Le "Space Waste Lab" : un musée éphémère pour vider les poubelles de l’espace

Que faire de 8,5 tonnes de débris spatiaux ? C’est la question qu'a posée l’artiste néerlandais Daan Roosegaarde aux visiteurs de son musée, le "Space Waste Lab", pour recueillir des suggestions. Près de quatre mois après son ouverture, la boîte à idées est bien remplie. La phase 2 du projet peut commencer : la guerre contre les déchets de l'espace prendra forme entre science… et poésie.

\"Space Waste Lab\" : des faisceaux lumineux retracent le parcours des déchets spatiaux.
"Space Waste Lab" : des faisceaux lumineux retracent le parcours des déchets spatiaux. (Studio Roosegaarde)
Le "Space Waste Lab" : c’est un endroit où l’on se déplace au rythme des planètes.

"J’ai pensé à un tableau de Pollock"

A l’intérieur, dans un lieu installé temporairement à Almere, non loin d'Amsterdam, on déambule dans les salles d’un laboratoire de curiosités, composé de débris de l’espace, comme celui du télescope spatial Hubble. A l’extérieur, on lève les yeux au ciel pour suivre les faisceaux lumineux qui retracent le mouvement des déchets spatiaux en temps réel.
Des visiteurs du musée \"Space Waste Lab\".
Des visiteurs du musée "Space Waste Lab". (Studio Roosegaarde)
"On est en mission pour nettoyer l’espace", affirme l'artiste néerlandais Daan Roosegaarde. Une mission qu'il prend très au sérieux, depuis le jour où il est tombé sur une image de l’espace parsemée de déchets. "Quand j’ai vu la photo, j’ai pensé à un tableau de Pollock. J’ai aussi pensé qu’il fallait absolument lancer un projet pour collecter et recycler ces déchets".

Plus de 160 millions de déchets en orbite

Mais procédons par ordre : que sont ces déchets, combien sont-ils ? A l’heure où Daan nous parle, les poubelles de l’univers ne cessent de gonfler. Dans l’espace, on dénombre déjà 29.000 déchets de plus de dix centimètres (de la taille d’une orange), 750.000 de plus d’un centimètre (de la taille d’une cacahuète), et 166 millions de plus d’un millimètre (de la taille d’un grain de sable).
Un débris du télescope spatial Hubble.
Un débris du télescope spatial Hubble. (Studio Roosegaarde)
Parmi eux, il y a des objets que des astronautes ont pu perdre comme des boîtes à outil, des boulons, des sangles, ou encore des morceaux de fusées. En s’entrechoquant les uns contre les autres, les débris créent d’autres débris. Ils se démultiplient jusqu’à former une constellation polluante qui gravite au-dessus de nos têtes. C’est à ces pales étoiles que Daan Roosegaarde veut déclarer la guerre.

"Combiner la science avec l’imagination"

Ses armes de combat ? La création artistique et la coopération. Concrètement, la bataille se décline en deux temps. La première phase, qui a pris fin le 19 janvier, avait pour objectif de collecter des idées de modes de capture et de recyclage des déchets.
L’équipe du Studio Roosegaarde.
L’équipe du Studio Roosegaarde. (Studio Roosegaarde)
C'est pour cela que Daan Roosegaarde a créé ce lieu atypique qu'est le "Space Waste Lab" : pour sensibiliser le public à la pollution spatiale et trouver une solution en mettant le plus grand nombre à contribution. Par mail, par courrier ou sur papier entre les murs du musée, les plus inventifs ont pu faire part de leurs trouvailles à l’artiste. Dans l’esprit du designer aussi, les idées fusent. "On pourrait créer des étoiles filantes artificielles pour remplacer l’usage des feux d’artifice, qui sont très polluants", a-t-il lancé.
La seconde phase, qui prend le relais, doit mettre la pensée en actes. Pour cela, le studio de design Sudio Roosegaarde s’est associé à des chercheurs et des entrepreneurs qui seront amenés à collaborer ensemble dans les années à venir, sur une période de trois à cinq ans. Pour Daan, "combiner la science avec l’imagination est la clé de fabrication d’un autre monde".
André Kuipers, spationaute de l\'ESA, partenaire du Space Waste Lab.
André Kuipers, spationaute de l'ESA, partenaire du Space Waste Lab. (Studio Roosegaarde)
Le projet a également reçu le soutien de la communauté scientifique : l’Agence Spatiale Européenne (ESA), installée non loin d'Amsterdam, est son fournisseur officiel de "datas" et une rencontre avec la NASA est programmée.

La poésie contre la pollution

Daan Roosegaarde, le "nettoyeur de l’espace", n’en est pas à sa première entreprise de grand ménage. En 2015 déjà, il érigeait en Chine la "Smog Free Tower", une tour "aspirateur" capable d’absorber les particules nocives et de restituer un air propre à 75%.
Le Van Gogh Path.
Le Van Gogh Path. (Studio Roosegaarde)
Aux Pays-Bas, il a imaginé le "Van Gogh Path", un chemin lumineux aux couleurs de Van Gogh, conçu pour guider les cyclistes de nuit sur une piste sécurisée. Des innovations technologiques qui voudraient dessiner les contours d’un avenir plus propre… et plus poétique.