"J'ai toujours eu cette passion pour l'antique et pour la réécriture de l'histoire de l'art" : Lucie Charasson a ouvert sa galerie d'art contemporain dans son appartement parisien

La galerie Villa Gabrielle présente des collections entre "inspiration archéologique, réécriture de l’histoire de l’art et sublimation abstraite" signées d'artistes contemporains français et internationaux, émergents ou reconnus.
Article rédigé par Corinne Jeammet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 4 min
Sur le sol, installation en béton "Fragmentale" de Jules Goliath et, au mur, œuvres de Dune Varela, à la Galerie Villa Gabrielle à Paris, 2024. (CLEMENCE ROLLAND)

Ouverte depuis fin septembre 2023, la galerie d’art contemporain Villa Gabrielle réunit une collection "dédiée au souvenir antique et à l'archéologie future" explique sa fondatrice, qui vit dans cet appartement-galerie parisien. "Ce qui m'intéresse, c'est d'explorer un art contemporain qui est imprégné d'héritage d'histoire de l'art, dans le fond et dans la forme".

"L'idée est de recevoir les collectionneurs de façon privilégiée, dans un lieu confidentiel, et de pouvoir créer une relation de confiance et d'intimité avec eux, de les accompagner dans la construction et l'enrichissement de leur collection. Les gens apprécient beaucoup cette proximité qui peut casser parfois le côté intimidant des galeries d'art sur rue plus traditionnelles. Ici, on peut prendre le temps !", affirme Lucie Charasson qui reçoit sur rendez-vous pour une expérience sur-mesure et privée. 

L’exposition Fragments contemporains se déploie au sein de cette adresse confidentielle située dans le quartier Necker/Vaugirard. Le jardin donne sur le square de l’Oiseau-Lunaire "à l’emplacement des anciens ateliers d’artistes du 45 rue Blomet qui virent naître le mouvement surréaliste. À travers ce projet de la Villa Gabrielle, l'idée est aussi de faire écho à ce lieu où il y avait des poètes et des artistes", souligne sa fondatrice.

Artistes contemporains émergents ou reconnus

Sa formation en histoire de l’art et ses expériences professionnelles à Paris, Rome et New York (Villa Médicis, MET, Centre Pompidou, Galerie Paul Prouté, Institut français) ont permis à Lucie Charasson de construire son expertise en organisation d’expositions et de développer une relation privilégiée avec les artistes. Grâce à ses expériences en sourcing d’objets d’art et en curation d’espaces dans des maisons de luxe, elle a collaboré à des projets haut de gamme en architecture d’intérieur et a renforcé son goût pour la mise en scène et le design. "J'ai toujours eu cette passion pour l'antique et pour la réécriture de l'histoire de l'art."

La galerie propose également des commandes artistiques sur-mesure ainsi que du conseil en acquisition d’œuvres d’art. Une sélection de pièces de design chinées est à la vente. "Je m'adresse à tous les types de personnes. Il y a aussi toute la partie commande artistique et conseils personnalisés en acquisition. Je ne fais pas juste galerie d'art. La galerie, c'est aussi m'ouvrir à tout ce qui est conseil, commande et curation", insiste-t-elle.

Portraits des artistes (Dune Varela, Katerina Charou, Marina Mankarlos, Studio Iconographia, Jules Goliath, Lou Motin et Pauline Karassiova) présentés à la galerie Villa Gabrielle, à Paris, février 2024. (CLEMENCE ROLLAND)

Chaque collection est mise en dialogue avec une création littéraire d’un écrivain ou d’un poète. "Les collections d'art durent de 5 à 6 mois. Elles sont évolutives, c'est-à-dire que quand des pièces se vendent, de nouvelles intègrent la collection. Une partie de cette dernière sera exposée du 20 mars au 26 avril à l'Hôtel de Crillon à Paris. L'idée est d'avoir des collections voyageuses !"

Entre passé, présent et futur

L’exposition Fragments contemporains invite à voyager dans l’imaginaire archéologique du fragment entre passé, présent et futur. Morceau d’un objet brisé ou déchiré, le fragment est lié à la mémoire. Tout ce que nous savons des mondes antiques provient de fragments physiques et narratifs qu’il faut décrypter. Tout fragment est porteur d’un secret, d’une énigme. C'est un témoin.

Ici, une trentaine de créations de huit artistes internationaux, émergents ou reconnus, compose cette collection proposant une relecture des ruines en inventant des fragments d’une contre-histoire antique ou des fictions visuelles qui questionnent l’archéologie future. Les matières utilisées – marbre, béton, asphalte, plâtre, scorie de métal, verre, plexiglas, vidéo – interrogent la relation entre l’image représentée et la symbolique du support.

Devant des sculptures photographiques, Lucie Charasson s'arrête : "Ces photos sur plaque de marbre ont été exposées au Grand Palais, au salon Paris Photo. Dune Varela s'intéresse à l'imaginaire des vestiges et allie dans son travail l'archéologie et la photographie, qui sont nées en même temps au XIXe siècle. Elle crée de nouveaux vestiges fictifs, des reliques à partir de photographies qu'elle fait lors de ses voyages en Grèce et qu'elle imprime sur des plaques de marbre de Carrare." Ces dernières côtoient "trois œuvres – exposées au musée du Louvre précédemment – de l'artiste Jules Goliath. Ces blocs en béton nous projettent dans des architectures de lieux abandonnés".

Puis la curatrice nous montre des œuvres de Katerina Charou "qui ont été exposées au sein du département des Antiquités grecques". Son travail nous transporte dans les îles grecques avec ses sublimes éclats de mer sur marbre ainsi que ses paysages du Péloponnèse sérigraphiés sur des plaques de plexiglas "avec lesquels l'Athénienne recompose un nouveau paysage, son paysage mental". La galerie accueille aussi l'artiste franco-égyptienne Marina Mankarios et ses moulages de têtes recomposées et fragmentées : "Avec elle, mouler n'est plus copier. Elle casse les codes. Elle déconditionne le travail du mouleur qui est habitué à recréer inlassablement les mêmes pièces. Elle les 're-fragmente', les fissure, les polit...."

"Thalassa" de Katerina Charou, galerie Villa Gabrielle, à Paris, février 2024. Cette œuvre a été exposée au musée du Louvre en mai et juin 2022. (CLEMENCE ROLLAND)

Chaque collection étant reliée à un poète ou un écrivain, c'est "l’Ukrainienne Pauline Karassiova – installée à Paris depuis 5 ans – qui a composé cinq poèmes que l'on peut entendre sur le site internet", précise-t-elle.

Fragments contemporains prend également la forme d’exposition en ligne à travers le compte Instagram de la galerie où sont partagées des interviews d’artistes et de guests pour enrichir l’expérience !

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