Debussy accompagnent les élégantes de Renoir… Un peu plus tard, c’est avec Gershwin qu’un soleil rouge sang chagallien plonge dans l’océan bleu roi.

Point d’explication ou de texte, mais des yeux et des oreilles grands ouverts. Un adolescent est venu avec son père. Dix minutes après le commencement de la boucle, il est déjà conquis : "L’ambiance est cool, c’est prenant, la musique est cool, vraiment j’aime beaucoup. Un endroit comme celui-ci, ça permet aux gens qui n’aiment pas trop les musées de venir, de se poser. Les musées, ça peut être ennuyant parfois."

Une autre spectatrice abonde : "On est fans, ça fait trois fois qu’on vient. J’aime bien les fondus enchaînés, j’aime les couleurs, elles sont mises en valeur par les lumières. C’est une nouvelle manière d’aborder l’art, c’est plus accessible pour un public qui n’a pas forcément les références pour rester devant une toile de maître."

Exposition "Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée" (Atelier des Lumières, Paris)

De fait, 35% des visiteurs sont des jeunes, et selon les organisateurs, toutes les catégories sociales viennent à l’Atelier des Lumières. Le but des artistes qui ont créé cette œuvre est de faire appel à l’émotion du public, plus qu’à son intellect : "J’ai envie que le public découvre le plaisir que l’art peut transmettre. J’espère que nos visiteurs seront touchés par l’art, et que ça leur donne envie d’aller voir les tableaux en vrai dans les musées", sourit Gianfranco Iannuzzi.

Eviter le coûteux et difficile transport des oeuvres

Revenons aux débuts. Bruno Monnier, directeur de Culturespaces, qui possède plusieurs musées et salles d'exposition, est le premier à avoir vu tout le potentiel à tirer de ce nouveau type de spectacles avec l’exposition immersive Van Gogh dans les Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence. Selon lui, c’est une nouvelle forme d’exposition qui attire un public pas forcément enclin à se rendre dans des musées, et cependant qui ne transige pas sur l’aspect artistique : "Nous essayons de proposer un parcours à travers des grands artistes de l’histoire de l’art. Nous choisissons des périodes dans lesquelles il y a des artistes très connus – Monet, Renoir, Chagall – mais il y a aussi Bonnard, qui est peut-être moins connu, Dufy, Albert Marquet, Cross, Signac, donc on essaie aussi d’amener le public à découvrir des artistes, pas seulement les plus célèbres, mais aussi ceux qui ont participé au courant artistique." 

Tableau "Baie des anges à Nice", de Raoul Dufy (Atelier des Lumières)

Outre le fait d’attirer un large public, ces expositions immersives ont aussi l’immense avantage de ne pas déplacer de tableaux. Bruno Monnier, qui organise de nombreuses expositions dites "classiques", l’a bien compris : "Au fil des années, on s’est rendu compte qu’avec la mondialisation, les expositions de peinture – hors art contemporain - devenaient de plus en plus difficiles à organiser. Il y a des pays qui auparavant n’avaient pas de musée qui veulent aussi avoir leurs propres expositions aujourd’hui ; or le nombre d’œuvres d’art disponibles pour ces expositions n’est pas illimité, et cela a créé une tension. Aujourd’hui, les expositions traditionnelles sont devenues très coûteuses et seuls de grands groupes avec de gros moyens peuvent encore se le permettre".

"On ne fait pas qu'un diaporama"

La solution réside dans un constat : le numérique peut donner une liberté extraordinaire. Il suffit en effet d’avoir les images, et non les œuvres originales, pour faire une exposition. "On n’a plus besoin de les transporter, de les assurer, donc les choses sont plus faciles", explique Bruno Monnier. "En revanche, il faut trouver une équipe artistique d’une grande qualité pour ne pas simplement faire un diaporama, mais créer une œuvre d’art à part entière, qui créée une alternative crédible."

Au vu de l’affluence du public qui se presse aux portes de ces expositions, la crédibilité est gagnée. D’ailleurs, le concept essaime : bientôt, une nouvelle déclinaison d’expositions immersives ouvrira à Bordeaux, avec les Bassins de Lumières, et Culturespaces a ouvert des lieux en Corée du Sud, et le fera bientôt aux Etats-Unis, en Allemagne, et à Dubaï. 

Exposition "Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée", à l'Atelier des Lumières, Paris, jusqu'au 3 janvier 2021.