La mythique collection Courtauld à la fondation Vuitton : 7 œuvres phares

La fondation Louis Vuitton continue sa série d'expositions de prestigieuses collections avec celle du Britannique Samuel Courtauld, qui a contribué à faire apprécier les impressionnistes outre-Manche. L'occasion de découvrir en vrai des chefs-d'œuvre de Monet, Manet, Renoir, Van Gogh, Seurat, Gauguin, Cézanne, 110 peintures et dessins qu'on voit rarement ou jamais à Paris. Jusqu'au 17 juin.

\"Nevermore\" de Paul Gauguin, exposé à la fondation Louis Vuitton à Paris (15 février 2019)
"Nevermore" de Paul Gauguin, exposé à la fondation Louis Vuitton à Paris (15 février 2019) (François Guillot / AFP)
L'industriel et collectionneur Samuel Courtauld était très lié avec la France. Sa famille, protestante, originaire de l'île d'Oléron, a émigré à Londres à la fin du XVIIe siècle après la révocation de l'édit de Nantes. Ses ancêtres sont orfèvres, puis sa famille crée une entreprise de textile qui prospère grâce au développement de la viscose. Samuel Courtauld en devient président en 1921. Attaché à ses origines, il va souvent à Paris, notamment pour acheter des œuvres aux marchands français.
 
Il réunit dans les années 1920, avec sa femme Elizabeth, une collection d'art français, devenue mythique. Ils sont notamment sensibles aux paysages des impressionnistes, Pissarro, Sisley, Monet, Renoir. Samuel Courtauld s'attache à faire reconnaître tous ces artistes au Royaume-Uni.

La Courtauld Gallery est fermée pour travaux et prête ses oeuvres à la fondation Louis Vuitton, pour notre plus grand bonheur. C'est la première fois qu'on les voit à Paris depuis l'exposition de 1955 au musée de l'Orangerie. Voici quelques œuvres phares de la collection qu'on peut y admirer :
Edouard Manet, \"Un bar aux Folies-Bergère\", 1882, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Edouard Manet, "Un bar aux Folies-Bergère", 1882, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust) (-)
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Edouard Manet, "Un bar aux Folies-Bergère" (1882)
C'est la dernière œuvre majeure de Manet avant sa mort, un tableau très célèbre et abondamment commenté, étrange en raison de son jeu de miroir qui déforme la réalité. Cette toile à laquelle Samuel Courtauld était particulièrement attaché est devenue une icône de sa collection. La serveuse est appuyée au bar qui déploie un luxe de natures mortes, bouteilles, coupe de fruits, fleurs dans un verre. Une grande glace derrière elle renvoie l'image d'une salle bondée dont l'animation contraste avec son air triste et perdu, alors que dans le reflet, un homme lui parle. Son attitude de dos ne semble pas correspondre à l'image de face.
 
Samuel Courtauld avait plusieurs œuvres de Manet. On peut voir notamment à la fondation Vuitton une esquisse du "Déjeuner sur l'herbe" (1863) et une vue des "Bords de Seine à Argenteuil (1874).
 
Claude Monet, \"Antibes\", 1888, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Claude Monet, "Antibes", 1888, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Claude Monet, "Antibes" (1888)
Cette vue de Golfe Juan est particulièrement saisissante, par ses couleurs et la vibration de la lumière dans les branches du pin au premier plan, sur la mer et sur les terres rosées de l'autre côté. Il aurait fallu "une palette de diamants et de bijoux" pour rendre les effets de soleil sur la mer et la côte, disait-il. Il s'en sort en maître avec ses simples couleurs.
 
Le tableau est accroché entre un "Effet d'automne à Argenteuil", une des représentations de la "Gare Saint-Lazare", un "Pont en réparation à Argenteuil".
Pierre-Auguste Renoir, \"La Loge\", 1874, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Pierre-Auguste Renoir, "La Loge", 1874, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Pierre-Auguste Renoir, "La Loge" (1874)
"La Loge" a été acquis en 1925 par Samuel Courtauld, qui était particulièrement attaché à ce tableau, un de ses achats les plus chers. Il lui a consacré un poème.

Ce double portrait d'un couple dans une loge de théâtre montre la virtuosité de l'artiste dans la peinture des vêtements. Le sujet de la loge est encore peu fréquent au moment où Renoir le représente, en 1874 (le tableau est présenté à la première exposition impressionniste).
 
Du même artiste, on signalera aussi un sublime "Printemps, Chatou" où un personnage est noyé dans la végétation floue et vibrante d'un pré. 
Georges Seurat, \"Jeune femme se poudrant\", vers 1889-1890, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Georges Seurat, "Jeune femme se poudrant", vers 1889-1890, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Georges Seurat, "Jeune femme se poudrant" (vers 1888-1890)
Cette "Jeune femme se poudrant" est le seul portrait majeur peint par Georges Seurat, en pleine période pointilliste. Il représente sa compagne Madeleine Knobloch en train de se maquiller. Le cadre au-dessus de sa tête était un miroir où se reflétait le peintre en train de travailler. Seurat s'est finalement remplacé par un pot de fleurs.
 
Comme Cézanne, Seurat était un artiste privilégié par Courtauld qui avait à l'époque la plus importante collection de ses œuvres outre-Manche. Une salle lui est consacrée dans l'exposition, où une série de petites études montre son évolution entre 1882 et 1890.

Le grand chef-d'œuvre de Seurat, "Une baignade, Asnières", n'a pas pu être déplacé. Conservé à la National Gallery de Londres, il a été acquis grâce au fonds Courtauld. 

Industriel soucieux de démocratie sociale, proche des idées de John Maynard Keynes, le collectionneur avait en particulier à cœur de rendre l'art accessible au plus grand nombre et à faire entrer les artistes qu'il aime dans les collections publiques. Dans ce but, il avait créé ce fonds en 1923 pour permettre à la National Gallery d'acquérir des œuvres majeures des impressionnistes.  
Paul Cézanne, \"Le Lac d\'Annecy\", 1896, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Paul Cézanne, "Le Lac d'Annecy", 1896, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Paul Cézanne, "Le Lac d'Annecy" (1896)
Dès 1923, Samuel Courtauld acquiert son premier tableau de Paul Cézanne, "Nature morte à l'Amour en plâtre". Il a rapidement en sa possession le plus grand ensemble d'œuvres du peintre au Royaume-Uni, dont une remarquable "Montagne Sainte-Victoire au grand pin", une des cinq versions des "Joueurs de cartes", un "Homme à la pipe". Le collectionneur a contribué à le faire reconnaitre outre-Manche.
 
"Le Lac d'Annecy", dominé par le bleu et où le paysage se reflète dans les eaux, est particulièrement éblouissant.
Paul Gauguin, \"Nevermore\", 1897, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Paul Gauguin, "Nevermore", 1897, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Paul Gauguin, "Nevermore" (1897)
Paul Gauguin a peint "Nevermore" à Tahiti. Il écrit à un ami qu'il a voulu "avec un simple nu suggérer un certain luxe barbare d'autrefois" symbolisant l'innocence perdue et la corruption par la colonisation. Cette œuvre est la première de Gauguin dans une collection britannique, celle du compositeur Frederick Delius, qui l'achète en 1898. Dès 1922, Samuel Courtauld s'est intéressé au peintre et l'a fait entrer dans sa collection. Il acquiert "Nevermore" en 1924.
Vincent van Gogh, \"Autoportrait à l\'oreille bandée\", 1889, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
Vincent van Gogh, "Autoportrait à l'oreille bandée", 1889, The Courtauld Gallery, London (Samuel Courtauld Trust)
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Vincent van Gogh, "Autoportrait à l'oreille bandée" (1889)
C'est Samuel Courtauld encore qui fait entrer la première œuvre de Vincent Van Gogh dans les collections nationales britanniques : "Champ de blé, avec cyprès", un paysage tourmenté de 1889 également exposé à la fondation Vuitton, est acheté pour l'Independent Gallery par l'intermédiaire du Courtauld Fund.
 
Courtauld a acheté cet "Autoportrait à l'oreille bandée" de Van Gogh au marchand parisien Paul Rosenberg en 1928. Il est devenu une des icônes de sa collection. L'artiste l'a peint après s'être mutilé suite à une dispute avec Gauguin.

Le collectionneur vit avec ses tableaux, accrochés dans les grands salons de sa résidence londonienne, Home House. Quand sa femme décède en 1931 il arrête sa collection et décide d'en donner la moitié ainsi que sa maison au Courtauld Institute of Art créé pour l'enseignement de l'histoire de l'art et la conservation des oeuvres.