Le tableau attribué au Caravage et vendu à un acheteur étranger était "trop cher" pour un musée français

Le riche collectionneur souhaite restaurer la toile pour ensuite l'exposer dans un grand musée étranger duquel il serait proche. Selon Éric Turquin, expert en tableaux, si le tableau n'a pas été acquis par l'État français, c'est avant tout par manque de moyens.

Eric Turquin devant \"Judith et Holopherne\", le 17 juin 2019.
Eric Turquin devant "Judith et Holopherne", le 17 juin 2019. (NATHALIE SAINT-AFFRE / MAXPPP)

48 heures avant sa mise aux enchères, la toile Judith et Holopherne, attribuée au peintre italien Caravage, a été vendue mardi pour une somme inconnue, à un acheteur étranger qui garde l'anonymat pour le moment. Le riche collectionneur souhaite restaurer la toile pour ensuite l'exposer dans un grand musée étranger duquel il serait proche. "Le fait que ce tableau aille dans un musée était vraiment un souhait très fort" pour les vendeurs, explique Éric Turquin, expert en tableaux, qui a été l'un des premiers à authentifier l'oeuvre, au micro de franceinfo mercredi 26 juin.

L'achat aurait représenté 14 ans d'acquisitions

"Leur souhait le plus fort aurait été que ce tableau soit acheté par un musée français", poursuit-il. Si le tableau n'a pas été acquis par l'État français, c'est avant tout par manque de moyens. "Quand nous avons découvert ce tableau en 2014, nous l'avons gardé pendant quinze mois", révèle Éric Turquin. "La première démarche que j'ai faite, c'est de prévenir les conservateurs du Louvre", ajoute-t-il. Mais après l'avoir examiné à trois reprises, le président du Louvre a admis qu'ils ne seraient pas en mesure de l'acheter. "Trop cher", reconnaît Éric Turquin.

Il faut savoir que le budget d'acquisitions du Louvre, qui varie en fonction des recettes, oscille entre sept et neuf millions d'euros par an...Eric Turquinà franceinfo

L'oeuvre, estimée entre 100 et 150 millions d'euros, représentait alors quatorze ans d'acquisitions pour le musée du Louvre. Si "l'argument du prix était essentiel", comme le souligne Éric Turquin, des doutes planaient aussi sur l'attribution du tableau au Caravage. "Il peut toujours y avoir des doutes sur des tableaux du XVIIe qui ne sont pas signés", reconnaît-il en ajoutant que tout de même "tout converge vers Caravage". Une oeuvre exceptionnelle puisque le peintre n'a signé qu'un tableau sur les 65 oeuvres qui lui sont attribuées. L'identité de l'acquéreur et le nom du musée devraient être connus dans trois mois.