Photos inédites d'une tribu isolée en Amazonie : "Ils vivent comme il y a 10 000 ans", confie le photographe

Ricardo Stuckert a saisi des images étonnantes d'Indiens qui vivent sans contact avec le monde extérieur au Brésil. Il raconte cette rencontre à franceinfo.

Les \"Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá\", photographiés par Ricardo Stuckert le 18 décembre 2016 dans l\'Etat d\'Acre au Brésil. 
Les "Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá", photographiés par Ricardo Stuckert le 18 décembre 2016 dans l'Etat d'Acre au Brésil.  (RICARDO STUCKERT)

Ancien photographe officiel de Lula, le président brésilien, Ricardo Stuckert est plus habitué à immortaliser des politiciens. Mais ce dimanche 18 décembre, ce sont des hommes dénudés, au beau milieu de la forêt amazonienne, qui se présentent par hasard face à son objectif. Des membres d'une tribu dont on ne connaît presque rien, pas même leur nom : ils sont simplement appelés les "Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá". 

Nous vivons à une époque où les hommes sont allés sur la Lune et où internet domine les communications. Et pourtant, ici, au Brésil, il y a des gens qui continuent à vivre comme il y a 10 000 ans.Ricardo Stuckert, photographeà franceinfo

Un homme court avec une machette à la main. Les membres de la tribu ont progressivement acquis des objets en métal lors de raids dans d\'autres tribus non \"isolées\". 
Un homme court avec une machette à la main. Les membres de la tribu ont progressivement acquis des objets en métal lors de raids dans d'autres tribus non "isolées".  (RICARDO STUCKERT)

La rencontre entre ces deux mondes n'aurait pas eu lieu sans des conditions météorologiques particulières. Ce jour-là, Ricardo Stuckert monte à bord d'un hélicoptère pour se rendre à Jordão, dans l'Etat d'Acre, à la frontière avec le Pérou.  Un orage oblige l'appareil à dévier de sa trajectoire en plein vol, quand les huttes finissent par apparaître au milieu de la forêt. Il est accompagné de José Carlos Meirelles, un chercheur qui étudie les tribus indiennes depuis quarante ans. "C'était puissant et émouvant. Cette expérience était unique", raconte Ricardo Stuckert. 

Accueillis par des tirs de flèches

L'endroit est complètement reculé. Sans contact régulier avec la société industrialisée ou d'autres tribus, les habitants ne sont pas habitués à une telle intrusion sur leur territoire. Le survol bruyant de l'hélicoptère au-dessus de leur campement est accueilli par une pluie de flèches. "Ils sont très, très primitifs, et ils tirent contre tout ce qui ne leur est pas familier", explique le photographe. L'ONG Survival, qui défend ces populations, rappelle que c'est d'ailleurs cette "volonté de rester isolés" qui les caractérise. 

Un membre de la tribu pointe son arc en direction de l\'hélicoptère de Ricardo Stuckert, le 18 décembre 2016. 
Un membre de la tribu pointe son arc en direction de l'hélicoptère de Ricardo Stuckert, le 18 décembre 2016.  (RICARDO STUCKERT)

L'accueil est hostile, mais ce n'est pourtant pas la première fois que le contact est établi avec les "Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá". José Carlos Meirelles explique à franceinfo avoir repéré pour la première fois des signes de cette tribu en 1988. Les premières traces observées de cette tribu remonteraient même au début du XXe siècle. En 2008, la Fondation nationale de l’Indien (Funai), un organisme gouvernemental, avait également publié des photos prises lors de vols au-dessus de leur campement. “C’est très important, car certaines personnes doutent de leur existence”, avait alors expliqué José Carlos Meirelles, qui travaillait à l’époque pour Funai. Entre chaque contact, les indigènes se sont déplacés, précise le chercheur.

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De nouveaux détails sur leur mode de vie 

Les photos de Ricardo Stuckert, de bonne définition, grâce à un téléobjectif de 800 mm, livrent de nouveaux éléments sur la vie de cette tribu très secrète. Il est facile de discerner les constructions, mais également les visages, la peinture sur leur corps, et même leurs expressions. "Ces photos donnent une définition assez bonne de ces peuples, détaille José Carlos Meirelles. Elles permettent de donner des détails importants, comme leurs coupes de cheveux, et ce qu'ils cultivent." En l'occurrence, du manioc, du maïs, plusieurs espèces de pomme de terre, des papayes, des cacahuètes...

C'est un message fort qui montre qu'il est toujours possible de vivre en parfaite harmonie avec la nature.Ricardo Stuckertà franceinfo

Les photographies de Ricardo Stuckert montrent aussi que la tribu utilise des outils composés de métal, notamment des haches et des machettes. Des matériaux qu'ils se sont forcément procurés via d'autres hommes, probablement lors de raids dans d'autres tribus. "Ils sont isolés, mais ils ont une relation avec le monde extérieur, ils en ont conscience", affirme José Carlos Meirelles.  

Des membres de la tribu avec leurs arcs et leurs flèches observent l\'hélicoptère qui survole leur campement. 
Des membres de la tribu avec leurs arcs et leurs flèches observent l'hélicoptère qui survole leur campement.  (RICARDO STUCKERT)

Des tribus vulnérables face au monde moderne

La diffusion de ces clichés a suscité la colère de Funai. "En exposant publiquement ces peuples autochtones, qui maintiennent volontairement leur isolement, ce reportage fait preuve d'un manque de respect", dénonce la Fondation dans un communiqué (en portugais). "Une tempête dans un verre d'eau, réplique José Carlos Meirelles. Les vols d'avion restent quelque chose de bizarre pour les Indiens, ça reste une forme d'invasion, je le sais. Mais si on ne faisait absolument rien, ces tribus pourraient disparaître complètement et on n'en saurait jamais rien."

Une vue aérienne d\'une longue maison de la tribu des \"Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá\", dans l\'Etat brésilien d\'Acre. 
Une vue aérienne d'une longue maison de la tribu des "Indiens isolés du cours supérieur de la rivière Humaitá", dans l'Etat brésilien d'Acre.  (RICARDO STUCKERT)

Car les menaces sont nombreuses :  exploitants forestiers illégaux, chercheurs d’or, trafiquants de drogue... "Ce qui les tue, c'est l'invasion territoriale, les barrages électriques, et les compagnies de pétrole," ajoute José Carlos Meirelles. Difficile dans ces conditions de maintenir leur isolement, pourtant essentiel à leur survie. "Il n’est pas rare que 50% de la population d’une tribu succombe à des maladies allogènes telles que la rougeole ou la grippe dans l’année qui suit leur premier contact", explique l'ONG Survival. Une mise en contact involontaire avec le monde moderne pourrait tout simplement les anéantir.