La "vente du siècle" tient toutes ses promesses

Le dernier jour de la dispersion de la collection d'art de Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, marquée par une série impressionnante de records, a été dominée hier soir par la vente de deux bronzes chinois pour 31,4 millions d'euros, en dépit des protestations de Pékin.

(Radio France © France Info)

Les deux pièces rares datant du XVIIIème siècle et représentant une tête de rat et une tête de lapin, proviennent du sac du Palais d'été à Pékin par des soldats français et britanniques en 1860. Ces oeuvres avaient été achetées en toute légalité par le couturier Yves Saint Laurent et son compagnon l'homme d'affaires Pierre Bergé, mais Pékin aura tout fait pour obtenir leur restitution.

Multiplication des déclarations d'officiels chinois, campagnes de presse, pléthore d'avocats n'auront pas réussi à ajourner la vente. Pierre Bergé avait même proposé d'offrir les bronzes à Pékin si le gouvernement chinois donnait "en contrepartie les droits de l'homme, la liberté au Tibet et (accueillait) le dalaï lama". Une proposition qualifiée de "ridicule" par le gouvernement chinois.

La vente a finalement bien eu lieu et les deux antiquités ont été acquises par un acheteur anonyme au téléphone, au même prix de 15,7 millions d'euros (frais inclus), soit nettement au dessus de leur estimation de 8 à 10 millions d'euros. Mais la Chine ne démord pas et a fermement condamné cette vente qu’elle juge "illégale" au motif que ces objets auraient été pillés il y a près de 150 ans à Pékin. Et de prévenir qu’elle n’en restera pas là, indiquant qu'elle continuera à tenter d'obtenir le retour de ces pièces "par tous les moyens et canaux possibles" et évoquant des " conséquences graves pour le développement de Christie's en Chine ".

Malgré cette controverse, qui avait en outre été tranchée par la justice française qui avait autorisé lundi la vente des deux bronzes, ces enchères YSL-Bergé ont tenu toutes leurs promesses. Et la plupart des objets dispersés lors de cette "vente du siècle" ont été adjugés au-delà de leur valeur annoncée. Parmi les 57 derniers lots vendus hier soir, figuraient une statue de Bouddha en bois laqué or et rouge qui a aussi fait sensation, à 260.000 euros, plus de six fois la valeur de son estimation haute ; une paire de vases en émaux cloisonnés ginbari japonais à 50.000 euros, soit plus de dix fois son estimation haute, pareil pour cette hydrie (sorte de cruche) grecque adjugées à 210.000 euros, ou cette tête de Dionysos en marbre, qui a trouvé preneur à 180.000 euros.

Quelque 373,5 millions d'euros ont été engrangés en trois jours, avec pas moins de 25 records mondiaux pour des œuvres d'artistes aussi majeurs que Matisse, Mondrian, Klee, Brancusi ou Géricault. Mardi soir, un "fauteuil aux dragons" art-déco signé Eileen Gray avait également pulvérisé les records à 21,9 millions d'euros.

Anne Jocteur Monrozier, avec agences