Coupe du monde 2022 : pourquoi l'image de l'émir du Qatar portant le drapeau de l'Arabie saoudite n'est pas anodine

Tamim Ben Hamad Al Thani et le prince héritier saoudien profitent du Mondial pour afficher leur rapprochement, un an après la fin du blocus diplomatico-commercial imposé par Riyad sur son voisin.

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L'émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, porte un drapeau de l'Arabie saoudite, le 22 novembre 2022 à Doha (Qatar), lors du match de la Coupe du monde Argentine-Arabie saoudite. (FAREED KOTB / ANADOLU AGENCY / AFP)

Puisque le monde entier a les yeux rivés sur le Qatar, personne n'a manqué la scène. Lors de la victoire de l'Arabie saoudite face à l'Argentine, mardi 22 novembre, l'un des plus grands succès de l'histoire d'un pays arabe en Coupe du monde, l'émir du Qatar, Tamim Ben Hamad Al Thani, a brandi le drapeau saoudien, son voisin du Golfe et ex-ennemi.

La scène illustre un réchauffement diplomatique entre les deux Etats, qu'on avait déjà deviné dimanche. Lors de la cérémonie d'ouverture, le monarque qatarien s'est ainsi retrouvé au côté du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, photographié tout sourire et vêtu d'une écharpe du Qatar. "C'est assez inattendu, ironique, et ça montre que les temps changent, commente Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport. Il faut se souvenir de la situation il y a un an."

Un moyen de "réaffirmer l'axe saoudo-qatari"

Entre 2017 et 2021, l'Arabie saoudite et ses alliés régionaux (les Emirats arabes unis, l'Egypte et Bahreïn) ont imposé un blocus diplomatico-commercial au petit émirat. Ils l'accusaient d'avoir pactisé avec l'ennemi iranien et de semer le trouble dans la région. L'Arabie saoudite avait notamment fermé son espace aérien et ses frontières terrestres et maritimes au Qatar. De quoi plonger la région dans une crise et fragiliser Doha. Le blocus a été levé début 2021 sous la pression des Etats-Unis.

Les relations entre les deux voisins se sont progressivement apaisées au fil des mois, avant ce Mondial qui pourrait constituer une nouvelle étape. "Il faut croire que la relation entre MBS [surnom de Mohammed Ben Salmane] et l'émir a sacrément avancé, et c'est tant mieux pour la région et sa stabilité. C'est une manière de réaffirmer l'axe saoudo-qatari, et cette Coupe du monde sert à envoyer un signal politique", analyse Jean-Baptiste Guégan.

Au Moyen-Orient, le Mondial va au-delà du seul pays organisateur. Il est considéré comme la Coupe du monde du Golfe. "Doha n'a cessé de dire que c'était la Coupe du monde des Arabes", rappelle Nabil Ennasri, docteur en sciences politiques et spécialiste du Qatar. 

"Le blocus a fracturé la région et les opinions, donc tout le monde a intérêt à exprimer de manière publique l'union des pays du Golfe."

Nabil Ennasri, docteur en sciences politiques et spécialiste du Qatar

à franceinfo

Toutefois, ajoute Nabil Ennasri, "la situation dans le Golfe reste très marquée par sa versatilité et les amitiés d'aujourd'hui peuvent se défaire. On reste dans une zone du Golfe fragmentée par un certain nombre de rivalités". Le Qatar a ainsi toujours considéré son voisin comme un potentiel envahisseur.

Ce rapprochement mis en scène depuis le début du Mondial peut-il durer ? "L'émir et Mohammed Ben Salmane sont issus de la même génération et se ressemblent sur beaucoup de points, répond Jean-Baptiste Guégan. Ils ont intérêt à capitaliser là-dessus, mais tout n'est pas réglé." La suprématie régionale reste, en effet, un enjeu majeur pour les deux pays, tout comme leur influence stratégique et politique au niveau mondial. 

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