Coupe du monde 2022 : Gareth Southgate, le sélectionneur que l'Angleterre adore détester

Le technicien anglais enchaîne une nouvelle performance de choix à la tête de la sélection anglaise, mais n'a toujours pas obtenu l'adhésion pleine et entière outre-Manche.

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France Télévisions
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Le sélectionneur de l'équipe nationale anglaise, Gareth Southgate, durant le match de la Coupe du monde contre le pays de Galles, le 29 novembre 2022 à Doha. (INA FASSBENDER / AFP)

Certains médias anglais ont la réputation non usurpée d'avoir la dent dure. Après une défaite en Italie en Ligue des nations le 23 septembre, le Sunday Times [article en anglais et en version payante] avait désigné sans détour le responsable de tous les maux de l'équipe nationale de football anglais. "Gareth Southgate n'est pas devenu un mauvais manager du jour au lendemain : il l'a toujours été." Mais qu'avait-il bien pu faire pour mériter un tel courroux au lendemain d'un court revers 1-0 chez le champion d'Europe italien ? La diatribe du Sunday Times était particulièrement acerbe, mais loin d'être une attaque isolée. Et ce, en dépit d'un parcours quasi parfait depuis son arrivée sur le banc : 4e de la Coupe du monde 2018, 3e de la Ligue des nations 2019, vice-champion d'Europe en 2021.

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L'entraîneur de 52 ans a mené les siens en quarts de finale de ce Mondial 2022, où l'attend désormais Didier Deschamps et l'équipe de France, samedi. Et si Southgate ne cache pas son admiration pour son homologue tricolore, il n'est pas toujours parvenu à atteindre son aura aux yeux du grand public et des observateurs.

La mauvaise réputation

Il faut dire que le Britannique était arrivé en connaissance de cause sur un terrain miné. L'Angleterre venait de subir une humiliante élimination dès le premier tour de la Coupe du monde 2014, puis d'être sortie de l'Euro 2016 par l'Islande, auteur du premier coup d'éclat de son histoire. Comme si le sportif ne suffisait pas, Sam Allardyce, nommé sélectionneur après le championnat d'Europe, s'était embourbé tout seul dans un scandale de corruption deux mois après son intronisation. Ce poste de sélectionneur national, si clinquant sur le papier, Gareth Southgate n'en voulait pas, et l'avait d'ailleurs poliment refusé une première fois avant la nomination d'Allardyce. Avant de se jeter dans l'aventure en dépit de l'image largement écornée de ses nouvelles fonctions.

"Southgate est souvent vu, de façon injuste, comme un outsider dans le football anglais, parce qu'il n'a pas connu de grand succès en club. Et a disparu un long moment du paysage. Il était un bon consultant avant de reprendre la sélection", témoigne Niggel Adderley, commentateur anglais pour TalkSport, présent à Doha. Il ajoute : "Il n'était pas le premier choix à l'époque, mais il a grandi vite avec l'équipe. Il a posé son empreinte sur cette équipe avec des jeunes joueurs, après la retraite de Rooney." 

Sous ses ordres, les Three Lions sont redevenus un grand d'Europe. Pour ce faire, il n'a pas hésité à remodeler le visage de sa formation en intégrant des talents précoces (Marcus Rashford puis Jude Bellingham ou Bukayo Saka), tout en accordant un statut quasi immuable à certains de ses cadres, pourtant pas toujours les plus probants, comme Harry Maguire.

Le sélectionneur de l'Angleterre, Gareth Southgate (à droite), avec le défenseur Harry Maguire, décrié en club avec Manchester United mais inamovible en l'équipe nationale (ADRIAN DENNIS / AFP)

Sur le terrain, son pragmatisme frôle parfois la frilosité. Sa volonté de toujours s'adapter à son adversaire est parfois vue comme un manque d'ambition. Deux buts en trois matches en phase de groupes de l'Euro 2020 malgré la pléthore de talents offensifs à sa disposition, la star Phil Foden laissée sur le banc pendant 90 minutes alors que son équipe jouait une partition peu inspirée contre les Etats-Unis (0-0) lors de la phase de groupes au Qatar… Autant d'arguments servis à ses détracteurs. "Je comprends tout à fait ceux qui paient pour voir Jack Grealish avec Raheem Sterling et Bukayo Saka, mais il faut avoir un équilibre.  C’est ça le football de haut niveau", leur avait-il rétorqué le 10 juin en conférence de presse.

Un haut niveau où l'Angleterre figure désormais en bonne place. En 2018, Southgate l'a conduite pour sa première demi-finale de Coupe du monde depuis 1990. Trois ans plus tard, les Anglais ont disputé leur première finale d'une grande compétition depuis 1966, lors de l'Euro disputé sur leur sol, et perdue uniquement aux tirs au but contre l'Italie.

Tancé par certains supporters et tabloïds, l'ancien défenseur s'est toutefois mis une partie du peuple britannique dans la poche par sa personnalité calme, plus pince-sans-rire que véritablement charismatique. "Il est toujours réservé, très poli avec les médias. Je pense qu'injustement les fans aiment que le football soit un peu théâtral, laborieux. c'est un très bon sélectionneur pour les grandes compétitions, comme Deschamps. Peu importe s'il gagne ou pas, il aura fait un très bon passage à la tête de l'Angleterre. Et quand il ne sera plus là, il sera apprécié par les supporters", promet Niggel Adderley.

Surtout, il est adoré de ses joueurs, dont il a obtenu une adhésion sans faille par sa gestion très humaine. "Les critiques étaient sévères contre lui, estimait l'attaquant Jack Graelish le 21 septembre dernier. Mais c'est ce à quoi vous avez parfois le droit quand vous êtes anglais."

"Je dois accepter qu'il y ait toujours un immense flot de critiques. Il y en a toujours autour des choix individuels comme collectifs. Mais si je change d'avis en permanence, que je ne m'accroche pas à ce que je pense être bon, et ne nous donne pas le plus de chances de succès, alors il n'y a aucun intérêt à ce que je fasse ce métier."

Gareth Southgate,

après le match nul 3-3 contre l'Allemagne le 26 septembre dernier en Ligue des nations

Là tient sans doute une partie du mystère Southgate, qu'il doit autant de son fait que du contexte dans lequel il doit évoluer, surtout qu'il observe un rapport presque distant avec les médias britanniques. Outre ses décisions tactiques, Gareth Southgate n'a jamais hésité à utiliser sa position pour exprimer son opinion, sur la société, ou encore l'identité anglaise, évoquant des "connotations raciales" autour du vote du Brexit. Un entraîneur engagé devient un entraîneur clivant. Peu importe que son équipe soit à une marche d'une troisième demi-finale de rang en grandes compétitions, ou qu'elle ait inscrit douze buts en trois matchs, dont un 3-0 en huitièmes de finale face au champion d'Afrique, le Sénégal. Une victoire samedi contre les Bleus ne pourrait toutefois pas faire de mal à sa cote de popularité.

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