Comment le système Admission post-bac peut être utilisé par les universités pour choisir leurs étudiants

"Censé répartir les bacheliers de façon objective", le logiciel APB peut être détourné, selon une enquête de "Libération", publiée mardi.

Des lycéens regardent les résultats du bac au lycée Malherbe, à Caen, le 5 juillet 2016.
Des lycéens regardent les résultats du bac au lycée Malherbe, à Caen, le 5 juillet 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
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La joie, les larmes, ou l'attente, pour ceux qui doivent passer les oraux. Les résultats du bac 2016 sont tombés, mardi 5 juillet, et avec eux un pas est franchi. Pour ces nouveaux bacheliers, la voie est dégagée vers l'enseignement supérieur. Grâce au logiciel APB (admission post-bac), la plupart des futurs étudiants connaissent leur affectation pour la rentrée.

Mais ce système garantit-il vraiment une égalité d'accès, sans sélection, aux universités pour les candidats ? Libération en doute. Le journal a décortiqué un guide à l'usage des établissements du supérieur. Ce document prouve, selon le quotidien, qu'il y a possibilité d'exploiter l'algorithme pour en faire un instrument de sélection, et ce d'au moins quatre façons différentes. 

En privilégiant certains lycées 

Dans les universités "en tension" (très demandées), la priorité est donnée aux élèves venant de la même académie. "Mais ce que l'on ne savait pas, et qui est écrit dans le guide d’utilisation d’APB donné aux universités", souligne Libération, c’est que l’académie est le périmètre "par défaut".

Ledit périmètre peut donc être élargi, en ajoutant une ou plusieurs académies. Mais il peut également être rétréci "en limitant le périmètre à quelques départements" ou juste "à certains établissements". L'université peut ainsi privilégier certains lycées de son choix.

En excluant les étudiants "en réorientation"

Autre latitude laissée aux facs, selon Libération : celle d'éliminer les étudiants "en réorientation". Car ceux qui souhaitent changer de filière ou d'établissement après une première année dans le supérieur sont tenus de repasser par le système APB.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne sont pas favorisés. Non seulement leurs vœux ne sont pris en compte qu'après ceux des bacheliers de l'année, mais les facs peuvent même les exclure d'emblée du champ de recrutement, en cochant une simple case. Le ministère de l'Education ne le nie pas, mais précise : "C'est le cas seulement pour les filières en tension".

En demandant un dossier pour certains cursus

Théoriquement accessibles sans sélection, beaucoup d'universités mettent en place des doubles licences clairement sélectives, accueillant quelques dizaines d'étudiants au plus. Sont donc exigés des dossiers complets, et des lettres de motivation.

Libération s'interroge sur la légalité de ces parcours. Ceux-ci, selon le journal, "apparaissent en effet comme une entorse au code de l’éducation, qui consacre le principe d’une université accessible à tous les bacheliers sans distinction".

En proposant des informations sur les élèves

Dernière incongruité : APB peut "générer des fichiers élèves" à partir d'un "multitude de critères inconnus du grand public", selon Libération. Le guide mentionne, en effet, cette possibilité dans sa partie destinée aux directeurs de filières sélectives (classes prépas, double licence, BTS ...). 

L'algorithme donne ainsi accès aux informations dont disposent le lycée d'origine, comme la "commune de naissance", le "pays de naissance", le fait que l'élève soit boursier ou non. Les établissements se servent-ils de ces critères pour faire le tri ? Le ministère répond qu'il s'agit de "données récupérables" ce "qui ne veut pas dire" qu'elles sont réellement "utilisées". Ce qui ne veut pas dire non plus qu'elles ne le sont pas.