Comment concilier bac et ramadan ?

Le coup d'envoi du bac 2017 doit être donné jeudi avec l'épreuve de philosophie. Les épreuves, avant rattrapage, auront lieu le 22 juin, soit deux jours avant la fin du mois de ramadan. Pour les musulmans, comment jeûner tout en passant un examen ? Les conseils d'un spécialiste.

Une femme musulmane prépare le repas de rupture du jeûne pendant le ramadan, à Mulhouse (Haut-Rhin), en septembre 2009.
Une femme musulmane prépare le repas de rupture du jeûne pendant le ramadan, à Mulhouse (Haut-Rhin), en septembre 2009. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Les épreuves du baccalauréat général et technologique s'étalent du jeudi 15 juin au jeudi 22 juin. Elles ont lieu en plein milieu du mois de ramadan, qui a commencé le 26 mai et se termine le 24 juin. Les élèves qui le suivent doivent observer une période d'abstinence quotidienne : pas de nourriture ni d'eau de l'aube jusqu'au coucher du soleil. Pour eux, il faudra donc gérer le stress, la concentration, la fatigue, la faim et la soif pendant 18 heures environ (de 3h50 jusqu'à environ 22 heures), car le ramadan coïncide, cette année, avec les jours les plus longs.

Ajoutez à cela des températures qui peuvent être élevées, et vous obtenez une situation éprouvante pour les organismes. Comment concilier bac et ramadan dans ces conditions ? Franceinfo a demandé les conseils du docteur Alain Delabos, nutritionniste et auteur de Bien se nourrir pendant le ramadan de l’été (Albin Michel, 2015).

Bien négocier les repas du matin et du soir

Vers 3 heures du matin. Il est conseillé de manger un repas très abondant, avant le lever du jour. "Le repas du petit matin est très important car il va apporter toute l'énergie nécessaire pour ces longues journées. C'est l'astuce pour éviter les coups de fatigue", expliquait à franceinfo Christina Bortuzzo, médecin généraliste au centre de santé de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Pour cela, il faut privilégier les sucres lents, plus longs à digérer. "Viande, pain, fromage, semoule..." énumère le docteur Alain Delabos. Autre conseil : la soupe de féculents. "Ce sont des aliments très riches en sels minéraux, cela crée une rétention d'eau et cela empêche qu'elle s'en aille trop vite du corps", explique le spécialiste. L'idéal est de se recoucher jusqu'au début de la journée après ce repas riche : "Dormir retarde la digestion et permet donc de faire des provisions pour la journée", estime le docteur Delabos. 

Après 22 heures. Pas question de se ruer sur les buffets : pour rompre le jeûne, le repas doit être "léger""De la soupe, de la viande blanche, du poisson", préconise le nutritionniste. "Il faut remplir son estomac sans y avoir mis de calories car il n'y a pas d'activité après, donc pas de digestion. Et il faut pouvoir se lever à 3 heures et avoir faim", prévient-il. Toutefois, des écarts sont permis. Les fameuses pâtisseries, au miel ou à la pâte d'amande, sont autorisées (avec modération). "Il faut en manger pour respecter la tradition, mais aussi parce qu'elles calment l'esprit et réveillent un peu le corps qui a jeûné. Et bien sûr pour le plaisir", poursuit le docteur Alain Delabos. Bien entendu, du coucher du soleil à l'aube, il est recommandé de boire régulièrement, entre 1,5 et 3 litres par jour. 

Ne pas trop parler entre les épreuves du bac

Même si c'est tentant, il est conseillé de ne pas se repasser le film de l'examen avec ses amis. "Il ne faut pas discuter avec ses petits camarades car parler, c'est dépenser de l'eau", prévient le nutritionniste. Mieux vaut donc se coucher ou se reposer dans une pièce sombre, ne surtout pas s'exposer au soleil, et attendre "plutôt la tombée de la nuit pour travailler et réviser".

Au cas où l'on ne tient pas le coup, voir un médecin

"Passer un examen n'est pas considéré comme une raison valable d'abandon du jeûne", avait expliqué Anouar Kbibech, président Conseil français du culte musulman. Tout en nuançant son propos : "Il peut cependant y avoir des situations où la personne n'arrive pas à assumer le jeûne. A l'impossible nul n'est tenu."

Pour le docteur Alain Delabos, "si on ne tient pas le coup, il faut en parler à un médecin. Pour les imams, l'avis du médecin prime", souligne le spécialiste.