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"Il y a une forme de réappropriation du territoire" : en l'absence de touristes étrangers, des musées renouent avec le public français

La fréquentation des musées est en baisse cet été en raison de la pandémie, mais les visiteurs français sont au rendez-vous. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Des visiteurs aux côtés des tableux de Claude Monet au musée d'Orsay; lors du jour de réouverture le 23 juin 2020.  (THOMAS COEX / AFP)

Des salles vides, un tête-à-tête avec les œuvres…. Les visiteurs estivaux du Louvre ont assisté cette année à un spectacle assez inhabituel dans le musée le plus visité du monde, habituellement noir de monde, qui a accueilli cet été quatre fois moins de visiteurs que d'habitude. Distanciation physique oblige, tous les établissements français ont dû réguler leur nombre d'entrées, entraînant automatiquement une baisse de fréquentation.

Mais dans certains musées, les jauges maximales autorisées ne sont pas atteintes. Le musée d'Orsay, autre établissement parisien d'ordinaire très prisé, a compté entre 3 500 et 4 000 visiteurs par jour au mois de juillet alors qu'il pourrait en accueillir 5 000 en cette période de pandémie.

Fréquentation en baisse, mais moins que prévu

Des résultats qui restent "un peu meilleurs que ce qu'on s'imaginait", commente Guillaume Blanc, directeur des publics du musée d'Orsay et de l'Orangerie. "Nous avions tablé sur une baisse de fréquentation de 85 %. Elle est un peu moins forte que prévu et s'établit à moins 75%", explique-t-il, notant que l'exposition James Tissot a attiré à elle seule 2 000 visiteurs quotidiens. "Cela reste un beau succès malgré les contraintes de visite", estime Guillaume Blanc. Si les visiteurs étrangers (60% de la fréquentation habituelle mais moins de 10% cet été) sont peu présents, "le public français est au rendez-vous", déclare le directeur des publics. "On voit que les Franciliens sont revenus au musée dès sa réouverture [le 23 juin] et que finalement la fréquentation de ce public est habituelle."

Des touristes visitent le château de Versailles en juillet 2020.  (UGO PADOVANI / HANS LUCAS)

Le château de Versailles, visité à 80% par des touristes étrangers l'été en temps normal, souffre particulièrement de l'absence des visiteurs internationaux, notamment américains et chinois. "Financièrement, on ne s'y retrouve pas du tout", témoignait sa présidente Catherine Pégard sur les ondes de RTL, précisant que l'établissement public a "perdu 45 millions d'euros" depuis le confinement. La fréquentation estivale du domaine est passée de 30 000 à 10 000 visiteurs.

Un nouveau public

De son côté, le musée d'Orsay estime à 26 millions d’euros les pertes sur l'ensemble de l'année 2020. "Pour le moment nous avons différé des projets d'investissement et d’aménagement du musée. Nous avons pu reporter notre programmation d'expositions, qui a été décalée, et tous les projets qui étaient prévus ont été maintenus", explique Guillaume Blanc, qui précise que le musée a reçu une "subvention supplémentaire de 10 millions d'euros" du ministère de la Culture "pour faire face à la crise". Orsay accueillera ainsi deux nouvelles expositions temporaires en octobre, la première consacrée au peintre anglais Aubrey Beardsley, la seconde à l'artiste belge Léon Spilliaert. Mais le musée reste dépendant de l'évolution de la situation sanitaire : "il est évident que si la crise devait se prolonger cela risquerait d'avoir des conséquences sur la programmation du musée", admet Guillaume Blanc.

Moins dépendant des touristes internationaux (20% de la fréquentation en temps normal), le musée des Confluences de Lyon enregistre une baisse moins drastique de sa fréquentation : moins 34% sur le mois de juillet par rapport à 2019. La directrice de l'établissement, Hélène Lafont-Couturier, a notamment observé un changement dans la provenance des visiteurs : "Depuis l’ouverture, nous avons 57% des visiteurs qui viennent pour la première fois et 78% des visiteurs sont originaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes". "Il y a une forme de réappropriation du territoire", analyse-t-elle. Le musée lyonnais d'histoire naturelle et d'anthropologie a également noté un rajeunissement de son public. "56% de nos visiteurs ont entre 18 et 30 ans" depuis la réouverture du musée, note la directrice. Un taux qui s'établit à 42% en temps normal.

"Médiation hors les murs"

Bonne surprise également pour la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, située à proximité du village de Saint-Paul-de-Vence (Provence-Alpes-Côte d'Azur) : tirant parti de ses espaces extérieurs, l'établissement a enregistré un début de mois d'août "équivalent à l'année dernière", déclare Nicolas Gitton, directeur administratif et financier, avec notamment 30% de visiteurs européens et après un mois de juillet en deçà de sa fréquentation habituelle. Il souligne néanmoins "l'impact financier important" qu'ont eu les quatre mois de fermeture pour cette fondation d'art privée, qui a dû souscrire un prêt garanti par l'Etat (PGE). "L’impact se fera véritablement sentir dans 12 mois, quand on devra rembourser", explique Nicolas Gitton. 

"Cela nous donne beaucoup à réfléchir sur ce que nous devons être, ce que nous devons faire. C'est tout notre modèle qui, si j'ose dire, s'est écroulé", témoignait sur RTL Catherine Pégard. Une réflexion qu'a également eue le musée des Confluences avec l'organisation d'"une dynamique de médiation hors les murs" : performances d'artistes dans les jardins sous forme d'intermèdes, ateliers dans les centres de loisirs et dans les Ehpad, "une présence dans la ville" avec l'exposition d'un moulage de dinosaure à la gare Saint-Exupéry... "On était pris dans un engrenage de produire et répondre aux demandes", avance Hélène Lafont-Couturier, qui explique que cette période particulière laisse le temps au musée "d’aller à la rencontre du public". 

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