Picasso pendant la Seconde guerre mondiale, une période sombre et méconnue racontée au musée de Grenoble

La capitale des Alpes accueille jusqu’au 5 janvier une exposition rassemblant pour la première fois les œuvres du maitre catalan réalisées à Paris durant l’Occupation. Entre exil intérieur et recherche de formes nouvelles.

\"Nature morte au crâne de taureau\", peinte en 1942 par Picasso en hommage à son ami catalan Julio Gonzalez. 
"Nature morte au crâne de taureau", peinte en 1942 par Picasso en hommage à son ami catalan Julio Gonzalez.  (CAPTURE D'ÉCRAN FRANCE 3)

Pour la première fois en France, le musée de Grenoble se penche sur les créations de Pablo Picasso durant la Seconde guerre mondiale, une période charnière où il revendique une "peinture qui mord" face à la violence des temps.

L’exposition Picasso. Au coeur des ténèbres (1939-1945), réunit plus d'une centaine de peintures, sculptures, dessins et gravures pour raconter l'une des périodes les plus sombres du maître espagnol, classé "artiste dégénéré" par les nazis, alors qu'il travaillait à Paris.

Plus de deux ans de préparation

Organisée avec le Musée national Picasso-Paris, qui a prêté une grande partie des œuvres, et bénéficiant également du prêt par le Centre Pompidou de l'une des pièces majeures, L'Aubade, cette exposition fait l'objet d'une co-production avec le K20, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf, où elle sera présentée au printemps 2020.

"Que cette exposition qui parle de la relation difficile entre la France et l'Allemagne, montée dans une ville Compagnon de la Libération, parte ensuite en Allemagne, c'est tout un symbole", souligne Guy Tosatto, directeur du Musée de Grenoble.

Le parcours est chronologique, avec un effort de pédagogie sur le contexte historique et artistique, permettant aux aficionados du maître de s'immerger dans une "période moins connue et pour les néophytes de découvrir un Picasso à la fois classique et extrêmement aventureux", estime Guy Tosatto.

Résistance artistique

Si la guerre en tant que telle n'est pas représentée, la mort, la souffrance et la peur sont partout : Picasso "raconte la folie des hommes et dit sa révolte à mots couverts", estime Sophie Bernard, conservateur en chef des collections modernes et contemporaines du musée de Grenoble. Lors du glacial hiver 1941, quand le rationnement se met en place, Picasso écrit une pièce de théâtre tragico-bouffonne, Le Désir attrapé par la queue et peint en écho L'Enfant à la langouste, môme goguenard empoignant un crustacé qui n'existe plus que sur la table de l'occupant. "Face au pouvoir totalitaire, Picasso est le maître charpentier de mille planches de salut", écrivait René Char. Paul Éluard lui, avouait à son ami Picasso : "C'est à cause de toi que cette époque n'est pas grise".

En réponse à Arno Becker, le sculpteur allemand du IIIe Reich, Picasso sculpte au printemps 1943 L'Homme au mouton, expression du sentiment humain, expliquera-t-il par la suite. Cette sculpture, la plus célèbre de l'artiste, deviendra un symbole de la résistance au nazisme. Toutefois, c'est une peinture intitulée Nature morte au crâne de taureau, en hommage à son ami catalan décédé en 1942 Julio Gonzalez, qui porte les couleurs, sombres, de l'affiche de l’exposition.  

L\'Homme au mouton - Musée Picasso (Paris)
L'Homme au mouton - Musée Picasso (Paris) (MEHDI FEDOUACH / AFP)

"Picasso. Au coeur des ténèbres (1939-1945)" – jusqu’au 5 janvier 2020 - Musée de Grenoble, 5 place Lavalette, 38000 Grenoble - Téléphone : 04 76 63 44 44