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Léonard de Vinci au Louvre : la peinture pour recréer le monde

Le Louvre propose jusqu'au 24 février 2020 la plus grande exposition de peintures de Léonard de Vinci. 162 oeuvres, dessins, textes autour de dix tableaux, but ultime de ce génie universel qui voulait à travers son art recréer le monde

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 7 min.
Léonard de Vinci, "Vierge à l’Enfant avec saint Jean Baptiste et un ange", dite "La Vierge aux rochers", vers 1483-1494, Paris, musée du Louvre,département des Peintures (© RMN Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado)

On l'attendait depuis des mois : le Louvre a ouvert ce jeudi 24 octobre son exposition événement sur Léonard de Vinci (1452-1519), "la plus grande réunion de tableaux" du génie florentin, nous dit Vincent Delieuvin, conservateur en chef du patrimoine au département des peintures et co-commissaire de l'exposition. Dix peintures obtenues parfois avec la plus grande difficulté. Certaines ont été prêtées in extremis comme la Madone Benois du musée de l'Ermitage (Saint-Petersbourg), d'autres sont absentes comme le Salvator Mundi, dont on est toujours sans nouvelles.

Dix peintures, ça peut paraitre peu, d'autant que le Louvre en conserve cinq à lui tout seul. Mais c'est beaucoup pour un artiste qui en a produit moins de vingt. 162 œuvres ont été rassemblées au total, des dessins, des textes scientifiques illustrés de sa main, prêtés par les grandes institutions du monde entier et aussi par quelques collections particulières. Mais c'est bien la peinture qui est au cœur de l'exposition.

Léonard de Vinci, "Draperie Saint-Morys. Figure assise", vers 1475-1482. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques (RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado.)

La peinture, science divine

L'exposition du Louvre est le fruit de dix ans de travail : il s'agissait de comprendre qui était Léonard, de comprendre son œuvre, "particulièrement complexe", en partant d'une historiographie "lourde, composée d'un nombre infini de titres", qui racontaient souvent des choses contradictoires, raconte Louis Frank, conservateur en chef du Patrimoine au département des arts graphiques au musée du Louvre, l'autre co-commissaire de l'exposition. Dix ans donc de retour aux textes écrits par cette sorte de génie universel, de retour aux sources documentaires, qui ont été réexaminées, reconsidérées. Les progrès de l'analyse scientifique ont aidé par ailleurs à analyser des oeuvres.

Ce travail a amené les commissaires à "penser que Léonard était avant tout peintre et non pas seulement cet esprit qui s'était dispersé dans tous les champs de la connaissance et de l'activité", précise Louis Frank. Léonard a peint peu de tableaux, ne les a pas toujours achevés. Seule la conception l'aurait-elle intéressé ? L'exécution l'aurait-elle ennuyé ? Il pensait au contraire que la peinture "était science divine parce que capable de recréer le monde". Et tout son travail, y compris intellectuel et scientifique, fut au service de cette conception de la peinture. D'une forme parfaite mais un peu inerte, il est parvenu grâce à toutes ses études à insuffler la vie et le mouvement à ses peintures, entend montrer l'exposition.

Léonard de Vinci, "Vierge à l’Enfant", dite "Madone Benois", vers 1480-1482. Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage (© The State Hermitage Museum, St Petersburg.)

Maître du clair-obscur

C'est chez un sculpteur que Léonard de Vinci se forme, Andrea del Verrocchio, un des plus grands à Florence, dans les années 1460. C'est par un bronze monumental de son maître, L'Incrédulité de Saint Thomas, qu'on est accueilli à l'entrée de l'exposition. Et de somptueuses peintures de draperies réalisées dans l'atelier de Verrocchio nous révèlent combien Léonard est doué, combien il maîtrise déjà le clair-obscur, le contraste entre ombre et lumière qui lui permet de donner du relief et de la puissance à ses œuvres. On le verra encore dans la sublime Scapigliata (L'Ebouriffée), tête de jeune femme toute simple, prêtée par la Galerie nationale de Parme et peinte bien plus tard, vers 1500-1510. Isolée, plus loin dans l'exposition, présentée dans un cadre doré aux larges bords, elle illumine tout autour d'elle de ses traits qui semblent être sculptés en trois dimensions.

"Dans sa jeunesse, Léonard de Vinci est encore obsédé par la forme parfaite. Ses premiers tableaux, L'Annonciation (1470-1474), le Portrait de Ginevra de' Benci, sont d'une extraordinaire perfection, un peu sur le modèle flamand", souligne Vincent Delieuvin.

Léonard de Vinci, "Vierge à l’Enfant avec saint Jean Baptiste et un ange", dite "La Vierge aux rochers", vers 1483-1494.  Paris, musée du Louvre,département des Peintures (© RMNGrand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado)

Au-delà de la forme parfaite

Ces tableaux des débuts ne sont pas montrés dans l'exposition. Mais l'ensemble des peintures de Léonard sont présentes grâce à leurs réflectographies infrarouges, que l'original s'y trouve ou pas. Ces sortes de radiographies révèlent le "dessin sous-jacent" posé par l'artiste sur son support avant qu'il le recouvre de couches successives de peinture. L'œil non averti aura peut-être du mal à l'analyser, à voir les modifications que l'artiste a souvent apportées au dessin d'origine, à voir ce qu'on appelle les "repentirs". Il pourra toutefois se faire une idée de l'évolution de la façon de faire de Léonard.

Le dessin des premières peintures est très précis, il exprime une maitrise parfaite. Mais il ne permet pas de représenter le mouvement, de rendre les figures vivantes, expliquent les commissaires. Il ne satisfait pas Léonard de Vinci qui, à la fin des années 1470, va acquérir "une liberté graphique nouvelle : il n'hésite pas à déformer les anatomies, à superposer les idées, à raturer", souligne Vincent Delieuvin. Une nouveauté qui apparait dans les dessins préparatoires comme dans le dessin sous-jacent. C'est de cette époque que date la sublime Madone Benois (vers 1480-1482), où la Vierge tend à l'enfant Jésus une fleur cruciforme autour de laquelle se concentre leur attention et où les figures trouvent une expressivité nouvelle.

Léonard de Vinci, "Tête de femme" dite "La Scapigliata" (© Licensed by Ministero dei Beni e delle Attività culturali - Complesso Monumentale della Pilotta-Galleria Nazionale)

Comprendre les phénomènes scientifiques

C'est à cette époque aussi qu'il peint la Vierge aux Rochers dont le Louvre possède la première version (la deuxième, conservée à Londres, n'a pas fait le voyage). Et son Saint-Jérôme pénitent, une peinture fascinante de dépouillement et d'expression de la douleur. Une œuvre inachevée, car le "non finito" va devenir une des marques de fabrique de Léonard de Vinci, qui passera des années à travailler sur un même tableau.

Cette liberté nouvelle ne lui suffit pas, les formes extérieures, même s'il en saisit le mouvement, ne le satisfont pas, explique Louis Frank : "Vient un moment où il veut comprendre l'intériorité du phénomène, les lois qui gouvernent la nature." C'est à ce moment-là, au milieu des années 1480, qu'il se met à étudier tous les aspects du monde physique et du monde vivant : il s'intéresse à l'astronomie, la géologie, la botanique, la zoologie, la physique, l'optique, l'anatomie. Il couvre des milliers de pages d'écriture et de dessins : un certain nombre de feuilles sont exposées au Louvre. Elles nous font imaginer l'étendue des domaines étudiés, de la "duplication du cube" aux "interférences d'ondes circulaires", de la croissance des arbres au vol des oiseaux.

Léonard de Vinci, "Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus jouant avec un agneau", dite "La Sainte Anne", vers 1503-1519. Paris, musée du Louvre, département des Peintures (© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda.)

L'accomplissement des dernières peintures

Ces études, au service de la peinture, "science divine" comme on l'a dit plus haut, le mènent à l'accomplissement des dernières peintures, la Sainte Anne, le Saint Jean Baptiste et bien sûr la Joconde. D'un grand perfectionnisme, Léonard a travaillé des années sur ces tableaux, appliquant une infinité de couches d'huile à peine chargée de pigments pour produire des effets d'ombre et de lumière subtils, des formes délicates, dans une espèce de flou qu'on a appelé le "sfumato".

Il faut noter au passage les magnifiques études préparatoires pour la Sainte Anne du Louvre, ou pour le Salvator Mundi. Notamment les dessins de la collection royale britannique : elle en possède 600 et en a prêté 24 au Louvre. Autre prêt exceptionnel, celui du grand carton de la première composition imaginée par Léonard pour la Sainte Anne, conservé à la National Gallery de Londres.

Léonard de Vinci, "Étude de figure pour la Bataille d’Anghiari", vers 1504. SBudapest, Szépművészeti Múzeum (© Szépművészeti Múzeum - Museum of Fine Arts Budapest, 2019)

La Joconde en réalité virtuelle

La Joconde est une des grands absents mais elle n'est pas loin : il faudra aller la voir à sa place, dans la galerie des Etats, où elle est restée car 30.000 visiteurs viennent quotidiennement au Louvre pour l'admirer tandis que l'exposition en accueillera 5000 à 7000.

A la fin du parcours, une animation 3D en réalité virtuelle de 7 minutes, baptisée En tête à tête avec la Joconde, propose de l'approcher et d'imaginer son environnement. Une expérience amusante, surtout sur la fin. On n'en dira pas plus pour ne pas gâcher l'effet. Tout le monde ne pourra sans doute pas y accéder (il y a dix casques et il faut réserver sur place, "dans la limite de places disponibles"). Mais on pourra toujours aller la voir au premier étage du Louvre : rien ne vaut le tête-à-tête avec la vraie peinture.

Léonard de Vinci
Musée du Louvre, Hall Napoléon, Paris 1er
tous les jours sauf le mardi, 9h-18h, nocturnes le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche jusqu'à 21h45. 
Tarif (avec entrée dans les collections) : 17€
du 24 octobre 2019 au 24 février 2020

Attention, réservation obligatoire sur www.ticketlouvre.fr

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